Il est fini le temps où l’avocat, fort de ses humanités et drapé dans son épitoge, pouvait œuvrer pendant quarante ans sans avoir à justifier de la mise à jour de ses connaissances et espérer, après tant d’années de bons et loyaux services, l’honorariat.
Le CNB, par décision du 11 février 2005, a fixé les modalités de cette formation continue obligatoire, d’une durée de 20 heures par an ou 48 heures sur deux ans, instaurée par l’article 14.2 modifié de la loi du 31 décembre 1971 et l’article 85 modifié du décret du 27 novembre 1991.
L’avocat devra donc se soumettre à cette formation ou se « démaître ».
Le premier mérite de cette réforme est d’alimenter les conversations pour meubler les temps d’attente aux audiences qui sont d’ailleurs pour nous la plaie de notre exercice professionnel et pour laquelle il serait bon de trouver remède, ne serait-ce qu’eu égard à la transparence de l’honoraire dont la profession a besoin, ces moments perdus n’étant pas facturables. Les appréciations sur ces nouvelles donnes, ne sont pas toujours univoques et laissent poindre quelques inquiétudes ou quelques critiques sur :
le contrôle : le client est seul juge de la prestation, entend-on, instaurer un contrôle ne rendra pas l’avocat plus compétent.
la consistance : la formation privilégie l’oralité, les colloques ou conférences au détriment de la lecture assidue d’ouvrages, de revues telles que Réseaux du Droit et la réflexion, l’assimilation des connaissances dans le silence du cabinet.
Le coût : 20 heures de formation outre les déplacements c’est une charge financière supplémentaire alors que nous ployons déjà sous les frais de fonctionnement bien lourds.
Le deuxième mérite de cette réforme est qu’elle existe. La formation continue est indispensable. L’avocat doit être un expert du droit qu’il pratique. Le talent, les « effets de manches » sont illusoires s’ils ne s’appuient pas sur une solide connaissance de la matière pratiquée.
Le réseau GESICA en a pleinement conscience, les statuts en disposent et les ateliers de formation animés par des spécialistes reconnus, la mettent en pratique. En effet, l’inflation législative sur laquelle il y aurait beaucoup à dire et à redire, l’évolution jurisprudentielle, imposent une actualisation incessante des connaissances.
Dans ce numéro de Réseaux du Droit, vous pourrez découvrir la synthèse de la jurisprudence en droit du travail, par Monsieur le Professeur François TAQUET et Maître Michèle AMANTE.
Le réseau GESICA, dans le cadre d’un colloque qui se tient en début d’année, bénéficie depuis quelques années, de la puissance d’analyse de synthèse et de l’important et lumineux travail de dépouillement de la jurisprudence de la Cour de cassation par nos éminents commentateurs.
L’oralité de la formation est intéressante car elle permet, si elle est bien faite, une réactivité, une confrontation des expériences.
GESICA ne peut que se louer que les lecteurs de Réseaux du Droit, puissent également apprécier le remarquable digeste de François TAQUET et Michèle AMANTE qui est d’une utilisation directe et immédiate dans le quotidien de nos dossiers.
L’aspect contrôle, s’il chagrine quelques uns d’entre nous, doit être perçu comme une incitation à savoir sortir de nos dossiers, et à garantir la compétence qui doit être tout autant individuelle que collective.
Il est parfaitement légitime que la profession veille à la crédibilité du barreau, au bon niveau de l’ensemble de ses membres.
Et pour le coup, les avocats français ne sont pas en retard sur leurs confrères outre-atlantique puisque le barreau de New York vient d’imposer les mêmes obligations à ses membres.
Dans un monde en mouvement, un état de droit complexe et changeant, l’avocat doit s’adapter, la formation est un impératif, l’obligation imposée ne peut être que saluée. g
Didier ROUCOUX
Président de GESICA
Réseau International d’avocats indépendants

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