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Médiation et entreprise, terreau de performance.

Par Françoise Housty, Médiatrice, et Marie-Laure Vanlerberghe, Huissier de justice.

Dans un monde économique mu par la nécessité de trouver de nouvelles façons d’échanger plus directes et plus efficaces, la médiation retrouve toute son acuité. Le conflit en entreprise, commercial ou relationnel, est coûteux en soumettant l’entrepreneur au risque d’une baisse de productivité ou d’une contagion de mal-être dans un service.

Si bien nommée, encore mal connue… La médiation est un processus de négociation facilité par la présence du médiateur, qui a pour finalité de faciliter la résolution d’une situation conflictuelle, de rétablir une relation ou de réaliser un projet. Insuffler dans son entreprise du dialogue, une meilleure compréhension des raisons d’un différend, est une façon innovante et constructive de progresser et de bien travailler.

Une étude menée auprès des directions juridiques de grandes entreprises, révèle que seulement un tiers d’entre elles ont fait appel à la médiation tout en affirmant l’utilité d’un mode amiable au sein des organisations. Elles pointent l’efficacité d’une mission qui dure environ 3 mois pour un coût moyen de 2.500 euros : rapidité, confidentialité, coût abaissé, amélioration de la performance et meilleure communication au sein des services concernés.

Mal connue, la médiation offre un large éventail d’intervention

Dans le monde économique elle peut réguler les relations commerciales, d’affaires et sociétales. Elle est également efficace pour pacifier et améliorer les relations externes de l’organisation avec ses clients, ses usagers, ses adhérents. Enfin elle se déploie dans les relations de travail que celles-ci soient individuelles hiérarchiques – collaborateurs) ou collectives. Ainsi permet-elle à l’employeur de faire profit de son obligation légale et réglementaire de lutte contre le stress, le harcèlement en intervenant en amont d’une procédure judiciaire.

La médiation a deux dimensions : curative le plus souvent, elle est aussi préventive. Elle intervient quand l’entreprise est dans le brasier, mais elle vise également à éviter l’embrasement. Curative elle conduit à une solution sur-mesure pour poursuivre une coopération future ou mettre fin à une situation inadaptée par une séparation étayée d’une solution juridiquement et psychologiquement sécurisée. Préventive, elle facilite un dialogue constructif fondé sur la coopération nivelant toutes difficultés futures.

Selon les besoins de l’entreprise, la médiation accompagne vers la sortie du conflit en axant sur la recherche de solution mais elle peut également ciseler la relation pour réguler apaiser un climat de tension. Vecteur d’amélioration de la productivité et de motivation, elle participe en particulier à chasser la souffrance au travail.

Quand coopérer rime avec productivité, quand bienveillance favorise la performance

Dans toutes organisations le préalable à l’efficacité procède moins dans l’exercice du pouvoir que dans l’habileté à communiquer. Le médiateur a pour mission de favoriser la confrontation des oppositions, d’organiser les échanges dans le cadre dont il est garant : respect mutuel, écoute, équilibre de parole, absence de violence verbale et physique. La médiation œuvre ici à une nouvelle grammaire communicationnelle qui s’ânonne en bienveillance. On vient en médiation pour s’expliquer autour d’un processus coopératif et s’offrir le privilège d’une solution maîtrisée, clé possible à l’amélioration des résultats.

Le profil du médiateur en entreprise

C’est avant tout un professionnel aguerri à la dynamique du conflit, spécifiquement formé à la médiation comme aux outils de gestion des conflits. Cette formation, si elle intègre la dimension juridique indispensable, s’enrichit de différentes techniques de communication ainsi que d’une connaissance affûtée des réalités du monde de l’entreprise et du travail.
Son chemin est donc jalonné de multiples compétences nécessaires pour que soit mené à bien un processus de médiation qui allie à la fois l’amélioration des échanges et la recherche d’une solution pérenne et juridiquement incontestable.
L’offre des médiateurs regroupe des personnes issues de champs professionnels pluriels, le plus souvent d’origine juridique sans pour autant être exclusivement avocats.

