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Management juridique : le juriste doit prendre son destin en main.

Le juriste, maitre de son avenir : c’est ce qu’on peut retenir de cette 6ème journée du management juridique, organisée le 30 juin 2016 par Legi Team. Car hormis la place omniprésente des outils technologiques dont tout le monde prend conscience aujourd’hui, il apparaît surtout que le premier acteur de son évolution doit être le juriste lui-même – et les directions juridiques. Il est indispensable qu’elles aient une démarche proactive pour faire avancer leur positionnement comme leurs pratiques, ainsi que la pratique du droit.
Au cours de quatre tables rondes, les intervenants ont détaillé les opportunités dont il fallait rapidement se saisir.

Le contract manager, nouvel épicentre du contrat.

L’arrivée imminente de la réforme des contrats a créé de nouveaux défis pour le contract manager. Celle-ci a pour but, selon les intervenants présents à cette première table ronde, de redorer l’image du droit des contrats français à l’international, et de le rendre plus accessible. « Le législateur a fait preuve d’un esprit pragmatique, explique Vanessa Hespel-Périn, directrice juridique de Reed Midem. On voit qu’il y a un mouvement qui tend à rendre le droit beaucoup plus accessible pour les opérationnels et les acteurs économiques. Et ce que je constate avec nos fournisseurs, c’est que cette réforme n’est qu’une adaptation de ce qui se passe en pratique. » Une réforme qui a pour enjeu central les règles de transparence et de bonne foi, notamment au cours de l’étape précontractuelle. « Ce qui suppose que les parties changent leur façon de faire, et de voir la relation d’affaire par un nouveau prisme » souligne Rémy Rougeron, président de l’AFCM et directeur juridique de Thales.

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Rémy Rougeron, Lionel Schwirtz, Vanessa Hespel-Perin, Grégory Leveau.

Exit le rapport de force, les acteurs de la vie du contrat sont invités à collaborer. Et face à ces changements, le contract manager aura un rôle-clé. « Cette réforme va repositionner le contract manager au centre du contrat, en maitrisant l’ensemble des risques et en gérant l’ensemble des opportunités pour l’entreprise, précise Lionel Schwitzt, directeur général adjoint Legal Suite. Il devra être encore plus présent tout au long de la vie du contrat et notamment lors des négociations. »
Mise à part la mise à jour des contrats, le contract manager aura donc de nouvelles fonctions. Mais comment s’y adapter ? « Il doit avoir une hauteur de vue sur l’exécution du contrat, ainsi qu’un rôle d’arbitre pour rechercher un mode collaboratif entre les parties, explique Rémy Rougeron. Il doit posséder une vision transverse, afin de s’assurer que le principe de transparence est respecté et que toutes les obligations sont exécutées de bonne foi ». La gestion documentaire et des preuves retraçant la relation contractuelle va s’accroitre, et la transmission de l’information aux parties va devenir primordiale. Le contract manager doit alors ajouter une nouvelle corde à son arc : la pédagogie. « Il va falloir éduquer nos opérationnels sur le fait que s’ils sentent que l’autre partie a besoin d’une information essentielle et que c’est vous qui l’avez, il faut le signaler » affirme Vanessa Hespel-Périn. De nouvelles compétences à acquérir, mais pour une grande récompense : un rôle prépondérant dans la vie des contrats de l’entreprise, qui valorisera encore la fonction de contract manager.

La création d’un système d’information juridique, « un parcours semé d’embûches ».

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Adeline Fedrizzi, Didier Lucotte, Théodore de Saint Remy, Sabine Martin.

