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Le Barreau de Paris a lancé son programme d’accompagnement des "Avocats Startuper".

Les incubateurs lancés par les Ordres d’avocats émergent à peine dans le paysage de la profession que déjà une seconde étape vient d’être franchie, avec le lancement, le 31 mai 2018, d’un vrai programme d’incubation par l’incubateur du Barreau de Paris.
Après une phase de sélection de plusieurs semaines, 4 projets de start-up proposés par des avocats, sur les 36 qui ont candidaté, ont été sélectionnés.
Cette incubation [1] physique, qui a lieu dans des locaux spécialement dédiés à l’EFB, se fonde sur un accompagnement de très bon niveau managé par l’agence Hercule [2] et son réseau.
Le Barreau de Paris passe donc ici à une phase ambitieuse, "favoriser et encourager l’innovation par les avocats, afin d’être acteur du changement au sein de la profession".
La prise de conscience de cette mission par les instances est donc actée, et c’est un programme exemplaire qui a été conçu.

Les Lauréats...

A l’occasion du Campus Numérique et de la visite de la ministre de la Justice Nicole Belloubet, l’Incubateur du Barreau de Paris a ainsi dévoilé les 4 start-up d’avocats pour cette première année d’incubation physique :

  • Avocalix [3], qui vise à proposer aux avocats un générateur de site internet personnalité, modulable, et équipé de diverses fonctionnalités pour accompagner les avocats dans leur transformation numérique et d’interagir avec les justiciables.
  • Prodroit [4], une plateforme d’accompagnement des TPE/PME dans toutes leurs problématiques juridiques – et qui a vocation, à terme, d’avoir une dimension interprofessionnelle, avec l’intervention d’un huissier pour les recouvrements de créances, et d’un mandataire judiciaire.
  • Legabot, un chatbot juridique qui informe le justiciable sur ses droits et génère le document juridique qu’il convient, pour répondre aux litiges du quotidien. Si les situations sont plus complexes ou les enjeux plus importants, le chatbot mettra le justiciable en relation avec un avocat, le tout dans une démarche collaborative puisque l’utilisateur rédigera un premier projet de document, qui sera complété par l’avocat.
  • Legal hope, une plateforme de mise en relation avocat/client, qui permet à un justiciable d’obtenir en un rendez-vous d’une heure l’avis de trois avocats et de sélectionner celui qui lui convient le mieux, en termes de stratégie et d’honoraires. Le justiciable sélectionne le domaine de compétence et formule sa demande, qui est envoyé aux avocats concernés. Les trois premiers qui y répondront pourront alors, en 20 minutes de visioconférence, exposer leur stratégie au client, avant que celui-ci ne fasse son choix.

Le processus de sélection s’est appuyé sur plusieurs critères, le premier étant que les structures devaient être détenues à plus de 51% par des avocats. Le but, pour Stephanie Smatt Pinelli, membre de l’Incubateur, est « d’accompagner les start-up soucieuses des mutations de la profession, qui veulent les accompagner, qui ont des idées innovantes et en cohérence avec la déontologie. »

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Les locaux de l’Incubateur du Barreau de Paris au sein de l’EFB.

Suite à la remise des Prix de l’Incubateur du Barreau de Paris – décernés cette année à Share your Knowledge, Handilex, et la Clinique juridique de Paris – la Garde des Sceaux a salué les projets innovants qui lui ont été exposés à cette occasion. « Cette question de l’innovation est centrale pour nous tous, parce qu’aujourd’hui il ne saurait y avoir de développement de notre système judiciaire, dont vous êtes pleinement partie prenante, sans apport du numérique.  » Appuyant cette évolution sur le triptyque proximité/adaptation/anticipation, Nicole Belloubet a ainsi affirmé le besoin, y compris pour le service public de la justice, de cette transformation des avocats. «  J’ai besoin de votre mutation, pour pouvoir répondre à ces nouvelles exigences auxquelles nos concitoyens doivent et peuvent prétendre. J’ai besoin de cette capacité d’adaptation, de cette capacité d’être autrement ce que vous êtes fondamentalement. »

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Madame la Garde des Sceaux et Madame le Bâtonnier du Barreau de Paris étaient présentes.

La ministre a néanmoins clos son discours sur la nécessité d’encadrer ces plateformes numériques – dimension prévue dans le projet de loi de programmation et de réforme de la Justice qui sera présenté au Parlement à l’automne 2018. «  Le déploiement du numérique ne pourra se faire qu’en assurant celles et ceux qui regarderont, qui voudront avoir accès à ces plateformes une forme de qualité et de déontologie de ceux qui les ont construites. Nous seront donc extrêmement attentifs à certifier un certain nombre de ces plateformes qui présenteront pour nous des garanties de déontologie, de sérieux, liés aux compétences de qui les ont construites. Nous veillerons aussi que ça ne soit pas des plateformes exclusivement fondées sur des algorithmes, car nous considérons qu’il y aurait là un danger. »

Interview des animateurs du programme...

Jean-Georges Betto [5], quelle est cette nouvelle étape qui vient d’être franchie ?

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Jean-Georges Betto, avocat à Paris, dirige l’Incubateur du Barreau de Paris.

"L’Incubateur du Barreau de Paris, qui est à l’origine un think-tank [6] sur l’exercice de la profession et de son évolution, passe en effet une nouvelle étape.
Le projet de Madame le Bâtonnier Marie-Aimée Peyron est d’aller plus loin, et que l’Ordre soit un soutien effectif pour la création de Legaltech par les avocats eux-mêmes. Une manière de prendre en main notre avenir, pour notre profession qui évolue.

