Fonction : Avocat spécialisé dans les droits de l’Homme, témoignage de Louise Dumas.

L’association Juristes d’influence [1], créée en 2020, a pour objectif de rendre les études de droit et ses débouchés plus accessibles. A ce titre, elle collabore avec différents professionnels (magistrats, avocats, délégués européens, professeurs des Universités, huissiers, OPJ, collaborateur parlementaire etc.) et propose des "fiches de poste" sous la forme de témoignages.
Son objectif est de délivrer des messages positifs aux étudiants en démontrant qu’aucun parcours n’est rectiligne.
Cette initiative rejoignant la philosophie du Village de la Justice, nous nous proposons de partager le témoignage de Louise Dumas, avocate spécialisée dans les droits de l’Homme.

1) Parcours et matières privilégiées.

Après avoir fait une prépa ENS Cachan D1, j’ai obtenu ma licence de droit à Londres. J’ai ensuite effectué un Master 1 en droit international à l’Université d’Aix-Marseille puis un double diplôme Master 2/LL.M en droit international public à l’Université d’Ottawa au Canada.
Durant mes années de Master, j’ai privilégié les matières spécifiques aux droits de l’homme, droit humanitaire et droit pénal international.

2) Les difficultés rencontrées durant le parcours.

La mobilité n’est pas encouragée en droit. La plupart des référents nous dissuadent de partir à l’étranger prétextant que cela nous ferait perdre en technicité juridique. Or, lorsque l’on décide de s’orienter dans le domaine du droit international il est au contraire très important de connaître les autres systèmes juridiques qui cohabitent au sein des instances internationales.

Ainsi, on nous recommande des filières plus classiques tel que le droit des affaires alors que la défense des droits de l’Homme est plus que jamais nécessaire, à une époque où nos systèmes sont constamment questionnés. Il me semble que le socle des droits fondamentaux érigés au travers des siècles doit rester notre héritage commun.

Le secteur est présenté comme un domaine avec peu de débouchés et pas assez rémunérateur. La confiance en soi et en son parcours est primordiale à un moment où on ne l’a pas forcément.
Pour ma part, je n’avais pas spécialement envie de devenir avocate. Ma priorité était de travailler dans le domaine des droits de l’Homme à l’international (ONU, ONG...).

3) La profession actuelle (missions, préférences).

Après mon Master 2 et mon LL.M, j’ai intégré le ministère des Affaires étrangères. Je travaillais au sein de la sous-direction de la gouvernance démocratique sur les questions de justice pénale internationale et de droits de l’Homme. J’ai alors réalisé que pour intégrer une juridiction pénale internationale, il valait mieux que je sois avocate.

Le barreau en poche, j’ai ensuite effectué mon PPI au Cambodge au sein des tribunaux cambodgiens (CETC) à Phnom Penh. C’est une Cour hybride créée par l’ONU en accord avec l’Etat cambodgien. Je travaillais pour le juge d’instruction international. C’était un travail de terrain et d’analyse : il fallait recueillir les éléments à charge et à décharge et rechercher la vérité. A ce titre, l’équipe interrogeait à la fois les victimes, les témoins mais aussi les bourreaux. Cela m’a permis de mettre enfin en pratique tout ce que j’avais appris. Je m’occupais spécifiquement de l’analyse d’un crime de génocide et du crime de mariages forcés.

De retour en France, j’ai intégré l’équipe de droit public d’un cabinet d’avocats d’affaires. L’associé, Yann Aguila, était à l’origine d’une initiative de la société civile, un Pacte mondial pour l’environnement. J’ai ainsi participé à ce que le texte soit porté par la France devant l’Assemblée générale des Nations Unies. Je reste mobilisée bénévolement sur ce projet passionnant.

Je suis ensuite retournée au ministère des Affaires étrangères au sein de la sous-direction des droits de l’homme et des affaires humanitaires. J’avais un large un portefeuille de missions dans le secteur des droits de l’homme et particulièrement concernant la justice pénale internationale. Pendant ce temps, je n’ai pas exercé en tant qu’avocate, soit pendant 1 an.

Il faut savoir qu’il y a une réelle difficulté à exercer en tant qu’avocat spécialisé dans les droits de l’homme. En France, il n’existe, à mon sens, que très peu de cabinets qui concentrent leurs activités sur ce domaine.

Aujourd’hui, j’ai la chance de pouvoir travailler dans un de ces cabinets [2]. Les dossiers sont véritablement passionnants mêlant droit international des droits de l’homme, droit pénal et droit pénal international.
Le métier d’avocat, prenant et engageant, est une vocation qui comble mes attentes aussi bien professionnelles qu’humaines.

4) Un conseil à donner aux étudiants pour réussir ?

De manière générale, et même si cela peut paraître extrêmement banal, je pense qu’il ne faut pas écouter les personnes qui, pensant bien faire, nous dissuadent de nous engager dans une voie par souci de réussite financière. Il faut savoir s’écouter et se faire confiance.

Concernant plus spécifiquement le droit international pénal, je pense qu’il vaut mieux passer le barreau. En effet, si on souhaite intégrer une instance pénale internationale, c’est avantageux. La sélection étant mondiale, les étudiants en droit d’autres pays sont parfois avocat à l’issue de leurs cursus universitaires (sans passer le barreau). Sans le précieux sésame, les autres candidats, avocats, ont un avantage compétitif.

Un autre conseil : investissez-vous dans des associations en prise directe avec vos centres d’intérêts. Quand on est étudiant, on a du temps à consacrer au milieu associatif. C’est très enrichissant et cela peut mener à des opportunités professionnelles.

Enfin, il ne faut également pas hésiter à écrire à des personnes qui vous inspirent, cela permet de créer un réseau mais surtout de se renseigner sur des parcours afin de bien s’orienter.

Notes :

[2Le cabinet Zimeray et Finelle.

Témoignage proposé par Elzame Berady,
Association Juristes d’influence

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