Les directions juridiques doivent défendre leurs projets, becs et ongles, selon les témoignages de la deuxième table ronde. Mettre en place un système d’information juridique est « un parcours semé d’embûches, avec des pièges à contourner » selon Nicolas Sarraquigne, responsable ventes France chez Legisway. Un combat qui en vaut néanmoins la peine, puisqu’il permet d’asseoir la place de la direction juridique au sein de l’entreprise. « Elle devient un partenaire des affaires et des projets, explique Adeline Fedrizzi, associée et responsable de la BU Contract Management chez Green Conseil. Sécuriser les processus contractuels et juridiques est encore très peu exploité. Cela nécessite la mise en place d’outils et des mécanismes et permet de justifier un nouveau positionnement. »
Se battre, oui, mais avec quelles armes ? « La direction juridique doit aller chercher des alliés, être pragmatique et lutter contre l’hostilité interne » souligne Théodore de Saint Rémi, responsable nouveaux marchés chez Legisway. Le projet doit avoir une dimension corporate et démontrer les avancées qu’il représentera pour l’ensemble des départements – et ainsi débloquer le budget. Il faut également trouver un sponsor, un chef de projet, des membres motivés ou récalcitrants (et en faire une force), ainsi qu’un administrateur … Et ne négliger aucune étape, comme la reprise de données ou la définition de la cible de cet outil. « Pour ne pas se tromper de cible, il faut prendre le temps de faire un état des lieux et des besoins, explique Sabine Martin, directrice juridique knowledge et management chez Orange. C’est une phase essentielle, qui représente une grande part de la réussite du projet. Un conseil : associez la DSI très en amont du projet, notamment pour aider à la rédaction du cahier des charges. » L’idée est de mettre en place un outil simple et qui ne se destine pas uniquement aux juristes.
Et une fois le système d’information mis en place et opérationnel, la bataille n’est pas terminée, car il faut le faire vivre. « Un outil métier qui parle à autant de gens, juristes et clients internes de la fonction juridique, ça s’anime, demande de l’écoute, de communiquer » précise Théodore de Saint Rémi. Le succès d’un tel projet repose donc entièrement sur la direction juridique et sur sa motivation. Mais il représente une avancée indéniable pour les juristes et leur travail avec les opérationnels.

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Philippe Ginestié, Rosa Taban, Nicolas Bodin, Aléa Berruet, Anthony Level.

« Le juriste peut-il être moteur de cette digitalisation ? Oui. »

La dernière conférence abordait de façon plus générale la digitalisation de la fonction juridique. Outils numériques, réseaux sociaux, cloud, start-up, big data, blockchain… Face à toutes ces nouveautés qu’il n’est pas toujours facile de cerner, l’important est d’avoir une démarche pro-active. « La digitalisation est une révolution de la façon de travailler du juriste, souligne Nicolas Bodin, responsable juridique d’Intercloud et membre de l’AFJE. Le juriste peut-il être moteur de cette digitalisation ? Oui ». « La problématique principale est d’anticiper pour ne pas subir, confirme Rosa Taban, directrice juridique de Ejust. Elles sont là, il faut les utiliser. »
Des nouvelles technologies qui, pour les intervenants, présentent avant tout des avantages. « Tous ces outils sont enthousiasmants, et nous libèrent pour faire du droit, affirme Philippe Ginestié, fondateur du cabinet Ginestié Magellan Palet Vincent. On gagne du temps pour réfléchir. C’est aussi le moyen de plus se consacrer à la relation client et de remettre l’humain au centre. » Aléa Berruet, avocate, collaboratrice au sein du cabinet Yaël Cohen-Hadria et CIL, est également convaincue qu’elles serviront les avocats, malgré l’accès facilité à l’information juridique (et donc sa perte de valeur) : « Les clients qui viennent avec la réponse n’ont pas forcément raison. Le juriste a donc encore sa place, nous pourrons dégager du temps pour réfléchir et développer de nouvelles solutions pour monter en gamme. » Toutes ces technologies seraient donc le moyen de devenir des juristes « augmentés », qui pourront se consacrer à leur première passion : le droit ! « Je vois les nouvelles technologies comme une véritable évolution des professionnels du droit en général, confirme Anthony Level, directeur des affaires numériques groupes TF1. 
Il va se concentrer sur la valeur ajoutée, la prise de risque, l’intuition, sur les tâches les plus intelligentes et se débarrasser des tâches mécanisables. »

Chers juristes, il vous faut donc prendre votre destin en main en saisissant ces nouvelles opportunités, qu’elles soient législatives, managériales ou technologiques. Ces dernières restent le premier moyen de faire évoluer la fonction, l’organisation du travail ou les missions. Et il ne tient qu’à vous de réussir, car comme l’a rappelé Nicolas Bodin : « En informatique, la problématique se situe souvent entre le clavier et la chaise ».

Cette journée s’est conclue avec la quatrième table ronde consacrée au Prix de l’innovation en management juridique. Une parfaite illustration de directions juridiques qui ont pris l’initiative de mettre en place des projets bénéfiques à leurs équipes et à leur entreprise.
Retrouvez le diaporama photo retraçant la remise des prix.

Clarisse Andry
Rédaction du Village de la Justice

Photos : Laurine Tavitian

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