Une poignée de technocrates liés au très puissant lobby de la construction aura donc décidé contre toute logique économique, pratique et environnementale, d’exiler le Tribunal de Grande Instance, l’Ordre des Avocats, les 20 tribunaux d’instance, dans une tour périphérique à la porte de Clichy, un Immeuble de Grande Hauteur ou IGH construit par BOUYGUES.
Un « machin » de 160 mètres de haut, dont le Journal Le Parisien a dévoilé les traits le 25 novembre dernier, évoquant plus le Ministère de l’information nord-coréen que la Justice de notre Pays. La belle affaire !
La Justice s’en trouvera–t-elle améliorée ? Non. Ce que veulent nos concitoyens, c’est une justice plus rapide, une défense juste, des jugements bien motivés et réellement exécutés.
Ce qu’il manque pour tendre vers cet objectif, c’est une volonté politique et des moyens pour la mettre en œuvre. Pourquoi la France se contente-telle de 9 juges professionnels pour 100 000 habitants là où la moyenne européenne est de 20 juges ? Pourquoi la France consacre-t-elle seulement 0,19 % de son PIB, c’est-à-dire 1,95% du budget de l’Etat à la Justice, ce qui la place en 39ème position sur les 45 pays du Conseil de l’Europe, derrière l’Azerbaïdjan et la Géorgie (source : rapport de la Commission Européenne pour l’efficacité de la justice du 27 octobre 2010) ?
La construction d’une tour énergivore et inutile, dont le coût final sera très surement largement supérieur à un milliard d’euros, dans le cadre d’un contrat de partenariat public privé qui fera de la Chancellerie le docile locataire du géant du BTP pour plusieurs décennies est une insulte au bon sens, à l’avenir et aux justiciables.
L’image de la Justice en sortira-t-elle grandie ? Non. C’est exactement le contraire qui l’attend. Le gouffre financier que représente ce projet pharaonique va amputer très durablement le budget du service judiciaire : encore moins de moyens pour le recrutement de magistrats, des personnels de justice, pour l’aide juridictionnelle, pour les tribunaux de Province.
La rénovation et l’éventuelle extension du Palais historique vers l’Hôtel Dieu est possible, économique, et souhaitée par l’immense majorité des professionnels qui le fréquentent. Cette solution avait reçu l’aval de la Chancellerie et de la Mairie de Paris, avant d’être véritablement sabotée par des intérêts particuliers.
Il serait grand temps de retrouver le sens de l’intérêt général et de la concertation ! Certains avocats du Barreau de Paris se mobilisent pour tenter d’éviter le naufrage du Palais historique, dont la destinée pourrait bien rejoindre celle du Palais de Nantes, devenu un Palace exploité par le groupe américain RADISSON ( un rapport sur le sujet du déménagement est disponible).

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