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Le Bilan numérique des Avocats, édition 2019.

Le Village de la justice, observateur toujours attentif des évolutions des métiers du droit, a dédié une enquête au Bilan numérique des Avocats. Plus de 220 avocats parmi nos lecteurs ont joué le jeu en mai 2019 ; voici les résultats.

L’objectif de cette enquête est de dresser un portrait de la relation des avocats au numérique et aux technologies, à la dématérialisation ou à la communication... Les résultats sont éclairants sur le chemin restant à parcourir mais surtout sur les "niches" numériques délaissées par les Avocats, notamment sur la sécurité ou le marketing digital.

Et pour amorcer une réflexion, nous vous proposons notre analyse sous forme d’infographies, ainsi que les commentaires "à chaud" des experts de la transformation en cours des métiers du droit... La suite est à lire toute l’année sur Le Village !

Le Bilan numérique des Avocats ; l’analyse du Village de la Justice en 2 infographies.

Qu’en disent les experts ?


"Le bilan numérique des avocats est proche de celui de l’artisan, plus que de celui de la PME."

Je suis frappé par une conclusion à la lecture de ces chiffres : peu d’avocats utilisent des logiciels spécifiques à leur métier. L’ordinateur semble cantonné à des fonctions très classiques (traitement de textes, email…). C’est un vrai sujet encore en 2019 alors que le CRM ou la gestion de cabinet devraient être généralisés depuis longtemps.

Dans le même sens, l’informatique en général est sous-exploitée ; il n’y a pas beaucoup de suivi ou de mises à jour, la formation n’est quasiment pas faite...
Conclusion, les avocats n’ont pas encore en tête l’importance vitale de l’informatique à l’heure du digital ; elle semble uniquement tournée vers la production, pas vers la création de valeur.

Il y a encore une incompréhension du rôle de l’ordinateur, qui apparemment dans l’esprit de nombre d’avocats ne remplace que la machine à écrire. Ils ne voient pas le côté collaboratif, la sécurité, la mobilité, le partage...

"L’informatique chez les avocats ne semble pas tournée vers la création de valeur..."

Pourtant, ces sujets sont abordés depuis très longtemps, la "dette" d’incompréhension et de non usage est énorme ! Il faut absolument que les écoles et Barreaux prennent le sujet en main et en mesurent l’importance.

Le bilan numérique des avocats est proche de celui de l’artisan, plus que de celui de la PME. Les avocats ne se voient pas comme un métier de services ou des entrepreneurs, comme on peut l’imaginer aujourd’hui. Il y un changement symbolique à faire dans leur vision de leur métier, une vision statutaire à faire évoluer aussi peut-être face au numérique.

Reste à se poser une question : avec la concurrence dynamique, les legaltech, la généralisation des appels d’offres en entreprises, les avocats seront-ils tous aptes à répondre aux demandes des clients en 2020 ?


Dan KOHN , Directeur de la Prospective et de l’innovation Groupe Secib

"ll y a encore un grand besoin d’évangélisation et d’acculturation sur ces sujets du numérique auprès des avocats."

Il est fondamental que les moyens d’échanges entre l’avocat et son client, ainsi qu’avec tout intervenant au dossier de l’avocat, s’inscrivent dans le respect de sa déontologie et soient conformes au secret professionnel. Que ce soit sur l’aspect de la confidentialité ou au niveau de l’image de l’avocat, il est impensable aujourd’hui que près d’un peu moins d’un avocat sur deux communique avec une messagerie non sécurisée ; de même les échanges doivent être hébergés sur un serveur de messagerie crypté.

L’extranet, l’espace client, est la meilleure solution aujourd’hui pour fluidifier, communiquer et renforcer le dialogue et la confidentialité entre l’avocat et son client, il s’agit d’un serveur dédié entièrement sécurisé et qui permet de faire transiter des documents, factures, informations sur le suivi d’un dossier. Il y a là une vraie demande des clients d’avoir accès à leurs dossiers dans un souci de transparence, cela va permettre de renforcer le lien avec son client.

"L’extranet, l’espace client, est la meilleure solution aujourd’hui pour fluidifier, communiquer et renforcer le dialogue et la confidentialité entre l’avocat et son client."

