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Inventer la Police du Respect. Par Mahor Chiche, Avocat.


776 lectures.

En France, l’article 78-2 du Code de procédure pénale autorise les agents de police judiciaire à « inviter à justifier, par tout moyen, de son identité toute personne à l’égard de laquelle existe une ou plusieurs raisons plausibles de soupçonner : qu’elle a commis ou tenté de commettre une infraction ; ou qu’elle se prépare à commettre un crime ou un délit ; ou qu’elle est susceptible de fournir des renseignements utiles à l’enquête en cas de crime ou de délit ; ou qu’elle fait l’objet de recherches ordonnées par une autorité judiciaire ».

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>> 2 commentaires

Afin d’éviter les contrôles de police au faciès qui stigmatisent les jeunes et les personnes de couleurs, le gouvernement Ayrault envisage la mise en place la délivrance d’un récépissé à l’issue des contrôles d’identités réalisés.

Cette mesure a déjà été expérimentée avec succès aux États-Unis, au Canada, en Espagne, en Hongrie, en Bulgarie et en Grande-Bretagne. En France, elle est réclamée depuis de nombreuses années par les associations, dont SOS Racisme, mais très contestée par l’ancien Ministre de l’Intérieur Claude Guéant et les syndicats de police. Le nouveau Ministre de l’Intérieur, Manuel Valls, semble pour sa part hésiter ; l’éventuel retour du matricule sur les uniformes des policiers, la remise d’une "carte de visite" ou encore l’installation de petites caméras qui filmeraient les interventions constituent pour l’heure des pistes de travail.

A l’automne prochain, le Défenseur des droits, Dominique Baudis rendra public un rapport de réflexion générale sur les contrôles d’identité ; d’ici là un débat réel doit s’ouvrir sur les rapports citoyens-police.

La gauche a raté la républicanisation de la Police

En 1981, la gauche n’a pas réussi à faire une réforme de la police permettant la réconciliation avec les citoyens. Le Ministre de l’Intérieur Gaston Defferre préconisait alors une réponse policière ferme.

En 1997, le gouvernement de Lionel Jospin a réussi sous l’impulsion de Jean Pierre Chevènement la féminisation et la « colorisation » de la Police ; De même, le développement de la police de proximité, les tournois sportifs entre policiers et jeunes, furent symboliquement importants, mais ils n’ont pas suffit à recréer le lien de confiance rompu. A l’échelle locale, de nombreux Maires ont mis en place des Contrats Locaux de Sécurité (CLS) organisant la transmission d’information et le partenariat entre les acteurs locaux.

Ces réformes furent notables mais insuffisantes à modifier la culture policière française. Les policiers femmes ou issus de l’immigration restent discriminés dans leurs carrières (notations) et victimes de brimades ou remarques désobligeantes de leurs collègues. Parfois, ils sont même dans une logique de « zèle » pour apparaître aussi « durs » que leurs collègues.

Tandis que de nombreux leaders socialistes reprenaient à leurs comptes le concept américain de tolérance zéro ; en 2006, Ségolène Royal a tenté de concilier la prévention et la nécessité de la répression dans le concept « d’ordre juste ».

Dans la dernière campagne présidentielle, l’engagement n°30 de François Hollande proposait d’encadrer les contrôles d’identité « par une procédure respectueuse des citoyens ».

Le récépissé, un outil de mesure statistique

A Toronto, le récépissé révèle que la police contrôle trois fois plus les « Noirs » que les « Blancs ». Selon une enquête menée en 2009 à Paris par le CNRS et l’Open Society Justice Initiative (OSJI), un « Arabe » a en moyenne huit fois plus de risques de se faire contrôler qu’un « Blanc », un « Noir » six fois plus. Le récépissé est ainsi un outil de mesure statistique utile ; mais il devra surtout servir aux changements de pratiques et à la facilitation des dépôts de plaintes contre les comportements inacceptables.

Le rapport entre Citoyens et Police et plus particulièrement entre Jeunes et Police s’est distendu ; alors que les contrôles policiers sont trop souvent fondés sur l’apparence vestimentaire et une représentation ethnique conduisant à des contrôles vexatoires et humiliants, les outrages et actions judiciaires pour rébellions sont en pleine explosion.

De surcroît, en cas de contestation du contrôle, la parole du citoyen reste faible face à celle de l’Agent assermenté que ce soit devant l’inspection Générale des services ou devant les Tribunaux. De nombreux parcours professionnels sont ainsi rendus impossibles du fait de ces condamnations pour amendes ou avec sursis prononcées qui entachent irrémédiablement le casier judiciaire de ces condamnés pour outrages. Les tribunaux rechignent à autoriser les demandes d’exclusion des dites condamnations des casiers judiciaires B2.

