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Le quotidien du recruteur spécialisé dans le domaine juridique et fiscal permet un constat préalable et simple : le recrutement n’est pas qu’une question de diplômes et de compétences techniques. Son rôle est de détecter des potentialités et des personnalités adaptées à des environnements qui peuvent se révéler très différents. Les cabinets d’avocats et les entreprises en sont le reflet quotidien.
Le constat du marché
L’entreprise est un environnement où la fonction juridique joue un rôle de plus en plus actif dans la prise de décision et l’accompagnement de l’activité. A ce titre le juriste doit prévenir ou minimiser les risques, former les opérationnels, savoir « vendre » sa technicité en interne tout en sachant s’adapter à des exigences métiers fortes. De ce fait, il est plus dépendant de la nature de l’activité de l’entreprise dans laquelle il travaille, son « client interne ». Il lui est clairement demandé de prendre des initiatives, d’être force de proposition.
En revanche, en amont, pour toute question ponctuelle, conseil particulier, c’est l’avocat qui saura être un interlocuteur privilégié. L’entreprise capitalisera sur la spécialisation juridique ou sectorielle et la diversité des dossiers traités. Il apporte un conseil précis qui permet de mettre en lumière les options et leurs conséquences : au client de prendre la décision qui engagera la société. L’avocat agira en toute indépendance et selon les règles communes à l’Ordre.
Toutes les directions juridiques, notamment pour des raisons d’effectif ne peuvent se permettre une organisation aussi spécialisée que celle habituellement rencontrée en cabinets d’avocats.
Les exigences des groupes internationaux
Le titre d’avocat constitue un pré requis aux États-Unis, comme au Brésil pour exercer la profession juridique.
En tant que recruteurs, nous constatons que nombre de directions juridiques européennes de groupes étrangers et américains notamment, ne conçoivent pas de recruter des candidats n’ayant pas obtenu l’examen du Barreau. Cette exigence s’explique, à leurs yeux, par l’obligation pour le collaborateur d’obtenir la reconnaissance de ses pairs au sein de la maison-mère. Il aura besoin d’obtenir une totale légitimité afin de jouer son rôle de coordination et de « reporting » avec le siège.
Nous constatons aussi, à l’inverse, que certaines entreprises françaises sont réticentes à recruter des candidats issus de cabinets d’avocats. Jugés bons techniciens, rigoureux et travailleurs (Au vu des fameuses feuilles d’heures en cabinets d’affaires), ils n’auront pour certains pas la faculté de s’intégrer à un environnement où la décision doit être prise rapidement, nécessitant d’être plus engagé dans la société et ne pouvant se retrancher derrière un principe de neutralité. Le juriste en entreprise, à qui l’on demande d’être créatif, est interrogé en mode projet. Or il ne dispose pas du même délai que celui qui serait alloué à un prestataire extérieur.
L’infranchissable passerelle
Les consultants en recrutement conseillent ces interlocuteurs, clients et candidats. A ce titre, ils favorisent le passage entre les cabinets d’avocats et les entreprises. L’inverse est encore rare, malgré la passerelle offerte aux juristes avec huit ans d’exercice. Un des principaux freins à cette intégration est la logique de « business development » des associés en cabinets d’avocats. En effet, il est préférable, pour rejoindre des cabinets d’affaires, d’avoir pu développer un portefeuille de contacts ou d’apporter son ancien employeur comme client.
Quel rapprochement envisager ?
Certains systèmes permettent une meilleure interpénétration des professions juridiques en entreprise et en cabinet d’avocats. La France compte aujourd’hui deux statuts et il est peut être envisagé de créer une troisième catégorie de métier juridique, avec l’instauration d’un statut d’avocat en entreprise. N’allons-nous pas à l’encontre d’une simplification des relations entre professionnels ?
Le détachement en entreprise reste possible pour pallier certaines situations transitoires ou pour aider son client à faire face à un surcroît d’activité. Ce procédé permet en outre la fidélisation du client par une meilleure connaissance de l’historique de la société et l’approfondissement de la relation client.
Le rôle anticipatif de « Business Partner » du juriste en entreprise et le rôle de conseil en amont des opérations de l’avocat (avec une nuance sur la pratique contentieuse) font que ces deux interlocuteurs sont complémentaires dans leur activité. A ce titre, leur spécialité juridique les réunit et fait du juriste en entreprise le meilleur interlocuteur et le meilleur client du cabinet d’avocats.
Plus qu’une fusion des professions d’avocat et de juriste en entreprise, il faut mettre en place un statut commun. Ce rapprochement est en effet nécessaire et doit être équitable aux avocats comme aux juristes pour permettre la valorisation des diplômes universitaires et proposer un enseignement commun de qualité ayant pour objet d’être pragmatique et résolument orienté résultat.
Cette valorisation de statut contribuera de facto à une harmonisation des rémunérations dans les services juridiques... Mais ceci est un autre débat.
Sandrine DHELLEMMES
Consultante senior Juridique & Fiscal
Robert Walters
www.robertwalters.fr
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