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De directeur juridique à avocat : parcours de Pierre Landy, co-fondateur de ACL Avocats.

Après 25 ans de carrière comme directeur juridique, Pierre Landy a décidé, en 2015, de passer « de l’autre côté » et de devenir avocat. Son expérience en entreprise lui a apporté une pratique qui diffère de ses nouveaux confrères, connaissant déjà les besoins de ses futurs clients.
Le Village de la Justice s’est entretenu avec lui afin d’évoquer l’influence que cela a sur sa vision du métier d’avocat et de la relation-client.

Clarisse Andry : Qu’est-ce qui vous a donné envie de quitter le monde de l’entreprise pour devenir avocat ?

Pierre Landy : Cela s’est fait naturellement. Après seize années chez Yahoo, j’avais envie de commencer autre chose. Je ne souhaitais pas quitter Paris, et tous les quartiers généraux des sociétés de digital ne sont pas à Paris. Et un matin, au mois de juin 2015, je me suis réveillé en me disant que toute l’équipe juridique de chez Yahoo était partie en même temps que moi, et que nous pourrions faire quelque chose ensemble. Nous avons donc créé ACL Avocats, en souhaitant créer un intermédiaire entre le juriste d’entreprise et l’avocat traditionnel.
Nous nous sommes positionnés comme des directeurs juridiques externalisés, en nous concentrant de préférence sur des boites américaines qui souhaitent s’implanter en Europe, sans pour autant recruter des juristes en interne, à court ou moyen terme.
Être avocat était la seule façon d’avoir plusieurs clients et de fournir du conseil juridique, tout en continuant à faire ce que je sais très bien faire, c’est-à-dire travailler comme un directeur juridique.

Justement, comment votre expérience de directeur juridique influence-t-elle votre pratique ?

« Je fais passer la pratique avant le droit. »

Je sais exactement comment cela se passe en interne, j’ai donc une façon un peu différente d’aborder les choses : quel que soit le domaine, je fais passer la pratique avant le droit. Comment arriver concrètement au résultat attendu par le client ? Je travaille régulièrement avec de jeunes collaborateurs, et leur signalent quand ils se perdent dans les détails du droit. Tout ce qui pourrait potentiellement arriver ne m’intéresse pas, car je veux trouver les mécanismes qui vont permettre au client d’obtenir ce qu’il souhaite.
Je dis très concrètement à mes clients ce que je recommande et la dose de risque qu’il faut prendre. Je pense par exemple à une start-up qui est maintenant ma cliente : face à tout ce qu’ils avaient à faire, je leur ai apporté mes conseils comme si je travaillais en interne chez eux, parce que je sais que l’on ne peut pas tout faire quand on a des budgets limités. Il faut aller au plus pressé, et je sais ne pas tout mettre au même niveau d’urgence ou de danger.

En revanche, quand je commence à travailler avec de nouveaux clients, je leur explique toujours que nous devons avoir un gentlemen agreement, car s’ils veulent que je travaille comme un directeur juridique, je ne dois pas craindre pour ma responsabilité professionnelle à chaque instant.

Quelle a été la place de la relation-client dans la création de votre projet ?

« Je fais ce que j’aurais voulu ou ce que je demandais à mes avocats de faire. »

C’est un fonctionnement extrêmement naturel chez moi. Il faut partir de ce que pense le client et penser pragmatique, répondre rapidement,… Je fais ce que j’aurais voulu ou ce que je demandais à mes avocats de faire. Nos clients ont par exemple accès en temps réel au montant de nos honoraires, parce que c’est insupportable pour un directeur juridique d’être surpris par le montant des honoraires. Je fais d’ailleurs en ce moment un séminaire en relation-client pour les juristes d’une société : comment penser la relation-client quand on est un juriste ? Qu’est-ce que cela signifie et comment faut-il fonctionner ? C’est le nerf de la guerre.

Que pensez-vous de l’idée de créer en France une « grande profession du droit » ? Avez-vous trouvé facile de passer de juriste à avocat ?

Je n’ai pas étudié de près cette question de « grande profession du droit », mais j’ai utilisé la passerelle pour devenir avocat, et j’ai trouvé cela bien, notamment l’examen de déontologie. Je trouve utile qu’il y ait certaines étapes à passer, pour comprendre les différences entre les métiers.
En revanche, je suis un fervent défenseur du legal privilege en entreprise. C’est une aberration absolue, et un combat d’une autre ère, que de le limiter aux avocats. En étant directeur juridique EMEA, j’ai demandé à être exclu de certains dossiers, dont je ne souhaitais pas connaître les détails, parce que je n’étais pas protégé. C’est absurde !
Je ne comprends pas cette rivalité entre juriste et avocat, et je me suis véritablement positionné à l’intersection des deux métiers. Ce n’est pas « l’un ou l’autre », mais « l’un et l’autre » : ils sont complémentaires.

Que préférez-vous : être directeur juridique, ou avocat ?

« Je pense être un avocat du 21ème siècle, digital, connecté. »

Ce sont deux métiers complètement différents. J’ai adoré être directeur juridique pendant 25 ans, je pense que je vais adorer être avocat. C’est une nouvelle aventure et j’aime être entrepreneur et monter ma clientèle.
Une frustration peut venir du fait que je ne sais pas toujours ce que deviennent les consultations une fois que je les ai données, alors que je m’implique dans les dossiers que je traite.

Mais j’apprécie beaucoup l’autonomie dont je dispose. Je travaille d’où je veux, comme je veux, et je choisis mes clients en fonction de ces critères-là. Je pense être un avocat du 21ème siècle, digital, connecté. Nous communiquons d’ailleurs sur tous les réseaux sociaux, sous forme de vignettes, ce qui est à l’image du positionnement digital de notre cabinet et du cœur de cible de son activité.

Propos recueillis par Clarisse Andry
Rédaction du Village de la Justice

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Vos commentaires

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  • Le 6 juin à 11:14 , par Roucayrol Joana
    Intéressant !

    Cher "Confrère" (je me permets d’utiliser encore ce terme même si je ne suis plus moi-même l’un de vos confrères),

    Merci pour votre éclairage sur ces deux métiers tellement différents mais passionnants. Je comprends d’autant plus votre vision que j’ai moi-même fait le même chemin... en sens inverse.

    Je trouve la philosophie de votre Cabinet très moderne et vous souhaite tout le succès mérité !

    Bien cordialement

    Joana Roucayrol