Par Timothé Bonnaud, Etudiant.
 
  • 495 lectures
  • Parution : 22 octobre 2020

  • 4.97  /5
Guide de lecture.
 

Case Repsol Petroleo, news on the inevitable non-energy products tax system.

« The coordination of the offer is a structuring condition of the energy Union » [1], that we can reformulate in « the influence of taxation is decisive in the europeanization of the european energy market », is a fact of which the Council is fully aware.

« La coordination de l’offre est une condition structurante de l’Union de l’énergie » [2], que l’on peut reformuler en « l’influence de la fiscalité est déterminante dans l’européanisation du marché européen de l’énergie », est une donnée dont le Conseil a tout à fait conscience.

English version.

Evidenced by the Council Directive 2003/96/EC of 27 October 2003 restructuring the Community framework for taxation of energy products and electricity, the purpose of which is to harmonize the various national energy taxes to ensure the proper functioning of the internal market.

Without detailing the general regime of this taxation, we will simply retain that the production of hydrocarbons intended to be used, offered for sale or to be used as fuel, within the meaning of third paragraph of article 2 of the Council Directive of 2003. However, to avoid too much tax pressure on energy productors, the Council Directive provides an exemption from tax on the consumption of energy products, when this consumption is aimed at purposes linked to the production of energy products.

Certain energy production processes imply that inevitably, non-energy products will also be produced. How to articulate this tax with this state of affairs ?

This is the problem that the Spanish company Repsol Petroleo is currently facing. Its activity is focused on the production of energy products from the refining of crude oil. such as sulfur, petrochemical fractions or mineral oils. The company made the choice to reuse these non-energy products in the production of energy products, or to sell them. The Spanish tax administration intends to tax the company on the energy consumed by this process, in that it is not only intended to produce energy products, and therefore that it is not eligible for the exemption of paragraph 3 of article 21. The company intends to contest this.

The legal twists and turns bring the parties before the Tribunalo Supremo [3], which decides to stay the proceedings and ask the following question to the Court of Justice of the European Union :

« Must Article 21 of Directive 2003/96 be interpreted as meaning that it permits the self-consumption of energy products within the curtilage of the producer to be made subject to the excise duty on mineral oils in the proportion in which non-energy products are obtained ?

Or, on the contrary, does the purpose of that provision, which is to exclude from taxation the use of energy products that is deemed necessary for obtaining final energy products, preclude the taxation of that self-consumption in so far as it results in the production of other non-energy products, even when such production is residual and occurs inevitably as a result of the production process itself ».

The Court has not yet taken a position on the matter, but the Opinion of the Advocate General, M. Maciej Szpunar [4], presented on April 23, 2020, can already give us an indication of the meaning of the future decision of the Court.

According to him, the energy used in the manufacture of non-energy products should be taxed, in order to protect undistorted competition on the market for goods in the production of which energy products are used.

Then, he notes that paragraph 3 of article 21 of the Councel Directive gives no indication to determine the proportion of tax exempt energy products, in that they contribute to the production of energy products. This aspect must therefore fall under the national law of the Member States. However, as this question was debated at the Court hearing, it will recommend a method for calculating the proportion of exempt energy. We have to calculate the proportion of non-energy final products, and tax in the same proportion the energy consummed in the process. Thus, if 2% of the final products are non-energy products, it will be necessary to calculate the tax on 2% of the total energy used.

He ends his analysis by admitting the application of a de minimis threshold by national law, below which, the quantity of non-energy products obtained in the process becomes so low that it can be ignored.

He thus concludes :

« in the process of producing energy products, products which are not energy products are also inevitably obtained, the consumption of energy products for the purposes of that production is not to be regarded as a chargeable event in respect of the proportion of those products which corresponds to the proportion of energy products produced ».

In short, the Advocate General answers « yes » to the preliminary question, the inevitable non-energy products resulting of the manufacturing process of final energy products should be subject to excise duty.

Will the Court of Justice follow the interpretation of the Advocate General ? Case to be continued.

Version française.

En témoigne la directive 2003/96/CE du 27 octobre 2003 restructurant le cadre communautaire de taxation des produits énergétiques et de l’électricité, dont l’objet est d’harmoniser les différentes fiscalités énergétiques nationales pour garantir un bon fonctionnement du marché intérieur.

Sans détailler le régime général de cette fiscalité, nous retiendrons simplement que sont considérés comme un fait générateur de la taxation, la production d’hydrocarbures destinés à être utilisés, mis en vente ou à être utilisés comme combustible, au sens du troisième paragraphe de l’article 2 de la directive du 27 octobre 2003. Toutefois, pour éviter une pression fiscale trop importante sur les producteurs d’énergies, la directive prévoit une exonération de taxe sur la consommation de produits énergétiques, dès lors que cette consommation vise des fins liées à la production de produits énergétiques.

