Le choix d’une intelligence artificielle pour une structure juridique.

Hyacinthe-Arnaud Tiacoh
Consultant IA juridique et Legaltech
Chargé de projet digital et d’intelligence artificiel chez LPA Law.
Vice-Président ALOF :(Association Legal opérations Francophone)

Dans les entreprises du droit ou les services juridiques de société, l’intelligence artificielle générative suscite un intérêt croissant. Sa capacité à automatiser des tâches intellectuelles, traditionnellement réalisées par l’humain, soulève de nombreuses questions  : Comment utiliser cette technologie comme levier de productivité ? Qui en aurait l’usage ? Cette utilisation serait-elle permanente ou séquentielle ? Il s’agit de questions que toutes les organisations aujourd’hui se posent. Cependant, pour les entreprises juridiques, intervient un véritable dilemme concernant l’intelligence artificielle générative.
Il existe deux grandes catégories d’intelligences artificielles  : les IA génératives généralistes et les IA juridiques spécialisées. Bien qu’elles partagent certaines fonctionnalités, telles que la production, l’interprétation et l’extraction de textes, leurs cas d’usage et leur niveau de spécialisation diffèrent sensiblement. Il est donc essentiel que les décideurs et responsables de l’innovation comprennent ces distinctions afin de faire des choix adaptés à la vision et aux besoins de leur structure.
Cet article propose ainsi une analyse de ces outils et des recommandations stratégiques.

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Les IA génératives généralistes.

Les IA génératives généralistes sont des modèles conçus pour traiter une grande variété de sujets, sans spécialisation sectorielle. Elles puisent leurs données sur des sites internet en accès libre et sont entrainées afin de répondre aux questions. Elles excellent dans la rédaction et la génération de contenu textuel, mais ne vont pas au bout du raisonnement juridique.
Elles peuvent être utiliser pour avoir de l’information juridique à faible niveau.
Par exemple : ChatGPT, Copilot, Gemini sont capables de rédiger des mails, articles, courriers, ou de répondre à des questions générales, y compris juridiques.

Toutefois, leur capacité à mener un raisonnement juridique approfondi reste limitée  : leurs réponses manquent souvent de nuances, leur compréhension des concepts juridiques est approximative et elles ne sont pas programmées pour signaler leurs propres limites. Ainsi, leur utilisation dans le domaine juridique doit rester marginale et être réservée à des tâches simples ou à faible enjeu.

Les IA juridiques spécialisées.

Les IA juridiques sont conçues pour appliquer le syllogisme juridique aux cas qui leur sont soumis. Elles sont capables de comprendre et de vérifier l’application des règles de droit dans un contrat et d’identifier les problèmes majeurs. Les cas d’usages concernant l’analyse, la rédaction, l’extraction d’informations sont préinstallées sur les interfaces. En principe, elles ne traitent que des sujets juridiques et ne peuvent traiter d’autres sujets. Cependant parmi les intelligences artificielles juridiques nous en distinguons deux types :

Les intelligences artificielles de recherche : elles assistent le juriste dans la recherche de sources du droit (ex  : Doctrine IA, GenIA-L Dalloz, Lamyline+).

Les intelligences artificielles de production : elles rédigent des actes juridiques, synthétisent des documents et extraient des informations clés (ex  : Haiku, Ordalie, Jimini, Harvey,Legora).

On observe un nouveau type d’IA juridique qui se veut proposer l’exhaustivité des fonctionnalités liés aux métiers du droit. Avec des cas d’usages liés à la recherche et d’autres à la production de document.
Parmi ces éditeurs nouvelles générations on peut y compter :Doctrine, Lexis,etc.

Ces outils ont un coût élevé généralement. La prise en main des outils est plus lente, car elles regorgent de fonctionnalité complexe. Elles nécessitent pour la plupart une formation accompagnant leur intégration.

Critères de choix et recommandations.

Face à la diversité des outils et à la profusion d’innovations technologiques, l’on pourrait se poser la question de savoir quels sont les outils les plus utiles à la réalisation de notre projet. Pour répondre à cette question, il faut tenir compte d’informations majeures à savoir : la stratégie et l’intérêt d’intégrer ces outils et la taille de l’entreprise, la vision du leader juridique, la pratique ambiante des parties prenantes, le nombre d’intervenants, et enfin le budget.
En plus de l’établissement d’un processus de test de l’outil et de la réalisation d’une carte des fonctionnalités de l’outil afin de savoir si l’outil correspond aux différentes attentes de l’équipe.

Il faut choisir la plus adaptée :

Petites structures  : privilégier une seule IA (généraliste ou de recherche), en version payante pour bénéficier de fonctionnalités avancées.

Grandes équipes ou flux continu de dossiers   : les IA juridiques spécialisées sont plus rentables et offrent un meilleur retour sur investissement.

Structures moyennes ou grandes   : combiner les deux types d’IA selon les tâches  : IA généralistes pour la rédaction de contenus non juridiques, IA juridiques pour les missions à forte valeur ajoutée (contrats, due diligence, analyse de risques).

Il est conseillé d’intégrer les IA généralistes dans un environnement sécurisé (éviter le SaaS public) pour limiter les risques de fuite de données.

Pour les IA juridiques, je recommande d’utiliser des IA de production documentaire pour maximiser le retour sur investissement. Pour la recherche juridique, des agents IA hybrides (ex  : Mistral AI, Microsoft, Lovable) peuvent constituer une alternative moins coûteuse.

En conclusion.

Le choix d’une intelligence artificielle adaptée à une structure juridique constitue une étape cruciale. Il convient de prendre en considération la taille de la structure, sa vision et ses objectifs prioritaires. L’adoption d’une stratégie équilibrée, associant des IA généralistes et spécialisées dans le domaine juridique, ou le recours exclusif à l’une d’entre elles, permet d’optimiser l’efficacité tout en assurant une maîtrise des coûts. Enfin, le Legal Ops occupe une position essentielle dans la gestion de cette transformation, veillant à prévenir les risques liés aux offres commerciales trop attractives.

Hyacinthe-Arnaud Tiacoh
Consultant IA juridique et Legaltech
Chargé de projet digital et d’intelligence artificiel chez LPA Law.
Vice-Président ALOF :(Association Legal opérations Francophone)

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L'auteur déclare avoir en partie utilisé l'IA générative pour la rédaction de cet article (recherche d'idées, d'informations) mais avec relecture et validation finale humaine.

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