Tout part du constat de la surmédiatisation des grands procès, qui, depuis la fameuse affaire Dreyfus jusqu’au procès Kerviel notamment, n’a fait que grandir, avec la réduction des temps de traitement et de diffusion de l’information (internet et les téléphones mobiles en sont évidemment les facilitateurs).
Dans ces temps de communication "sur-active", le conseil en communication a parfois semblé être le trublion, celui (ou celle) qui se glisse sans invitation dans la "machine judiciaire". Pourtant présent depuis longtemps en entreprise, le communicant semble souvent accueilli de façon suspicieuse...
Patricia Chapelotte plaide pourtant pour une cohabitation intelligente de l’avocat et du conseil en communication. L’avocat, même "star", ne peut tout faire, tout gérer, et notamment l’explosion des sollicitations des médias, dont la gestion est un métier à part entière.
L’auteur s’applique à montrer que même un excellent avocat est souvent pour une part dans sa propre communication ; le client aura donc intérêt à rééquilibrer les objectifs... Mais le client lui aussi peut "craquer" et se mettre à rêver de définir sa propre stratégie de communication sans tenir compte de l’organisation judiciaire. Patricia Chapelotte cite le cas de Jérôme Kerviel, qui a publié un livre avant son premier procès, ce qui aurait été mal perçu par les magistrats. Le conseil en communication est donc le "sage", celui qui aide à garder la tête froide quand tout s’accélère en ayant du recul.
Autre atout du communicant professionnel : Il saura et pourra gérer plus finement le "off", qui a tant d’importance dans les médias et permet réellement de tisser une toile stratégique maîtrisée. Il créera aussi un premier écran face aux sollicitations médiatiques pour permettre à l’avocat d’être plus lisible, cohérent, construit.Mais au-delà de ce plaidoyer légitime pour la place du conseil en communication aux côtés de l’avocat, Patricia Chapelotte avance un argument plus original, plus important à long terme pour le client, et tout à fait en phase avec les problématiques de gestion de réputation.
On parle souvent de gérer son e-réputation sur internet. Mais dans la vraie vie ? Patricia Chapelotte avance ici que lors d’un grand procès, il faut penser à l’après. Oui, il faut gérer la réputation du client en marge du procès : On quitte ici la partie strictement juridique du procès, pour sauvegarder la réputation médiatique du justiciable, son image, pour qu’après le procès, quelle qu’en soit l’issue, il puisse tout simplement vivre normalement (sortir, garder la tête haute, travailler...).
Mais c’est aussi important avant le procès.
De fait, le temps judiciaire est bien différent du temps médiatique, et ("Le public n’a pas la patience d’un juge d’instruction" indique Jean Quintard (procureur de la République adjoint près le TGI de Paris) à l’auteur).
Arrivé au temps du procès qui a pu attendre de longs mois, "il faut éviter absolument que le procès débute avec une sorte d’autorité de la chose jugée médiatiquement".
Préserver les chances du client avant et après donc... Un côté humain du métier utile, dans ces grands procès où le justiciable est souvent davantage perçu comme un objet de communication que comme une personne.
Patricia Chapelotte aborde bien d’autres points dans cet intéressant ouvrage, sur les "grands" et "moins grands" avocats, la communication dans la Justice, les médias... L’ouvrage se poursuit ensuite sur la mise en pratique de tout cela à travers plusieurs exemple de procès, dont les procès Kerviel et Clearstream, et s’achève sur une analyse prospective des changements impactant la Justice en 2012.
« De Kerviel à Clearstream - L’art de communiquer lors des grands procès » par Patricia Chapelotte. Parution mai 2012 aux éditions Eyrolles.



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