Certains processus de production d’énergies impliquent qu’inévitablement, des produits non énergétiques seront également produits. Comment articuler cette taxe avec cet état de fait ?

C’est le problème auquel la société espagnole Repsol Petroleo fait actuellement face. Son activité se concentre sur la production de produits énergétiques issus du raffinage du pétrole brut. Inévitablement, en plus des produits énergétiques, sont générés des produits non énergétiques, comme du soufre, des fractions pétrochimiques ou des huiles minérales.

La société faisait le choix de réutiliser ces produits non énergétiques dans la production de produits énergétiques, ou de les vendre. L’administration fiscale espagnole entend imposer la société sur l’énergie consommée par ce processus, en ce qu’il n’a pas uniquement vocation à produire des produits énergétiques, et donc qu’il n’est pas éligible à l’exonération du paragraphe 3 de l’article 21. La société entend contester cela.

Les péripéties judiciaires amènent les parties devant le Tribunalo Supremo [5], qui décide de surseoir à statuer et de poser la question suivante à la Cour de justice de l’Union européenne :

« L’article 21, paragraphe 3, de la directive 2003/96, doit-il être interprété en ce sens qu’il permet de soumettre à un droit d’accise sur les huiles minérales les opérations d’autoconsommation de produits énergétiques effectuées dans les installations du producteur, à concurrence de la proportion de produits non énergétiques obtenus ?

Ou bien la finalité de cette disposition, consistant à exonérer du droit d’accise l’utilisation de produits énergétiques réputée nécessaire à l’obtention des produits énergétiques finaux, empêche-t-elle au contraire d’imposer des droits d’accise sur la part de cette même autoconsommation aboutissant à l’obtention d’autres produits non énergétiques, même lorsque cette obtention est résiduelle et constitue une conséquence inévitable du processus de production lui‑même ? »

La Cour n’a pas encore pris position sur la question, mais les conclusions de l’avocat général, M. Maciej Szpunar [6], présentées le 23 avril 2020, peuvent déjà nous donner une indication sur le sens de la future décision de la Cour.

Selon lui, il conviendrait de taxer l’énergie utilisée pour la fabrication des produits non énergétiques, dans l’optique de garantir une concurrence non faussée sur le marché des biens pour l’obtention desquels des produits énergétiques sont utilisés.

Ensuite, il note que l’article 21 paragraphe 3 de la directive ne donne aucune indication pour déterminer la proportion de produits énergétiques exonérés de taxe, en ce qu’ils concourent à la production de produits énergétiques. Cet aspect doit donc relever du droit national des Etats membres. Comme cette question a été débattue à l’audience, il va toutefois préconiser une méthode de calcul de la proportion d’énergie exonérée. Il faut calculer la proportion de produits finaux non énergétiques, et taxer dans la même proportion l’énergie consommée par le processus. Ainsi, si 2% des produits finaux sont des produits non énergétiques, il conviendra de calculer la taxe sur 2% de l’énergie totale utilisée.

Il termine son analyse en admettant l’application d’un seuil de minimis par le droit national en dessous duquel la quantité de produits non énergétiques obtenus dans le processus devient si faible qu’elle peut être ignorée.

Il conclut ainsi :

« lorsque, dans le processus de fabrication de produits énergétiques, sont également obtenus, de manière inévitable, des produits non énergétiques, la consommation de produits énergétiques aux fins de cette fabrication ne doit pas être considérée comme un fait générateur de la taxe pour la proportion de ces produits correspondant à celle des produits énergétiques fabriqués ».

En somme, l’avocat général répond « oui » à la question préjudicielle, les produits non énergétiques inévitables résultant du processus de fabrication de produits énergétiques finaux doivent être soumis au droit d’accise.

La Cour de justice suivra-t-elle l’interprétation de l’avocat général ?

Affaire à suivre.

Notes :

[1Frédérique Berrod and Antoine Ullestad (dir.), "La mutation des frontières dans l’espace européen de l’énergie", Larcier, 2016, p. 211.

[2Voir note précédente.

[3Spanish Suprem Court.

[4Court of Justice of the European Union, Opinion of Advocate General, april 23, 2020, Repsol Petroleo SA versus Administracion General del Estado, Case C-44/19.

[5La Cour suprême espagnole.

[6Cour de justice de l’Union européenne, Conclusions de l’avocat général, 23 avril 2020, Repsol Petroleo SA contre Administracion General del Estado, Affaire C-44/19.

Timothé Bonnaud
Étudiant en Master II Droit public des affaires à l’Université Lyon III.

Recommandez-vous cet article ?

Donnez une note de 1 à 5 à cet article :
L’avez-vous apprécié ?

1 vote

A lire aussi dans la même rubrique :

LES HABITANTS

Membres
PROFESSIONNELS DU DROIT
Solutions
Formateurs