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La formation continue, un atout pour les Avocats ? Par Bénédicte Bury.

Bénédicte Bury (B.Moreau-Avocats, ACE-JA)
Président de la Commission Formation de l’ACE

Madame BURY,depuis plusieurs années, l’ACE (Avocat Conseil d’Entreprises) mène des réflexions sur l’évolution de la profession, ses besoins, et plus précisément sur la formation. Pensez-vous que la formation continue est un atout pour les Avocats ?

La formation continue est une obligation et un atout. La formation continue obligatoire est, quant à elle, astreignante mais peut être très profitable en fonction de son contenu et de son utilisation.

Notre Président, Jean-Yves MERCIER, a déjà pu souligner que d’être enfin astreints à l’actualisation permanente de nos connaissances, comme l’ACE l’avait proposé de longue date, marque un pas de notre profession vers la maturité.

La profession d’Avocat a considérablement évolué et très rapidement. Aujourd’hui, il n’est plus sérieusement discutable que l’Avocat est Européen et Gestionnaire. Européen, dans la mesure où lui-même et nombreux de ses clients le sont, et gestionnaire, puisque quelle que soit la forme d’exercice professionnel adoptée, il est rattrapé par la logique d’entreprise. C’est pourquoi, lors de notre dernier congrès, nous avons voté une motion sur la formation en sollicitant du Conseil National qu’il intègre des programmes substantiels de gestion, de management et de langues dans la formation initiale, mais également dans la formation continue.

La formation continue ne doit pas être subie comme une contrainte, mais au contraire, vécue comme une opportunité formidable - offerte tant à l’Avocat individuellement, comme outil d’optimisation au service d’une réflexion stratégique de carrière et de cabinet - qu’à la profession pour l’aider à évoluer - puisqu’elle l’utilisera également au service d’une réflexion stratégique collective, celle-ci.

L’ACE-JA avait d’ailleurs organisé en 2005, au cours de l’année de la création de l’obligation ,une journée entière au salon légiteam, que nous avions intitulée « formation : de l’obligation à l’optimisation ». Jack DEMAISON, alors Membre de la Commission Formation du Conseil National, et Brigitte LONGUET, aujourd’hui Président de cette même commission avaient accepté d’apporter leur contribution à cette journée de réflexion menée sur la manière de ne pas « subir la contrainte » mais au contraire d’intégrer cette obligation de formation dans la gestion de nos Cabinets pour en faire un levier.

Vous-même avez réfléchi et mis en place des programmes répondant à ces attentes ?

Tout à fait. La section jeune de l’ACE, ACE-JA, dès sa création en 2002, a manifesté le souci de proposer des formations destinées à accompagner l’Avocat dans une profession dont nous constations à quel point elle nécessite des réflexes inexistants.

Nous avons décidé de mettre en place un parcours de formations permettant de développer les compétences exigées pour un exercice professionnel qui assure la qualité attendue. Nous avons souhaité proposer des formations pour accompagner les avocats tout au long de leur carrière. Notre tout dernier programme, proposé depuis le mois de janvier 2007, le « parcours du succès », propose des formations destinées à gérer les étapes de l’évolution d’un Avocat, l’Avocat junior, l’Avocat manager et l’Avocat dirigeant d’entreprise. Ces formations sont dispensées par VBConsult, notre partenaire. L’Avocat Conseil d’Entreprise, ingénieur juridique, profitera de surcroit de ces formations à la gestion et au management pour développer sa capacité à l’approche globale de son client.

Au dernier congrès de l’ACE à TOURS, à l’automne dernier, vous avez vigoureusement manifesté votre incompréhension face à l’absence d’homologation par le Conseil National de ces formations au management. Le parcours du succès est-il homologué ?

Pas du tout, si bien que demeure la situation paradoxale que j’ai soulignée, celle résultant de l’urgence à développer notre capacité d’adaptation et le refus d’homologation des formations précisément destinées à répondre à cet impératif. J’ai donc été contrainte d’apporter quelques modifications pour que le Conseil National, en l’état des textes, puisse homologuer ces programmes de management adaptés à notre profession, ce qu’il fera je l’espère. Mais travestir des programmes ou contourner la voie de l’homologation pour obtenir la validation ne constituent pas des solutions satisfaisantes mais des signaux d’alerte.

Le travail réalisé par le Conseil National, en sa commission formation alors présidée par Pierre Lafont, sur ce lourd chantier de la formation continue est très important et il ne s’agit aucunement de le minimiser mais de l’en féliciter et d’y participer avec enthousiasme.

Mais, dans un monde aussi rapidement évolutif, nos institutions professionnelles ont l’obligation de faire en sorte d’adapter les textes pour offrir à la profession l’évolution exigée. Nous serions responsables de n’y avoir pas satisfait.

Votre première chronique ACE-JA en 2002 s’intitulait « complexité ou chaos », pensez-vous aujourd’hui que cette approche globale que vous avez dite indispensable est toujours une « key for success » et doit guider l’orientation des formations à venir ?

Tout à fait. D’ailleurs, notre chronique de rentrée 2007 s’est volontairement appuyée sur « les sept savoirs nécessaires à l’éducation du futur » d’Edgar MORIN pour rappeler à quel point « l’éducation » devrait promouvoir une « intelligence générale », induisant sans doute une réforme de pensée.

C’est sans doute une réflexion sur une formation à une intelligence générale et fluide qu’il convient aujourd’hui d’entreprendre.

Permettez-moi en effet de conclure sur « l’imagination, source des apprentissages », dossier du monde de l’éducation du mois de mars 2007. Il m’apparaît en effet nécessaire d’ « imaginer pour apprendre...et apprendre à imaginer », tant l’imagination est une qualité essentielle de l’Avocat pour voir autrement et créer des solutions.

Il semble démontré qu’il n’y a pas d’apprentissage sans imagination et que l’intelligence, dite « fluide », opposée à l’intelligence « cristallisée », peut s’exercer à l’école. Il nous appartient donc à nous, Avocats, de mettre notre imagination au service de la conception et de la mise en œuvre de nos programmes de formation pour les adapter avec fluidité à notre très belle profession.

www.avocats-conseils.org



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