> de Mon ego et moi le Ven 11 Jan 2008 10:37
C'est bien ce que j'avais cru comprendre. J'aimerais pousser la réflexion sur un autre champ, plus polémique : quels intérêts ces évolutions servent-ils, et comment les groupes lésés peuvent-ils espérer rétablir la situation ?
- Compliquer l'accès à la profession favorise mécaniquement ceux qui y sont, en limitant le dénominateur qui divise l'activité. A court terme, l'idée est payante, à moyen terme, on peut redouter que les dossiers soient bâclés pour être terminés à temps et que des actions en responsabilité soient de plus en plus souvent intentées ; avec la signification que cela a entre avocats puisqu'il faudra un avocat en exercice pour défendre un client victime d'un avocat qui devra montrer qu'il n'a pas commis de faute. A long terme, que restera-t-il de l'avocat, dans son statut social, dans son travail au quotidien et dans ses revenus ?
- L'inflation diplômative fonctionne comme un piège en se refermant sur qui n'est pas titulaire des diplômes requis ; on voit les conséquences de ce travers pour qui n'a pas le bac, pour ne citer qu'un exemple parmi tant d'autres. Or, est-il bien utile d'afficher les diplômes requis pour exercer les fonctions correspondant aux offres imposant tel diplôme ? Assurément pas, et les recruteurs le savent. Il n'y a encore là qu'un instrument de reproduction des positions sociales.
- Le sujet de discussion des déçus de l'avocature tourne à bon rythme, et quand je dis vouloir quitter le métier de juriste pour devenir avocat, j'ai souvent en face de moi des yeux bien ronds : "es-tu vraiment sûr de ce que tu fais ?" Oui je le suis, et peut-être à l'usage devrai-je le regretter. Ce sera de toute façon moins amer que de ne pas avoir tenté. Cela étant, le nombre d'avocats qui quittent rapidement la profession pourrait alerter les bonnes volontés. Ne pas s'en inquiéter témoigne aussi de l'indifférence des institutions quant au mal-être d'une profession.
- Va-t-on vers un système analogue à celui des professions médicales, avec des avocats "de luxe", grassement rémunérés parce qu'ils ont choisi les spécialités que le marché indique - ponctuellement, le propre du système capitaliste est la versatilité du marché, ne l'oublions pas - comme prospères alors que dans le même temps, des avocats crève-la-faim assureront les "urgences judiciaires" comme aujourd'hui le médecin urgentiste devient, en quelque sorte, celui que la vocation (le lettré ne manquera pas de rappeler la parenté étymologique avec un mot qui revient souvent ici) a poussé là, exerçant parce qu'il a la foi dans ce qu'il fait, dans des conditions chaque jour plus pénibles ?
- Y a-t-il une place pour un avocat qui ne soit pas un simple technicien du droit, connaissant et appliquant des recettes qu'il ne prend pas soin de comprendre, prenant le risque de ne pas toujours être au courant ? Une place pour un avocat qui soit autre chose qu'une machine à syllogismes, et qui ne soit pas la proie d'une inflation textuelle dont l'une des caractéristiques est la vacuité du législateur et du pouvoir réglementaire ?
Vous venez de lire un propos désagréable d'un intermittent du jurisme en sursis.