Conscient depuis quelques années, qu’il y a parfois de curieuses pratiques concernant l’exercice du droit et la participation ou non des professions règlementées du droit sur certains sites, le Conseil national des barreaux oeuvre pour "calmer le jeu".
Le CNB a d’ailleurs réalisé un "vade-mecum de l’exercice du droit" et l’Ordre des avocats de Paris, très actif en cette année 2012, a lancé l’acte I de l’opération « coup de poing contre les pirates du droit. ».
D’autres professions (les experts-comptables notamment) agissent de même.
Le Bâtonnier Jean-Michel Casanova résume ainsi la position officielle : « Le droit n’est pas une marchandise mais " un bien de confiance " et son exercice est consubstantiel à l’avocat ». Chaque profession voudra naturellement défendre son "périmètre" (dans d’autres secteurs touchés par le web, des professions entières ont quasiment disparues ou ont été fortement chahutées par les "nouveaux arrivants") tout en maintenant une discipline interne et externe pour l’activité règlementée...
La difficulté, c’est que le grand public, les utilisateurs, les clients, sont souvent prêts à céder aux sirènes des nouvelles pratiques, souvent bien plus proches de leurs envies (nous ne parlerons pas de besoins réels, c’est un autre sujet) et aux formes plus adaptées "à l’air du temps".
Vieux débat au fond, entre le fond et la forme, mais l’on sait qu’internet a souvent bouleversé le fond ET la forme. On a vu aussi que s’y opposer sans s’adapter ne fait souvent que retarder les échéances.
Les avocats se sont depuis longtemps intéressés aux consultations en ligne. Certains l’ont essayé, pratiqué, parfois abandonné. Aujourd’hui le bilan est souvent mitigé, mais c’est une question de tempo (le grand public doit être prêt ; il ne l’était pas sans doute il y a 5 ans par exemple), et de vision globale : Est-ce que ce qui séduira le grand public sur internet concernant le droit, sera la consultation juridique payée par carte bancaire, ou est-ce plus complexe que cela ? Des avocats ont souvent répondu par l’option la plus simple, mais ils ont eu le mérite d’essayer.
Et à la question "En tant qu’avocat pratiquant sur votre site internet la consultation juridique en ligne, voyez-vous les sites qui pratiquent parfois illégalement votre activité comme des concurrents sérieux et crédibles pour vous et les avocats en général ?", voici sa réponse :
"Les "braconniers du droit" sont présents partout et plus particulièrement sur Internet où ils essaient toujours de faire croire aux justiciables qu’ils donnent des conseils juridiques de qualité par l’intermédiaire d’avocats très spécialisés.
Ces sites sont généralement hébergés dans des pays étrangers, hors de portée de la loi française, pour des durées d’exploitation assez courtes. Ils disparaissent généralement au bout de quelque temps, puis réapparaissent parfois avec des noms de domaines différents qui inspirent malheureusement confiance aux internautes.
Ce ne sont pas des concurrents sérieux pour mes confrères et pour moi dans la mesure où ils ne durent pas sur la toile, contrairement à moi par exemple qui suit présent au quotidien sur le net depuis plus de 10 ans.
De plus ils n’ont aucune compétence donc il ne peuvent faire illusion que sur des laps de temps très courts.
Enfin, ces sites n’affichent aucun contenu crédible, ce qui devrait inciter les internautes à la plus grande prudence sur leurs véritables compétences."
Hélas Maître Icard, c’est une vision qui paraît bien trop raisonnable de ce qui se passe et des attentes et pratiques de nombre de justiciables...
Depuis plusieurs années les avocats voient le web comme étant soit un apporteur d’affaires direct grâce à leur site (ils ont compris ou sont en phase de comprendre qu’il y aurait très peu d’appelés) ; soit un simple outil de visibilité, ambition réduite de la précédente (un peu plus d’appelés, mais on est loin de pouvoir satisfaire plus de 50.000 avocats).
Dans tous les cas, internet n’est perçu que comme un petit moyen de mise en relation en plus.
Ils ont tout essayé ou le pensent, mais désormais ils ne sont plus seuls, et sont mêmes relégués au second plan. Par qui ? Les avocats les appellent les "braconniers du droit", les "pirates du droit"... et comme les pirates, ils travaillent pour leur compte, pas pour l’éthique ou la défense d’un marché : Ils le créent eux-mêmes ce marché, et s’ils peuvent entretenir la confusion avec l’aide involontaire d’avocat, ce sera parfait pour eux.
A suivre sur le Village : "Qui sont les pirates du droit ?"



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