Propos recueillis par Marie Depay et Nathalie Hantz
Rédaction du Village de la Justice.

 
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  • Parution : 12 février 2020

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Guide de lecture.
 

3 bonnes raisons de devenir (encore) huissier de Justice !

C’est une volonté récente, les huissiers de Justice veulent parler de leur métier et cela tombe bien car c’est une profession que l’on connaît mal, alors qu’ils sont les auxiliaires de justice les plus proches du terrain et donc des justiciables. En effet, l’huissier de Justice est là pour dire le droit et l’expliquer lorsqu’il exécute et remet une décision de Justice. Il est également, le premier à "jouer" le rôle du médiateur, et à chercher les solutions amiables pour régler un conflit.
Le Village de la Justice donne ici la parole à de jeunes huissiers de Justice qui, par leur implication dans ce métier en pleine évolution, contribuent à changer l’image de leur profession.
(Lisez aussi les précédents épisodes de cette chronique concernant les avocats et les notaires.)

Alexandra Michel, huissier de Justice à Chinon (Prestation de serment en 2013).

1. Un métier bien loin des clichés.

Parce que l’huissier de Justice ne se résume pas un officier Ministériel qui vient chaque jour saisir froidement les meubles et expulser les gens de leur logement ! Bien au contraire, l’huissier de Justice est un vrai amortisseur social dont les missions sont encore très souvent mal connues et mal perçues.

2. Un métier diversifié qui ne connait pas la monotonie.

Il est impossible de décrire une journée type car aucune journée ne se ressemble ce qui rend le métier encore plus passionnant. L’étendue des missions est bien plus diversifiée que ce qu’on peut croire et ne se résume pas à faire des saisies même si l’exécution des décisions constitue une grande partie de notre activité. Constats, rédaction d’actes, conseils, inventaires, signification, ventes aux enchères, tenue des audiences viennent rythmer nos journées.

L’huissier est chef d’entreprise, un juriste de terrain, un acteur de la Justice sociale et un partenaire de confiance pour le développement économique des sociétés. Ce métier demande d’être toujours agile et de s’adapter à n’importe quelle situation.

"L’huissier de Justice est un amortisseur social dont les missions sont souvent mal connues et mal perçues."

3. Un métier en pleine transformation.

L’huissier de Justice 3.0 ? Depuis plusieurs années la profession a opéré un virage digital qui permet de faire évoluer la façon d’exercer et de s’adapter aux besoins d’une société dont les besoins ont changé. Au-delà de cette transformation numérique, l’ordonnance du 02 juin 2016 prise en application de la loi Macron a créé la profession de Commissaire de Justice regroupant les Huissiers de Justice et les Commissaires-Priseurs. Ce changement nous donne l’opportunité de nous réinventer en créant une profession attractive pour le Justiciable en élargissant encore un peu plus le champ des possibles.

Etienne Poulet, huissier de Justice à Rueil-Malmaison (Prestation de serment en 2020).

1. Par esprit de Justice.

L’œuvre de Justice ne saurait être complète en l’absence de garants dans l’exécution de la volonté des juges. Dénommés « officiales » sous l’Antiquité, les huissiers de Justice permettent notamment de mettre à exécution forcée des décisions de Justice, en l’absence d’exécution spontanée de la partie défaillante. A titre d’exemple, et uniquement pour l’année 2017, plus de 8 milliards d’euros, toutes créances confondues, ont pu être recouvrés par l’ensemble des études.

2. Pour rester au contact humain.

Qu’il s’agisse de la clientèle des études, ou des personnes faisant l’objet de l’intervention des huissiers de Justice, il est primordial de faire usage de psychologie mais également de fermeté, afin de dénouer les situations de crise auxquelles la profession est régulièrement confrontée. L’essor des modes de communication ne fait que renforcer l’importance de cet aspect, raison pour laquelle mon étude est adhérente d’un GIE [1] soit un groupement rassemblant onze études d’huissiers de Justice essentiellement situées en région parisienne, permettant de répondre au mieux aux attentes du justiciable.

"Les huissiers de Justice ont toute latitude dans la manière de concevoir leur exercice."

