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Avocats - « patrons » : une solution innovante pour surmonter les difficultés de gestion d’un cabinet.

Sur Facebook, l’avocate Anne-Constance Coll a créé un groupe solidaire privé, réservé à ses consoeurs et confrères à leur compte pour les aider à mieux appréhender les problématiques de gestion de leurs cabinets. À terme, son initiative pourrait évoluer plus largement vers la création d’un structure syndicale professionnelle appelée à pallier l’absence d’une organisation représentative des avocats-chefs d’entreprises.


« Entre avocats à leur compte (« patrons »)  » a récemment vu le jour sur Facebook pour répondre aux besoins des avocats confrontés aux différentes problématiques que suscite la gestion parfois complexe d’un cabinet. Dès l’accueil, les mains d’une consœur consultant le Code pénal s’affichent en bandeau de la première page qui mentionne un nombre déjà important d’inscrits (près de 700 à ce jour), en augmentation constante depuis la création du groupe le 1er décembre dernier.

«  L’objectif est d’épauler les petits cabinets et les patrons qui exercent en individuel ou avec des associés, » précise Anne-Constance Coll, l’avocate à l’origine de l’initiative, elle-même à la tête d’un réseau de sept cabinets installés en province et en Ile-de-France. « En grande majorité, le peuple des petits patrons travaille habituellement seul dans son coin, remarque-t-elle, et il a besoin de soutiens pour faire face aux difficultés qu’entraîne souvent la gestion d’un cabinet. »

Son idée a donc été de réunir ces avocats dans un même espace virtuel parce qu’ils ne disposent ailleurs d’aucune structure formelle d’accompagnement et d’entraide, contrairement « aux nombreux cabinets d’affaires » auxquels des associations professionnelles ou des syndicats viennent le cas échéant prêter main forte. « Pour nous en revanche, il n’existe pas grand chose, » déplore Anne-Constance Coll, estimant qu’il est « essentiel d’être soutenu moins isolé ».

Anne-Constance Coll

Le groupe solidaire qu’elle a lancé à la fin 2019 sur le réseau social s’adresse d’abord et «  en priorité aux patrons » qui représentent en France un gros tiers de la profession. Les collaborateurs dont la vocation est de s’associer ou de s’installer n’en sont cependant pas exclus. « Nous sommes tous des chefs d’entreprise soucieux de la rentabilité et de la pérennité de nos cabinets mais nous ne sommes pas formés pour ça à l’origine, » souligne l’avocate qui pointe des difficultés encore accrues par des obligations déontologiques.

«  Entre avocats à leur compte (« patrons) » a pour but de recueillir en interne les témoignages et les interrogations de ses membres quant à leurs propres problématiques de management auxquelles un échange et un partage d’expériences « en live » sont à même d’apporter des réponses adéquates. « Les confrères ont aussi de belles idées, » ajoute Anne-Constance Coll. La gestion et le développement du cabinet, les relations avec les collaborateurs et la recherche de clients figurent, d’après elle, parmi les préoccupations les plus fréquemment exprimées par les participants.

Combler un manque

Le projet de créer un groupe a pris forme après des élections à l’Ordre de Paris où elle avait alors observé « un absentéisme énorme ». Les non-votants qu’elle avait « carrément interrogé sur internet » lui avaient pour les trois quarts expliqué qu’ils s’étaient abstenus parce qu’ils « ne se reconnaissaient dans les candidats ». Elle avait cependant surtout constaté qu’ils étaient des avocats à leur compte en grande majorité. « Je fais partie de ce petit peuple qui n’est effectivement pas représenté, » poursuit Anne-Constance Coll. « C’est pourtant lui, insiste-t-elle, qui est en lien direct avec les particuliers et les problématiques de la population du pays. »

Lorsqu’elle ouvre son groupe sur Facebook en fin d’année dernière, ils sont déjà plus d’une centaine à venir consulter la page d’accueil dès le premier jour. « J’ai halluciné ! » confie-t-elle. Dès lors, le nombre des inscrits ne va cesser d’augmenter, jusqu’à atteindre maintenant les 700 avec les arrivées régulières de confrères issus de la région parisienne et de la province. «  Il y en a qui sont seuls à leur compte, d’autres qui travaillent avec des associés et on a même des représentants de conseils de l’Ordre, » détaille l’avocate qui se félicite de « la richesse des représentations et de la diversité des modes d’exercice ».