La Police doit retrouver son Autorité et la confiance des citoyens

Concrètement, ces dix dernières années, la culture du « chiffre » a mis une pression intenable sur les forces de Police qui n’ont ni les moyens humains ni matériels d’accomplir leurs missions. Dans la même soirée, le même Agent doit patrouiller, auditionner et enregistrer les plaintes, ou encore sortir les véhicules. De trop nombreux commissariats ne disposent pas du minimum acceptable pour l’accueil des victimes : salles d’écoute, personnels, distributeur de cafés…

Ces conditions de travail extrêmes expliquent certains excès. Dans les quartiers difficiles, la rupture de confiance entre les populations de ces zones et l’idée de Police au service de tous est amplifiée.

En principe, l’article 7 du Code de déontologie de la police nationale interdit déjà les contrôles au faciès ; en réalité, le profilage ethnique et les contrôles d’identité abusifs sont bien trop nombreux. Le seul moyen de réduire ces contrôles abusifs serait d’alourdir les procédures ; la surcharge de travail entrainée dissuadera les policiers les plus zélés de procéder à des contrôles non justifiés. La rédaction et remise d’un récépissé de contrôle proposé par le Premier ministre Ayrault va dans ce sens et permettra de restaurer la confiance, le respect, et l’autorité.

La question de la formation des policiers, de leurs niveaux d’éducation, et de l’application réelle du « vouvoiement » est essentielle ; il conviendra également de réformer le contrôle des défaillances des services de police (Inspection Générale des Services, IGS) protecteurs de leurs statuts et des droits des citoyens pour qu’il soit plus transparent et impartial.

La hiérarchie policière et les syndicats sont hostiles à ce qu’ils appellent « la stigmatisation » de « leurs troupes » ; mais les jeunes policiers souvent désemparés dans leurs nouvelles affectations savent très bien que contrôler dix à quinze fois le même jeune sans poursuite judiciaire ne sert à rien si ce n’est à humilier. Il faut retrouver une logique d’efficacité et de complémentarité dans l’action des services publics de la police et de la justice.

La crédibilité de la gauche en matière de sécurité passera par la résorption de la fracture police-populations. Il est plus que temps d’inventer une Police respectueuse de la dignité des citoyens.

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2 Messages de forum

  • En réponse à... Inventer la Police du Respect. Par Mahor Chiche, Avocat. 25 juillet 2012 23:23, par VELLUTINI

    Maître,

    Ce que vous oubliez de préciser, c’est que dans la majorité des états américains, il existe un véritable respect des policiers, d’ailleurs municipaux pour l’essentiel et sous les ordres des maires. Un respect qui s’impose en raison même des droits dont disposent les policiers et d’une justice qui ne badine pas avec les agressions des policiers. Contrairement en France ou les droits des policiers sont très différents et ou notre justice semble très réticente à appliquer simplement la loi et infliger les peines prévues.

    Pouvez vous me dire qu’elle est la peine encourue et la moyenne effective des peines prononcées aux Etats Unis pour l’agression d’un policier ?

    Je suis absolument convaincu qu’elles sont d’un autre ordre et de nature à imposer sans nul doute le respect à la plupart des citoyens.

    Alors oui je suis favorable au récépissé, aux caméras dans les postes de police, que les interventions soient filmées, mais à la condition que les policiers français disposent des mêmes droits et prérogatives que celles des policiers municipaux américains dans tous les domaines de la sécurité publique, et que les peines encourues et les peines prononcées par notre justice soient les mêmes.

    La comparaison oui, mais faut-il avoir l’honnêteté de tout comparer.

    Très sincèrement

    Répondre à ce message

    • Inventer la Police du Respect. Par Mahor Chiche, Avocat. 6 août 2012 02:11, par CHICHE Mahor

      Bonjour, les Etats Unis sont une entité fédérale les politiques locales de prévention sont par conséquent différentes.

      Le respect du policier aux Etats Unis ou en Angleterre n’est pas du à leur protection juridique (en France les policiers comme tous les fonctionnaires disposent d’une protection particulière) mais à l’éducation (en Angleterre, les citoyens et policiers peuvent se tapoter sur l’épaule sans que cela ne pose de problème).

      La délinquance peut être comparée d’autant qu’elle est souvent plus violente qu’en France

      Répondre à ce message

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