3. Parce-que « 3 » est multiple...

En Mathématiques, le nombre 3 est présenté comme celui permettant un nombre infini de possibilités et cette règle s’applique parfaitement à la profession d’huissier de Justice. En raison de la diversité des fonctions attachées à la profession, les huissiers de Justice ont toute latitude dans la manière de concevoir leur exercice. En effet, certaines études privilégient l’exécution forcée des titres exécutoires, d’autres se concentrent sur les constats. Les activités dites « accessoires » limitativement énumérées par la loi permettent en outre à l’huissier de faire de l’administration d’immeubles, des ventes aux enchères publiques, etc. En somme, une profession qui offre de belles opportunités aux candidats motivés.

Mathilde Manceau, huissier de Justice à Longjumeau (Prestation de serment en 2017).

1. L’absence de routine et l’indépendance.

Chaque jour de nouvelles missions, chaque jour des choses inattendues dans l’accomplissement des différentes tâches. Nous sommes amenés à rencontrer de nombreuses personnes, de tout milieux sociaux. Nous faisons face à la pauvreté et à des situations de vie très compliquées. L’écoute, le calme et l’adaptabilité sont des qualités essentielles pour faire face à toutes ces situations.

2. Un métier juridiquement varié.

Le métier est juridiquement très varié, nous faisons tant des constats, du conseil que des actes d’exécutions (saisies, expulsions…), tout cela parfois dans la même journée.
Il s’agit de maitriser de nombreux domaines du droit, les procédures civiles d’exécution bien entendu mais pas que ! Dans une journée, nous pourrons par exemple répondre à des questions relatives au droit de propriété (application de saisie immobilière, état des lieux…), au conflit de voisinage (constat de plantation, droit d’échelle…) au droit commercial (congé en matière commercial…) ou encore au droit social.

"Notre rôle est indispensable dans un État de droit."

3. La satisfaction d’accomplir une mission pour l’intérêt général.

L’huissier est chargé d’exécuter les décisions de justice, sans son intervention, les décisions rendues n’auraient plus d’impact et la Justice se retrouverait affaiblie. Il s’agit d’exercer cette mission avec une grande délicatesse, en étant la plus humaine possible tout en étant ferme. Une main de fer dans un gant de velours. Les situations rencontrées sont parfois sensibles (expulsion, saisie…). Notre rôle est indispensable dans un Etat de droit.

Pierre Iglesias, huissier de Justice à Bordeaux (Prestation de serment en 2013).

1. Une profession juridique la plus proche du justiciable.

L’huissier de Justice est un acteur incontournable de la vie sociétale, il ne reçoit pas, il s’invite.
Il connait parfaitement tous les acteurs de la justice, du justiciable, aux auxiliaires de justice, et magistrats.
Il maîtrise parfaitement le terrain sur lequel il exerce et connait parfaitement les règles juridiques entourant les situations qu’il rencontre.

2. Une profession avec de multiples visages.

L’huissier de justice est un recouvreur, mais il est également « Le » gardien des délais, c’est aussi un assureur, un gestionnaire d’immeuble, un commissaire priseur, un constatant, un conseil, un stratège dans la matière contentieuse, un médiateur.
Il est aussi un manager, un dirigeant, un associé, un comptable, bref un professionnel libéral.
Embrasser la profession d’huissier de justice, c’est s’ouvrir aux autres, s’ouvrir au monde et s’inscrire dans un quotidien changeant.
La routine est belle et bien le contraire de cette profession, en effet la Justice a créé les emplois du temps, et les huissiers en assurent les exceptions.

"Etre huissier de justice, c’est s’adapter aux intervenants et aux situations."


3. Une profession permettant en permanence la découverte.

Être huissier de justice, c’est s’adapter aux intervenants mais également aux situations.
Nous pouvons constater l’état d’un yacht de luxe le matin à 9h, expulser un malade de Diogène à 11h, recevoir un dirigeant de PME à 12h30 pour mettre en place une stratégie face à ses impayés, remettre un jugement de divorce à 14h, enlever un véhicule à 15h, gérer une réunion de collaborateurs à 16h, assurer la comptabilité à 18h, faire un constat de désordre lié à une construction à 20h, dresser un constat de nuisance sonores à 23h30…
Les journées de l’huissier de justice sont l’inverse de la monotonie.
Le contact privilégié avec les différents intervenants qu’il rencontre, lui permette chaque jour de découvrir des univers totalement différents voir opposés.

Notes :

[1Groupement d’Intérêt Economique.

Propos recueillis par Marie Depay et Nathalie Hantz
Rédaction du Village de la Justice.

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