Presque un avocat sur deux utilise la même ligne mobile pour son usage pro et perso ; il y a là un souci sur le stockage des données d’une part et la sécurisation de ceux-ci, et d’autre part, la limite de ne pas pouvoir décloisonner, impactant la vie personnelle de l’avocat, ainsi que le droit et le devoir de déconnexion pour contribuer à son bien-être.

Moins d’un avocat sur deux utilise une solution dédiée au pilotage de son activité, devant sûrement répliquer les informations. Il est avéré qu’un système intégré va augmenter de 30% la productivité d’un cabinet d’avocat. Il est primordial de libérer les avocats de tâches contraignantes et chronophages sans aucune valeur ajoutée, de les aider à être de véritables chefs d’entreprises en optimisant les activités et l’organisation du cabinet, en améliorant leur performance et la rentabilité de leur cabinet pour consacrer plus de temps à leurs clients.

Le CRM va quant à lui valoriser le patrimoine incorporel de l’avocat, lui permettre d’avoir une meilleure connaissance de ses clients, de pouvoir développer une nouvelle clientèle et de contribuer à constituer une base de données structurée. Rappelons-nous que ce qui fait la valeur d’une entreprise, c’est outre son savoir-faire, sa base de données, son image et sa notoriété, c’est à cela que va contribuer le CRM.

Concernant la publication de contenu, la rédaction d’articles ou d’une newsletter va venir renforcer l’influence de l’avocat auprès de ses clients et prospects potentiels et le mettre dans une position d’expert absolu. De même, la stratégie de contenu ou « Content Marketing » coûte 62 % moins cher que le marketing traditionnel et génère environ 3 fois plus de contact : vous allez attirer des visiteurs que vous allez convertir en prospects et les engager ensuite en clients et prescripteurs. Cette stratégie d’Inbound Marketing assure une meilleure conversion et permet une communication bidirectionnelle.

Au niveau des contrats numériques, de la justice prédictive et de la blockchain, d’une manière générale, on remarque ce que nous pouvons constater lors des formations au sein des barreaux et écoles que nous délivrons : il y a encore un grand besoin d’évangélisation et d’acculturation sur ces sujets auprès des avocats ; ce travail est soutenu et réalisé aussi par les associations d’avocats innovants, les incubateurs de barreau, les commissions prospectives...


Georges de la Taille, CEO Actusite

"Avoir une présence digitale, optimisée et actualisée est une question de survie."

Aujourd’hui, dans 80% des cas, un prospect commence par chercher des informations sur Internet avant un rendez-vous physique.
Les avocats eux-mêmes utilisent déjà Internet et les nouvelles technologies : contrats numériques, block Chain, signature électronique, cloud…
Il est donc tout à fait édifiant que seulement 57,59% des cabinets d’avocats disposent d’un site Internet, surtout sur un marché aussi concurrentiel.

Avoir une présence digitale, optimisée et actualisée est une question de survie. Le minimum est d’avoir un site internet à jour pour s’assurer la meilleure visibilité possible.
En plus, ils peuvent se faire accompagner pour augmenter leur visibilité dans les différents annuaires.

Et même si la valeur de conseil d’un avocat n’est pas comparable aux réponses qu’on peut trouver sur internet, il est indéniable que la requête Google est le premier reflexe.
Alors que seuls 13,39% des avocats communiquent sur les médias sociaux, ils ratent une belle opportunité de valoriser leur expertise, de gagner en notoriété et en crédibilité. Souvent, ils se sentent dépossédés de leurs connaissances sans contrepartie. Alors qu’ils pourraient développer leur notoriété en diffusant leurs connaissances et en donnant des conseils, dans des vidéos sur Youtube par exemple.

"Il est surprenant de voir que 41,96% des avocats n’ont pas d’adresse email avec un nom de domaine propre..."

Ensuite, sur la question de l’optimisation de leur présence digitale, il faut signaler que les règles de communication qui régissent la profession d’avocat sont assez strictes, et il est surprenant de voir que 41,96% des avocats n’ont pas d’adresse email avec un nom de domaine propre. Ce qui est pourtant une obligation pour eux !

Nous ne pouvons donc que conseiller aux Avocats d’utiliser le digital, un moyen incontournable pour recruter et fidéliser une clientèle.

Rédaction du Village de la Justice,
Infographie Julie Bruneaux.

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