A cette évaluation s’ajoutent les cessions
des entrepreneurs de nouvelle génération,
plus volatiles, et qui n’hésitent pas à réaliser
leur patrimoine professionnel au sommet
de leur réussite rapide. La manne attire
de toutes parts des « spécialistes », parfois
peu scrupuleux mais armés des
moyens publicitaires devant lesquels les
professions réglementées se trouvent
démunies.
Le phénomène est amplifié par le marché
lui-même. Les grandes entreprises et belles
PME sont souvent le panier des
banques ou d’intermédiaires de renom
spécialisés ou non par métier. Les autres
PME et les petites entreprises sont moins
sollicitées car il est difficile de facturer les
prestations ou honoraires rendus nécessaires
par la compétence recrutée et l’énergie
déployée. Il s’agit pourtant de 90%
du tissu économique français et de la totalité
des clients de nos cabinets.
Le positionnement de nos professions sur
ces missions n’est pas clairement perçu
par les chefs d’entreprise. On s’adresse
souvent à l’expert comptable quand il faut
évaluer l’entreprise et à l’avocat quand il
faut rédiger les actes de cession. A ce
stade le cédant a parfois pris des engagements
verbaux irrémédiables et a été laissé
seul face à des conseils ou intermédiaires
de l’acquéreur qui en ont profité. S’il
est vrai que notre client, novice sur le
sujet, est essentiellement mobilisé par le
prix de cession qu’il considère souvent
être le seul à pouvoir négocier, il est généralement
mal informé des autres éléments
importants d’une cession.
Nos interventions « à retardement » ont
pour conséquences de soulever des problèmes
jamais évoqués, et qui peuvent
être l’éventuelle cause de l’échec d’une
négociation. Elle place les conseils du
cédant en position inconfortable alors que
ce devrait être le contraire.
Il convient donc de réfléchir à l’organisation
de nos cabinets et à la mise en commun
de nos compétences pour faire face à
ce marché. Des missions et des partenariats
étroits interprofessionnels menés au
sein de notre groupement, nous avons tiré
humblement les enseignements suivants
que nous souhaitons vous faire partager.
Ne pas occulter le sujet.
La vente d’une entreprise est souvent
synonyme de perte d’un client. Dans un
marché difficile et concurrentiel, les
conseils ont souvent tendance à « faire
l’autruche » plutôt que d’anticiper.
C’est un faux problème, l’entreprise se
vendra quand même et souvent mal. Il ne
nous sera pas pardonné d’avoir été présent
durant sa création et son développement
et d’oublier la conclusion si difficile
souvent psychologiquement.
La segmentation du fichier client permettra
de cibler les dirigeants concernés.
Ne pas structurer cette compétence au
cabinet c’est aussi oublier le conseil en
acquisition.
Le marché est porteur, il est souvent plus
aisé de se développer par croissance
externe que de recruter des compétences
difficiles à trouver pour un hypothétique
développement commercial. Il ne faut pas
oublier non plus ces entrepreneurs en
chasse de PME très différentes de par
leurs activités, limitant ainsi les risques de
retournement d’un marché.
Organiser la transmission
très en amont
Même lorsque nos clients nous confient
une mission d’accompagnement à la cession,
ils le font en général trop tardivement
dans leur vie et se privent ainsi des possibilités
qui leur sont offertes d’optimiser la
transaction. Si certes les textes récents
(Loi Dutreil et Lois de Finances) vont dans
le bon sens sur le plan fiscal, l’âge moyen
de début de préparation se situe au minimum
autour de 50 ans.
Ce délai est accentué par la réforme du
régime des retraites, l’intérêt d’un éventuel
changement de statut social ou de
régime matrimonial et l’anticipation d’une
gestion patrimoniale contrôlée et anticipée.
Mais aussi, et peu de conseils y pensent,
par le temps nécessaire pour optimiser
les résultats qui seront pris en compte
pour l’évaluation, pour présenter un bilan
plus vendeur ou limiter les risques de
garantie d’actif et de passif.
Constituer une équipe pluridisciplinaire
autour du
client et par conséquent
autour du cabinet.
La préparation de la transmission d’entreprise
nécessite des compétences multiples
que peu de conseils ou d’organisations
peuvent prétendre rassembler.
Les aspects psychologiques sont très
importants, les avis peuvent être différents,
la discussion s’impose et par conséquent
la constitution d’une équipe pluridisciplinaire
proche du client est indispensable
pour œuvrer en confiance. La pratique
démontre que la stabilité de l’équipe est
préférable à sa constitution au coup par
coup.
Sans être limitative, elle doit rassembler
souvent au minimum un avocat, un expert
comptable, un notaire et un conseil en gestion
de patrimoine, conseils qui par ailleurs
doivent traiter régulièrement le sujet.
Lorsqu’il en est informé, le client comprend
vite qu’il ne doit pas être en première
ligne de la négociation. Il est important de
désigner un chef de file dans l’équipe afin
d’éviter tout risque de cacophonie telle
que nous la rencontrons généralement.
Former le client
Notre client est souvent maladroit par
méconnaissance d’une procédure de cession
ou d’une mauvaise information des
intervenants commerciaux du marché. Il
est vrai que l’on cède plutôt une fois son
entreprise que dix. Une réunion d’information
sur le déroulement d’une cession et
de ses étapes augmente fortement les
chances de succès d’une négociation.
Parmi les sujets abordés certains sont fondamentaux
et incontournables :
l’importance des engagements de confidentialité
la complexité et la durée d’une transaction
complète : trop de dirigeants pensent
que lorsque l’accord est trouvé sur le prix,
les actes seront signés rapidement
le prix : il ne sert à rien de faire plaisir au
client qui s’est fixé un montant déconnecté
du marché. Il doit connaître la valeur normale,
souvent inférieure à celle que l’on
imagine d’une vie de labeur.
Mais surtout : « le prix n’est qu’une partie
de la négociation ». Combien pouvonsnous
citer d’exemples de transactions dont
le prix non discuté sera difficilement payé
ou de garantie activée sans juste motif
pour bloquer les paiements du crédit vendeur
?
la garantie d’actif et de passif et la garantie
de la garantie : souvent peu évoquées à
tort au début de la négociation, les discussions
deviennent ensuite interminables et
peuvent être une cause d’échec que l’on
imputera à l’avocat.
l’accompagnement du repreneur et la
clause de non concurrence.
les conditions suspensives du protocole
liées au financement du repreneur.
L’animation d’une réunion clients conjointe
entre cabinets sur le thème de la transmission
avec l’ensemble des professionnels
se révèle souvent très porteuse de missions.
Communiquer sur les
demandes de transactions
Encore imparfaite, mais déjà efficace, l’information
sur les demandes de transactions
commence à s’organiser chez les
notaires et les experts comptables. Ce
type de démarche est limité aux grands
cabinets du côté des avocats. Peu d’entre
eux savent à quel point en communiquant
ils combleraient les recherches d’un autre
professionnel de confiance.
L’inter professionnalité
sur le terrain
S’il était besoin de le démontrer, une transmission
d‘entreprise est l’exemple parfait
dans le monde des affaires de la complémentarité
des professions du droit et du
chiffre. Les apports communs sont riches,
le relationnel souvent très fort et la solidarité
ne peut souffrir d’aucune défaillance
devant l’importance de l’enjeu.
Christian PRADON
Expert comptable et commissaire aux
comptes à Paris
Président du comité de pilotage transmission
du groupement FRANCE DEFI
Membre de la Cie des Conseils et experts
financiers

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