Accueil Actualités juridiques du village Droit des TIC, informatique, propriété intellectuelle Propriété intellectuelle et contrefaçon

Blockchain et Droit du Luxe et de la Mode.

Par Louise El Yafi.

C’était en octobre dernier et à l’heure où l’industrie du luxe et de la mode cherche toujours à aller plus loin en termes de storytelling et où l’expérience client devient de plus en plus immersive, la Fashion Week de Shanghai nous avait offert un bel exemple d’efficacité de la Blockchain.
En effet, pour sa collection Printemps Eté 2017, la marque Babyghost avait collaboré avec BitSE, entreprise spécialisée dans la blockchain et son projet VeChain, une application anti-contrefaçon qui repose sur ce type de base de données.
Chaque pièce de la collection contenait ainsi une puce NFC ou un QR code, lesquels permettent de recevoir des informations au sujet du vêtement sur son smartphone. La traçabilité est donc plus simple et la lutte contre la contrefaçon est facilitée.

La véritable innovation de l’évènement était en réalité de profiter de la Blockchain pour enrichir l’expérience client. Une vingtaine de mannequins ont défilé avec des tenues équipées de cette technologie, chacune reliée à un contenu spécifique sur l’application, racontant la conception du vêtement. La cliente pouvait ainsi participer en y ajoutant sa photo souvenir avec le vêtement avant de le revendre.

Qu’est-ce que la blockchain ?

Elle est annoncée comme la prochaine révolution. Mais qu’est-ce que la blockchain ? C’est d’abord une promesse, celle de pouvoir se faire confiance sans se connaître et sans intermédiaire. Elle est apparue suite à la crise financière de 2007 comme réponse à la défiance ressentie envers les banques et les institutions en général qui n’arrivaient pas à réguler le système financier traditionnel.
Elle propose ainsi de garder une trace indélébile de tout ce que l’on possède et s’échange dans un grand registre. Ce dernier est en réalité un système informatique constitué de blocs qui représentent toutes les transactions passées. Avant de valider un nouvel échange, des machines (ou « mineurs ») font l’ensemble de la blockchain pour s’assurer que le vendeur possède bien ce qu’il prétend posséder. Une fois validé, ce nouveau block vient ainsi s’ajouter à la blockchain.

Une meilleure protection contre la contrefaçon

Riddle & Code, un fournisseur de plateformes basées sur Blockchain, a conclu un partenariat stratégique avec Innogy Innovation Hub, pour intégrer des données de produits physiques conçu avec l’aide de la technologie de l’impression 3D sur un réseau Blockchain.
Innogy Innovation Hub est un centre d’innovation qui a récemment annoncé la mise en place du projet « Genesis Of Things » destiné à utiliser la technologie de la Blockchain pour partager en toute sécurité des designs IP et les propriétés les produits imprimés en 3D, le tout dans un écosystème inviolable.

« Nous sommes très heureux de participer à ce projet. Nous prenons ça comme une reconnaissance d’avoir la solution la plus pratique et la plus avancée sur le marché. Notre responsabilité est de sécuriser chaque produit. Cela assure également à n’importe qui de pouvoir prouver que les produits sont originaux et ont été fabriqués selon des conditions spécifiques »
Alvaro Mier, CEO de Riddle & Code

La valeur du commerce mondial de marchandises contrefaites en 2015 s’élevant à presque à 2 milliard de dollars, selon l’International AntiCounterfeiting Coalition (IACC), la principale raison de l’exportation et l’importation de marchandises contrefaites reste un manque cruel d’infrastructures pouvant détecter les faux produits.
S’il existe quelques plateformes sur lesquelles les autorités peuvent s’appuyer afin d’authentifier les marchandises, leur dépendance aux bases de données facilite grandement la fuite et la modification de données.

Pour sa part, la plateforme IoT basée sur la Blockchain de Riddle&Code permet aux fabricants d’intégrer la propriété intellectuelle et les empreintes digitales de leurs produits de façon à ce qu’ils ne soient pas accessibles par le réseau. La blockchain est ainsi un système de certification complètement décentralisée sur internet rendant toutes les transactions inaltérables.

Le système s’accompagne par ailleurs d’un développement rapide d’applications mobiles et de plateformes qui facilite le processus de vérification pour les consommateurs. Ainsi, sur le réseau « Genesis of Things », les utilisateurs peuvent utiliser une application mobile pour vérifier la légitimité et l’origine de leurs produits en quelques secondes.

Une concurrence pour les professionnels du droit ?

Tout n’est cependant pas tout rose. En effet, si la Blockchain apporte une réponse extraordinaire aux problèmes de contrefaçon et de constitution de preuves sur la toile, certains parlent aussi d’une possible disparition de la moitié de la propriété intellectuelle actuellement centralisée entre les mains de l’INPI.
Toutes les institutions ayant des coûts pour simplement tamponner des documents sont ainsi très menacées par la Blockchain. On pense aux notaires mais également aux avocats et aux juristes qui vont devoir apprendre une autre manière de rédiger des contrats.

Blockchain et Droit du Luxe et de la Mode. Par Louise El Yafi.

Louise El Yafi
Fondatrice de LUXURYANDLAW.COM, référence en Droit du Luxe et de la Mode
www.luxuryandlaw.com

Voir tous les articles
de cet auteur et le contacter.

Recommandez-vous cet article ?

Donnez une note de 1 à 5 à cet article : L’avez-vous apprécié ?

26 votes