Le médiateur est préférentiellement extérieur et étranger à l’entreprise et aux intérêts en jeu. Il applique alors scrupuleusement les principes déontologiques qui sédimentent une pratique : impartialité, confidentialité, indépendance, gage de transparence et d’efficacité.

Du médiateur en entreprise au médiateur de justice ?

La médiation judiciaire est une plus-value pour le chef d’entreprise. Bon arrangement contre mauvais procès, elle permet un véritable gain de temps, une économie substantielle et assurera la confidentialité utile aux échanges commerciaux. Elle permettra en matière sociale, en revenant à ses sources, d’épurer le conflit de ses éléments nocifs pour une meilleure reprise du travail.

Une mesure de médiation judiciaire peut être demandée par les parties ou proposée par le juge en cours de procédure. Sera alors désigné en sa qualité de médiateur de justice, le médiateur qui justifie d’une formation adéquate, qui présente les garanties requises et qui est accrédité près du TGI du ressort. S’il est le plus souvent juriste, il est aussi issu du monde de l’entreprise. En toutes occasions, Il conduira un processus dans le respect du droit, des textes du Code de procédure civile le concernant et des intérêts juridiques en jeu sans que la qualité d’avocat médiateur soit une obligation. En médiation judiciaire le plus souvent, les parties au procès sont accompagnées de leurs conseils.

Conclusion

Cette approche succincte permet d’appréhender ce que les entreprises et les partenaires sociaux pourraient reprendre pour faire avancer leur projet. Il est de l’essence de la médiation de comprendre les contradictions afin, non de les éviter, mais de mieux les gérer pour en tirer le sur-mesure utile et efficace pour chaque organisation.

Françoise HOUSTY, Médiatrice, chargée d’enseignement UT1, TOULOUSE - fh.médiation chez free.fr
Marie-Laure VANLERBERGHE, Huissier de Justice, Médiatrice à BORDEAUX www.bvm-huissier-bordeaux.com
Membres de DACCORD, centre de médiation - www.daccord-mediation.com

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Vos commentaires

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  • Dernière réponse : 10 décembre 2016 à 09:42
    Le 1er novembre 2016 à 09:41 , par Jean-Louis Lascoux
    La médiation professionnelle est une discipline liée à l’ingénierie relationnelle

    La médiation n’est pas une affaire de justice, de magistrats, d’avocats, d’huissiers, de juristes, de greffiers, de politiciens, de religieux, de croyants, de psychologues, de partis pris, de rapports de force, ni de pseudo médiateurs avec des formations de droit, psycho, socio, philo, morale...La médiation est une affaire de médiateurs formés à l’EPMN. La médiation est professionnelle en tant que une discipline. Elle est liée à l’ingénierie relationnelle pour promouvoir l’instauration, la restauration, l’entretien de la qualité des relations humaines et implicitement faciliter la résolution des différends www.epmn.fr

    • Le 10 décembre 2016 à 09:42 , par Pierre GERARDIN
      "Faites ce que je vous dis (...mais ne faites pas ce que je fais)"

      Après la lecture de cet intéressant article, très mesuré, qui vante la Médiation (en principe, un processus fait pour apaiser les passions !...) n’est-il pas vraiment dommage de voir le commentaire ci-dessus, véritable "peloton d’exécution" qui n’épargne personne... ? Il est signé du leader de la "Médiation professionnelle" et se termine par la publicité de son école de formation de médiateurs !
      Croit-il vraiment servir ses propres intérêts en faisant cela ? En tout cas, cela risque de contribuer à disqualifier la Médiation : Faites ce que je vous dis "l’instauration, la restauration, l’entretien de la qualité des relations humaines" mais ne faites pas ce que je fais (ici dans ce commentaire ... ).
      Pierre Gerardin, Médiateur indépendant