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In "Serious Games", we trust ! Ou quand les juristes invitent leurs opérationnels à jouer pour apprendre le droit...

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- jeudi 11 octobre 2012

Loin des PowerPoint interminables et des stages classiques, plusieurs grands groupes français ont adopté les "Serious Games" pour leur formation. Leur motivation réside dans l’idée de rendre plus interactives et aussi plus attractives des sessions de formation à distance sur des thèmes complexes et parfois rébarbatifs.

Que l’on ne s’y trompe pas, utiliser un “Serious Game“ en guise de formation vise surtout à rajeunir l’image des entreprises. Il faut montrer qu’une entreprise s’adapte aux nouvelles générations 2.0, comme le reconnaît Jean-Luc Boiville, chargé de mission au sein de l’unité opérationnelle de formation d’ERDF, “ils (à propos des Serious Games) sont adaptés aux modes d’apprentissage des jeunes générations. Ici le déclic est intervenu avec l’arrivée des juniors au sein des équipes. 25 % du personnel va partir à la retraite d’ici à trois ans.” Il faut donc paraître plus “in“ avec son temps. Les “Serious Games“ vont dans ce sens.

Autre aspect important, le fait de pouvoir prendre un risque sans risque. Le “Serious Game“ transforme en effet la formation en outil d’entraînement. “Il n’y a pas de réponse unique, note Laurent Auneau, fondateur de Subuccus Interactive. En incluant plusieurs scénarios, le jeu permet de recommencer et d’améliorer ses performances.” Il est plus facile “de prendre des risques avec un avatar que dans la vraie vie”, concède Laurent Berger, directeur associé de l’organisme de formation Waypoint Conseil. “Sans jugement extérieur et ainsi sans stress”, ajoute Perrine Corre, responsable commerciale de l’éditeur de jeux Wizarbox, car le but du “Serious Game” n’est pas “d’acquérir un savoir, mais d’explorer plusieurs approches”, indique Eric Blanc-Chaudier, directeur de la formation d’Axa France.

Et le moins que l’on puisse dire c’est que cette méthode trouve preneurs !

"Mission antitrust", le Serious Game de Michelin.

Après L’Oréal, la BNP et la SNCF, c’est au tour de la direction juridique de Michelin d’être conquis par ce nouvel outil : « Le gros avantage du “Serious Game“ que nous avons développé avec Daesign, c’est qu’il change l’approche que l’on a habituellement de la formation : la personne formée devient beaucoup plus active  », avance Laurent Geelhand de Merxem, directeur juridique de Michelin. En effet, les risques liés au non-respect du droit de la concurrence représentent un enjeu juridique fondamental chez Michelin. Avec ce jeu, les commerciaux de Michelin pour la plupart, pourront se former sur les lois anti-trust et ainsi éviter des comportements à risque pour l’entreprise. Selon le directeur juridique Europe, «  l’atout principal du Serious Game est de rendre la conformité juridique. En effet, ce genre de thème juridique est relativement difficile à appréhender. La meilleure façon d’apprendre est donc de jouer ».

Ce “Serious Game“ sur mesure réalisé par Daesign, se devait surtout d’être au plus proche de la réalité afin de sensibiliser les salariés du groupe Michelin.
Johanne Peyre, Head of Antitrust Europe de Michelin, révèle à ce titre l’implication des équipes de Daesign : « Les concepteurs du jeu ont tout simplement pris la route avec nos commerciaux pendant une semaine afin de saisir au mieux leur réalité, cerner leurs enjeux et identifier les situations clés à mettre en scène. Résultat, les équipes commerciales voient dans cet outil la possibilité de former leur force de vente non seulement au respect des lois anti-trust, mais aussi aux bonnes pratiques de communication avec les clients  », un jeu au plus près du réel qui tend en outre à se démocratiser.

En effet, si ce produit ciblait les grandes entreprises dans un premier temps en raison de son coût élevé (entre 200.000 et 300.000 euros), ce n’est plus le cas. Le marché évolue avec des produits standards, non plus adaptés aux besoins d’une seule entreprise, mais élaborés pour une période spécifique : force de vente, managers…

Le jeu est d’ores et déjà pensé pour plusieurs entreprises, avec des prix de base oscillant “entre 15.000 et 20.000 euros”, selon Laurent Auneau. Et cela plait aux organismes de formation. Waypoint Conseil par exemple a acquis ce type de produit pour former ses clients.

Reste que, quelle que soit la cible, le “Serious Game“ ne saurait se suffire à lui-même. Pour Yannick l’Horty, professeur d’économie à l’UPEC (université Paris-Est-Créteil) et chercheur associé au CEE (Centre d’études de l’emploi), « le formateur demeure nécessaire pour que le salarié s’approprie correctement le jeu et soit à même, plus tard, d’y revenir seul si bon lui semble ».
D’ailleurs, chez Axa France comme chez ERDF, « ces jeux s’insèrent dans la stratégie de formation interne, en complément des autres outils, e-learning, coaching et formations présentielles », car jusqu’à présent, «  nous n’avons pas la certitude que les Serious Games sont le dispositif de formation le plus efficace », note Éric Blanc-Chaudier, directeur de la formation AXA France.

Certaines personnes sont encore réfractaires à ce mode de formation ; pourtant le temps est venu de jouer sérieusement !

Mehdi Kasby
Rédaction du Village de la Justice

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