Les nouveaux venus doivent toutefois patienter avant d’être admis, le temps nécessaire pour vérifier qu’ils exercent effectivement à leur compte ou qu’ils sont associés. « C’est un gros travail, remarque Anne-Constance Coll, si j’acceptais tout le monde, nous en serions aujourd’hui à plus de 2 000.  » L’administratrice assure par ailleurs que la confidentialité et la vigilance sont de rigueur quant au fond des propos échangés en privé. « On fait très attention, » prévient-elle, indiquant veiller « à ce qui est dit afin que ça ne déborde pas  ».

Les thématiques de management évoquées dans le groupe fermé englobent le plus souvent la gestion, la comptabilité, le recrutement, les congés maternité, la communication ou la publicité. « Nous sommes tous des entrepreneurs amenés à faire des métiers qui ne sont pas les nôtres, » commente Anne-Constance Coll. Parmi les «  vraies questions, parfois pointues » qu’elle relève au fil des discussions, certains se demandent s’il faut ou non faire une feuille de paie à un élève-avocat en stage. Des «  problématiques récurrentes bien dans l’air du temps » en amènent d’autres à s’interroger sur la pertinence à embaucher un juriste plutôt qu’un collaborateur. « Un patron tout seul dans son bureau a besoin de savoir, » fait valoir l’avocate.

Vers un syndicat ?

Ces dernières semaines, la nouvelle mouture de la retraite a largement accaparé l’espace des échanges pour dénoncer les conséquences d’une réforme dont elle est convaincue qu’une augmentation de charges va davantage asphyxier les « patrons de petits cabinets » dont beaucoup se heurtent – entre autre - à des « problèmes de récupération d’honoraires  ».
Avec les situations financières précaires, Anne-Contance Coll met également en évidence les différends qui peuvent naître avec des collaborateurs, regrettant une fois de plus qu’il n’existe aucune organisation représentative des employeurs. « Les collaborateurs peuvent compter sur des syndicats, mais il n’y a rien pour les petits patrons et ça crée un déséquilibre, » explique-t-elle. Pour l’heure, les conflits sont voués à trouver une issue dans « le choix d’un confrère qui ne fait pas ça tout le temps et qui n’est pas toujours rompu à l’exercice  ».

Son objectif n’est pas dans l’immédiat de constituer un syndicat en bonne et due forme, bien que l’éventualité soit loin d’être exclue. «  Il y a un vrai vide et l’on sent qu’il y a un réel besoin de soutien des avocats, » insiste Anne-Constance Coll, rappelant à nouveau «  le manque » d’une structure réellement adaptée. «  Pour l’instant, dit-elle, je ne suis pas dans cette optique, mais on pourrait au mieux y arriver s’il y a une demande. »

L’avocate ne cache pas qu’elle «  aimerait le faire », à l’écart de toute « concurrence avec qui que ce soit  ». Y parvenir contribuerait en outre, selon elle, à mieux « prendre en compte des récriminations » sur un fond de « grogne du moment » dont les motifs sont « beaucoup plus profonds qu’une réforme des retraites ».

Face à pareil constat, Anne-Constance Coll se déclare en tout cas très décidée à « essayer de faire quelque chose de plus large ».

Maître Anne-Constance COLL, Avocat à la Cour, Barreau de Paris, anime le groupe « Entre avocats à leur compte (« patrons »)  ».

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