[Tribune] Apostille, visa, peste et choléra.

Par Patrick van Straaten.

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Explorer : # apostille # sécurité juridique # droit international # procédures administratives

Après 6 mois d’apostilles notariées, tout fonctionne parfaitement. Si on fait abstraction de l’absence de sécurité, du rejet par des pays étrangers, d’inepties administratives, de délais excessifs et de coûts abusifs.

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Absence de sécurité.

Le passage du public au privé [1] a été l’occasion d’abandonner l’apostille physique pour une apostille dite « dématérialisée » ou "e-apostille", dans la pratique un simple « pdf », ne contenant hélas aucune information sur le document apostillé.

Elle est munie d’un numéro unique qui permet [2], de savoir… si le numéro existe ou pas [3].

De fait, n’importe quelle e-apostille est réutilisable, sans aucune modification, avec n’importe quel autre document en partance vers n’importe qu’elle autre destination, dûment légalisé ou pas ! Ce n’est pas une petite faille de sécurité, c’est un gouffre qui bée depuis 6 mois.

Rejet par de nombreux pays étrangers.

Ce projet d’apostille dématérialisée a été réalisé sans concertation à l’international, ni vérification du droit. Aussi de nombreuses administrations étrangères refusent les documents actuellement apostillés en France [4].

Inepties administratives.

Dans certains centre régionaux en charge des apostilles et visas – à Besançon par exemple - un personnel mal informé outrepasse régulièrement ses droits et rejette des dossiers à tort.

Rappelons que la seule finalité d’une apostille est d’indiquer dans un format international que la légalisation de signature du document est valide.

Le document a apostiller est presque toujours écrit dans une langue étrangère, c’est normal vu que la finalité est de l’envoyer dans un pays étranger. C’est donc généralement la traduction assermentée d’un document français à l’origine, et la signature qui a été légalisée est celle de l’expert ayant réalisé la traduction [5].

Il est totalement abusif de demander à contrôler l’original de la traduction, encore plus d’en demander une copie certifiée conforme. Les services d’apostilles et visas ne sont pas concernés par le contenu du document, ils n’ont à juger que d’une seule chose : la légalisation de signature qu’il porte.

Délais excessifs.

Le délai promis est de 3 jours ouvrés. Dans la plupart des régions – à Lille par exemple - on est entre une et trois semaines. Très problématique quand les documents sont nécessaires à une inscription en université, à un appel d’offre international, au transport d’un défunt, ...

Coûts abusifs.

C’est anecdotique en regard des points précédents, mais les « professionnels » ne doivent pas payer le double. La loi prévoit que ce sont les « personnes morales », par opposition aux « personnes physiques », qui doivent faire l’objet de cette tarification. Cela fait 6 mois que cette erreur a été signalée, mais les professions libérales demeurent toujours indûment surtaxées.

De même le logiciel de facturation du site apostille.notaires.fr ne devrait pas présumer par défaut que l’usager veut faire apostiller traductions et originaux, ce n’est presque jamais le cas. Là encore la facture peut être doublée.

Mais tout n’est pas perdu !

Terminons sur une note positive en signalant que le centre de Lyon fait parfaitement son travail :

  • il appose un visa physique pour les pays non signataires de la convention de La Haye.
  • il appose une apostille physique quand le pays de destination est dans la liste des réfractaires à l’e-apostille française.
  • il n’a aucune exigence sur les originaux d’une traduction, car il sait que ce n’est pas son rôle
  • Malgré la charge, il prends en compte les urgences

Espérons que les 14 autres centres régionaux vont vite se hisser à son niveau.

Patrick van Straaten - Cabinet GmTrad

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Notes de l'article:

[1Les apostilles sont passées des cours d’appels aux centres régionaux de notaires le 1/6/2025. Les visas consulaires sont passés du Ministère des Affaires Etrangères aux mêmes centres le 1/9/2025.

[2Via le site apostille-index.notaires.fr

[3Très exactement, le site indique le nom du centre régional ayant délivré l’apostille, la date de délivrance (qu’il faut de toute façon saisir avec le numéro) et le type de document (par exemple : "acte administratif"). Donc strictement rien qui identifie le document concerné ni sa destination.

[4Ces pays ont 100% raison sur le fond car l’e-apostille française est sans valeur juridique à l’international. Même en faisant abstraction de l’énorme problème de sécurité, ils sont parfaitement dans leur droit en la rejetant.

[5Tout cela explique pourquoi un cabinet de traduction assermentée telle que le nôtre est très concerné : nous avons besoin d’apostilles et de légalisations consulaires en permanence. Mais nous sommes loin d’être les seuls usagers, ce problème concerne les professionnels du droits, les entreprises et les particuliers.

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