Désormais l’Ordre des avocats du barreau de Paris s’engage dans le soutien et lance une incubation physique à travers cet appel à projets.
Notre promesse est de fournir une incubation la plus pertinente possible (par rapport à d’autres incubateurs généralistes), par la prise en compte de nos spécificités (la déontologie, le périmètre du droit, des tests possibles avec de vrais clients, le retour solidaire d’expériences de confrères...)."

Quelles étaient les conditions de cet appel à projets ?

Jean-Georges Betto : "Nous lançons cet appel à projets qui a débouché début juillet sur une sélection de 4 équipes, portées par des avocats (mais avec des équipes interprofessionnelles possibles bien entendu).

L’Ordre ne prendra évidemment pas de participation financière dans les sociétés incubées, mais va mettre à disposition un contenu et un accompagnement considérable (ateliers, coaching, conférences, guichet de conseil...).

Avec Nathalie Attias, membre du conseil de l’Ordre également référent de l’Incubateur, nous avons en tête plusieurs impératifs pour la sélection. Le critère fondamental est que la startup en création doit être contrôlée par des avocats. Au-delà, c’est le caractère innovant du projet, l’équipe qui le porte et la démarche commune, qui seront déterminants.
Parmi les autres critères qui nous semblaient incontournables : la startup doit permettre d’envisager un bénéfice pour la profession d’avocat, c’est notre mission évidemment, et ne pas se restreindre à une niche trop précise."

Mathieu Bouillon [7], vous coordonnerez l’incubation pour les 4 lauréats, avec quel contenu ?

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Mathieu Bouillon co-fondateur de l’agence Hercule et pilote de l’incubation.

Mathieu Bouillon : "Le programme est très ambitieux (750 heures sont prévues pour chacun des lauréats !)
Cette "promo" suivra un programme complet de 12 mois.

12 ateliers individuels ou collectifs sont programmés, de la conception au raffinage de l’idée en passant par le développement commercial et technique du projet, le management et les méthodes de travail au quotidien pour conduire l’innovation, la partie financement (business plan, création de présentation...).
Ces ateliers seront animés par des experts d’Hercule ou externes.

13 "guichets" seront mis à disposition. Il s’agit d’experts consultables à la demande pour une réponse sur-mesure sur tous les volets dont les startups ont besoin (comptabilité, juridique, modélisation juridique, legal design, communication...).

Enfin des "keynote", des conférences de personnalités à succès, issues du droit ou d’autres secteurs, pour bénéficier de leur expérience et inspirer les créateurs avocats.

Hercule accompagnera les startup et leur donnera accès à un écosystème, pour gagner du temps et avoir un socle de solutions de bon niveau (hébergement, licences,...), ainsi qu’à des investisseurs."

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Le riche déroulé prévu pour les 12 mois d’incubation...

L’appel à projets mentionne une "incubation physique"...

Jean-Georges Betto : "Oui, nous proposons un espace dédié à l’école du barreau (EFB) à Issy-les-Moulineaux, juste à côté du Lab EFB lancé cette année, pour favoriser les échanges et enrichissements réciproques.

Nous attendons aussi des lauréats que plus tard ils s’investissent dans la transmission auprès d’autres confrères dans l’incubateur, pour construire une communauté et des rencontres".

Quels types de projets sont concernés ?

Mathieu Bouillon : "Rien n’est interdit du moment qu’il y a un projet et une équipe. Le potentiel est important et les candidats ne doivent pas se limiter, quel que soit le niveau d’évolution de leur idée ou même le contenu, car les projets vont évoluer pendant les 12 mois : ce sera plutôt un incubateur et pas un accélérateur de projet, donc on parle plutôt de startup qui en sont au début et pas encore prêtes à être lancées, mais vont s’affiner et se professionnaliser."

Clarisse Andry et Christophe Albert
Rédaction Village de la Justice

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Notes :

[1L’incubation d’entreprises consiste à leur proposer un accompagnement pluridisciplinaire et accéléré pour les accompagner vers un lancement d’offre de service ou de produit.

[2L’agence Legaltech Hercule accompagne les professionnels du droit et du chiffre dans leurs réflexions et leurs projets digitaux.

[3Fondé par Valéry Lontchi, déjà lauréate du Prix du Jury de l’innovation des avocats en relation-clients 2017 du Village de la justice, pour Legalix

[4Fondé par Samia Badouraly, finaliste du Prix de l’innovation des avocats en relation-client 2018 du Village de la justice pour bail-innovoavocats.com

[5Jean-Georges Betto, avocat à Paris, dirige l’Incubateur du Barreau de Paris et pilote ce projet.

[6Groupe de réflexion ou laboratoire d’idées.

[7Co-fondateur de l’agence Hercule


Vos commentaires

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  • Le 6 juin à 01:02 , par Georges Koussouros
    Innvation juridiqique

    Bonjour en tant qu’inventeurs et designer je souhaite vous prposer 2 projets d’innovation juridique.
    le premier qui a fait l’objet d’une trés grosse étude en cours de finssion concerne un calculateur de bonne foi basé sur 50 000 pages de droit comparé, d’études diverses...afin d’avoir une analayse complete et fine du contexte morale de l’analyse juridique dont parfois des articles de loi dépendent explicitement ; cei pour tous les acteurs qui de prés ou de loin auront à prendre conscience et rendre compte de la situation en matière de responsabilité réciproque des parties en relation
    le deuxième basé sur un conscience ergonomique forte vise proposer un logiciel d’aide à la rédaction de plaidoirie dont la caractérique innovante est de propoposer un dossier à lecture facilité par un refonte complete du modèle de dossier intégrant par ailleur un fort enrichissement graphique afin de rendre la lecture d’un dossier à la fois plus confortable, efficace et rapide
    en tant qu’invnteur sur demande passionné de droit j’ai de nombreuses idées