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Les éditeurs juridiques et le numérique.

Le dossier« L’actualité des sources juridiques : atouts et pièges du numérique » publié dans le journal du Village de la Justice n°69, présente la place du numérique au sein des maisons d’éditions. Ces dernières s’accordent sur la part grandissante du numérique dans leurs stratégies.
Nous vous proposons un zoom sur la façon, pour les éditeurs juridiques comme pour les utilisateurs, de tirer le meilleur parti des potentialités qu’offre le numérique juridique.

Le numérique tend à dépasser le papier en termes de chiffres d’affaires et détermine de manière croissante les orientations et les choix réalisés par les maisons d’éditions.
Ces dernières se trouvent dans une phase intense d’innovation et d’adaptation au potentiel des nouvelles technologies. Chaque éditeur juridique tâche de trouver le bon rythme pour suivre les évolutions sans être, ni trop en avance – en se calant uniquement sur les habitudes esthétiques et intellectuelles des jeunes diplômés de la génération « digital native » – ni en retard sur la diffusion des pratiques numériques au sein de l’ensemble des classes d’âge.
Pour cela elles adaptent chacun de leurs formats au numérique et ont pour objectif de créer la bibliothèque juridique idéale.

I.Le passage au numérique format par format.

  • Le format livre : L’e-book, bien qu’il ait été la promesse-phare des débuts du numérique, en est actuellement le résultat le moins convaincant. Si la plupart des nouvelles éditions sont évidemment publiées en numérique, sauf celles qui ont toujours été peu diffusées, comme les thèses ou les colloques, les ventes de l’e-book sont peu répandues. Ce manque d’intérêt pour les e-book s’explique par leur manque de commodité, par le fait qu’ils ne sont pas beaucoup moins cher que les livres papier et par le fait qu’ on ne peut pas revendre les revendre après usage. Les e-books se prêtent encore moins bien au monde de l’entreprise, car l’usage professionnel requiert une recherche la plus rapide possible. Pour le format livre, la stratégie actuelle porte donc plutôt sur des livres « augmentés », qui soient, plus que les e-books, de véritables outils de travail grâce à des applications dédiées permettant actualisations et analyses.
  • Le format classeur à feuillets mobiles : La plupart des maisons d’édition ont réduit leurs titres, tout en associant ceux qui subsistent à une offre électronique parallèle. Toutefois, s’ils sont en claire perte de vitesse pour la publication papier, les feuillets mobiles conviennent bien au numérique car leur format est adapté à ce type de lecture.
  • Le format revues : Parce qu’elles ont une identité forte, et parce qu’elles répondent à une demande d’actualisation régulière d’informations très spécialisées, elles gardent leur pertinence même au travers du passage au numérique.

Pour l’ensemble des titres, la continuation de versions papier fait l’objet d’une réflexion au cas par cas, pour l’instant, les professionnels restent attachés à ce support.
Mais l’arrivée progressive des « digital natives » va peut-être transformer la donne. Il existe déjà de nombreux clients qui demandent à leurs maisons d’éditions de référence de passer au 100 % numérique tandis que d’autres demandent une coexistence des deux.
Peut-être existe-t-il dans ce domaine une certaine culture française du livre, une exception culturelle qui donne l’envie de lire au-delà du paragraphe indiqué par le moteur de recherche, pour mieux comprendre et contextualiser ?

II.Vers la bibliothèque juridique idéale.

L’objectif des maisons d’éditions juridiques est de faire évoluer leur politique éditoriale vers une offre indépendante des supports. Ces dernières consacrent beaucoup d’efforts à construire LA base de données de référence.
Il n’y a en effet aucune limite fondamentale à la capacité d’internet à offrir une quantité d’information quasi infinies...

  • Le contenu de la bibliothèque digitale.

