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Le document juridique, au coeur des enjeux économiques du Droit ?

Document-juridique.com, devenu en mai 2016 wonder.legal en Europe, est une des start-up du Droit parmi les plus en avancées et médiatiques. De ce fait le site (et ses concurrents) fait l’objet de questionnements, de doutes... portant souvent sur la capacité d’automatiser en qualité un document à portée juridique. Nous avons donc interviewé Jérémie Eskenazi, fondateur du site, pour en parler et comprendre pourquoi son modèle répond semble-t-il aussi bien à une demande.

Document-juridique propose la création complètement automatisée d’actes administratifs, de statuts de société et d’autres contrats, tout comme d’autres sites (tels Legalife, CaptainContrat, etc). Méthode assez ancienne (pratiquée par les éditeurs juridiques à l’époque du CD-ROM déjà) mais bien améliorée, il s’agit de partir de documents types (140 environ à ce jour) et de les personnaliser par une suite de questions pour parvenir à un document final très proche de ce qu’un professionnel [1] pourrait réaliser.

Très proche a priori, puisque la structure de création (le document type et les paramètres de personnalisation) sont créés par des avocats ou juristes experts, qui mettent à disposition leur savoir, sans apparaître néanmoins.

Très proche... mais surtout, avec des conditions d’accès sans commune mesure avec une prestation d’avocat par exemple : que ce soit en délai de mise à disposition (quelques minutes), en horaires (évidemment 24H/24) et en coûts (de 0 à 40 €)... l’offre est imbattable. Il est même possible de se rassurer avec un conseil simple d’avocat pour... 14€.

Document-juridique.com fait l’objet de nombreux raccourcis, alimentés par un service presse opportuniste et relayés par un système médiatique qui surpondère en volume rédactionnel tout ce qui a trait aux start-up. Décrit ainsi comme "le site des phobiques administratifs", le site qui "défie les cabinets d’avocats" ou "permet de devenir son propre avocat" fait couler beaucoup d’encre. Qu’en est-il en réalité ?

Village de la justice : Jérémie Eskenazi, votre positionnement médiatique (résumons-le en cet extrait du communiqué de presse "Quand une start-up française défie les cabinets d’avocats") est-il une opposition réelle face aux avocats, ou bien est-ce plutôt un positionnement marketing et d’opportunité ?

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Jérémie Eskenazi, Document Juridique

Jérémie Eskenazi : Ce n’est pas du tout notre préoccupation. Nous ne nous positionnons pas par rapport à une profession, nous ne sommes même pas vraiment concernés au fond par le "marché" des avocats : nous développons des solutions technologiques qui répondent à un besoin. [2]

Pour les documents juridiques, il y avait jusqu’il y a peu 2 choix. "Se débrouiller seul" comme une majorité de gens, chercher sur internet, lire, mélanger les informations pour parvenir à un cocktail plus ou moins satisfaisant. C’est long, pas très rassurant, risqué, mais c’est gratuit.
De l’autre côté, le choix de faire appel à un avocat par exemple, et là c’est assez cher et long, mais plus fiable.
Un choix non suffisant selon nous, nous en proposons un autre : des documents préparés par des juristes, personnalisés par le client, accompagné à chaque étape, à bas prix.
Notre job est différent de celui des avocats.

Village de la justice:Vous vous adressez donc en priorité aux internautes qui pratiquent « l’auto-juridication », clientèle toute différente de celle des clients des avocats en cabinet ?

Jérémie Eskenazi : Rien n’existait entre les deux extrêmes dont nous parlions. Nous sommes arrivés pour donner une réponse intermédiaire, qui répond de toute évidence à un grand besoin [3]. C’est donc une autre cible, inquantifiable, mais de toute évidence réelle car validée par nos ventes. Notre différence est l’extrême personnalisation, que nous poussons de plus en plus loin. Il y a d’ailleurs parfois des avocats qui utilisent notre site, et globalement beaucoup de professionnels en entreprise. Il y a même des gens qui créent des documents "pour voir" et faire progresser leur propre compréhension du droit et de ce qu’ils ont à envisager ensuite avec un professionnel du droit.

Village de la justice : Quel est votre plan de développement marketing sur le marché du droit ?

Jérémie Eskenazi : Nous ne sommes pas des gens de marketing, mais des gens de technologie, des ingénieurs avant tout, donc nos objectifs et coûts de développement sont humains uniquement, sans sous traitance et avec une technologie "maison", qui nous permet de proposer une personnalisation importante et de qualité à bas coût. Notre moteur est là.

Village de la justice : Vous semblez persuadé que la technologie suffira à vous emmener loin ?

Jérémie Eskenazi : Aucun doute à ce sujet, et ce qui est en ligne n’est qu’un début.

En attendant des annonces technologiques à venir, remarquons que tout comme d’autres startup, Document-juridique contribue fortement à cette tendance de fond qu’est l’automatisation du droit... un phénomène appelé à croître et qui connaîtra de nombreuses améliorations sans doute. Il manque ainsi parfois encore un peu de qualité ; on est surpris par exemple qu’il n’y ait pas de vérification de cohérence sur les informations légales fournies -n°Siret et Entreprise par exemple ; il est assez aisé de faire de "vrais-faux documents" sur ces sites, et c’est dommage qu’un simple usage des bases de données ne soit pas encore en place - gageons que ce n’est qu’une question de mois.

Notons également que d’autres mouvements existent autour du document juridique, tels des avocats mettant à disposition des contrats gratuitement mais vendant le conseil complémentaire lorsque demandé [4], ou bien encore des sites regroupant plusieurs confrères pour proposer "en frontal" un site de préparation de dossiers alimentés par les clients lors de leur demande, prémice de l’automatisation (l’avocat reçoit des informations déjà bien organisées).
Cela rejoint les interrogations sur l’essence de la valeur ajoutée de l’avocat... A quel moment est-il indispensable ? Jusqu’où peut-on se passer de lui pour regrouper des informations et les organiser ? [5]

Emettons pour finir l’idée que certains des enjeux autour de tout cela résident sans doute dans l’aide à la compréhension du droit par l’utilisateur [6]...

NDLR : le site s’est internationalisé en Europe en devenant wonder.legal en mai 2016.

C.Albert
Rédaction Village de la Justice

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Notes :

[1Pas uniquement un professionnel réglementé du droit d’ailleurs, puisque nombreux sont ceux qui pratiquent le document juridique.

[2NDLR : Miratech dont provient Jérémie Eskenazi a déjà lancé plusieurs solutions pour mettre la technologie au service du client, on est bien dans le même cadre.

[3NDLR : Le site revendique plus de 100.000 utilisateurs.

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