L’enjeu principal de la révolution technologique pour l’édition juridique est de présenter le contenu de façon à le rendre le plus fluide, le plus fiable et le plus convaincant possible.
En effet, comme le souligne Frédéric Etchart (Lextenso) « Ce que recherchent avant tout les professionnels, ça n’ est pas tel article dans telle revue, mais telle réponse à telle question, en provenance d’une source fiable et le numérique permet de se concentrer sur ce besoin. »
Ces bibliothèques digitales offrent donc une palette de sources extraordinaire, et en développement continuel : depuis les plus courantes – formules, analyses, revues, jurisprudence, codes, lois, journal officiel et bulletins officiels, en passant par d’autres éléments tout aussi importants pour qui en sait l’usage – les décisions et communications des autorités administratives indépendantes, les questions des parlementaires et les réponses ministérielles, les sources européennes et les conventions collectives – ou encore des sources qui n’existent que dans le monde du web, tels que des blogs et sites extérieurs sélectionnés pour leur intérêt juridique (sites de juridictions et d’institutions, sites de contenus juridiques, des annuaires de sites juridiques, des blogs d’avocats, des réseaux juridiques...).

Pour éviter que le miracle technique ne se transforme en surcroît de travail, il est du ressort de l’éditeur de faciliter la sélection en classant les textes en fonction de leur intérêt ou en proposant un résumé du texte juridique.

  • L’accessibilité des données.

Les « lecteurs sont de plus en plus pressés et de plus en plus exigeants dans leurs recherches », de ce fait, le moteur de recherche doit permettre de répondre à des besoins réels autant qu’à des habitudes formatées par dix ans de « culture Google » et de sophistication de la recherche sur internet.
Aussi,« un moteur de recherche proprement juridique, doté d’un thésaurus spécifique et d’un mapping des concepts juridiques, offre une pertinence et un éclairage, notamment par la mise en avant des réseaux de sens, et permet ainsi de faire le meilleur usage de la documentation existante » précise Rachel Vidal de LexisNexis.
La plupart des internautes étant habitués à une personnalisation de la recherche, les maisons d’éditions doivent créer une identité forte de la page d’accueil et de recherche à travers la qualité de ses résultats et de ses informations, tout en permettant une personnalisation maximale.
L’interface offre donc à la fois les éléments de la base de données complétés par des informations sélectionnées pour leur caractère pratique : actualité juridique et professionnelle, indices et taux, annuaire des juridictions, agenda des échéances fiscales et sociales.
Il est par ailleurs devenu technologiquement envisageable de connecter tout document de travail à l’incroyable richesse d’internet, à travers l’usage de logiciels spécialisés qui vont passer le texte au crible de leur recherche lexicale et conceptuelle afin d’établir des passerelles entre un document de travail, tel un acte, et les fonds documentaires.
L’ensemble des informations dont l’utilisateur décide de faire progressivement l’acquisition vient ensuite nourrir son propre corpus, qui se retrouve alors dans sa bibliothèque digitale. Celle- ci peut devenir, selon la description d’Isabelle Bussel de Wolters Kluwer, « l’équivalent d’ Itunes pour les produits, ouvrages, et revues achetés, ainsi que leurs actualisations régulières  », avec en plus la possibilité « pour le client », dans un avenir proche, « d’ y joindre ses propres contenus ainsi que ceux qu’ il a acquis auprès d’ autres éditeurs  ».
La particularité d’un tel fonctionnement tient notamment à ce que l’utilisateur ne fait l’acquisition que des parties d’ouvrages réellement utiles à ses recherches, sans avoir besoin d’acheter toute l’œuvre ou toute la revue.

Les maisons d’éditions se sont approprié l’outil numérique ; à elles de poursuivre leur évolution en créant des bases de données encore plus pratiques, offrant des services de veilles ou des hotlines juridiques et en répondant au rapport nomade qu’ont leurs clients au savoir par le biais des tablettes, smartphones...

Lire le dossier complet « L’actualité des sources juridiques : atouts et pièges du numérique ».

D’après le dossier de Jordan Belgrave pour le Journal du Village de la justice N°69.

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