[Dossier du Village] La RSE, levier stratégique des cabinets d’avocats. Interview de Julie Ferrari.

« Il faut avoir en tête que l’engagement RSE, c’est aller au-delà de ce qui est obligatoire ». Comme l’explique Julie Ferrari, associée chez Vigo Avocats, c’est progressivement et de manière réaliste qu’il faut avancer pour mener à bien la démarche. Un challenge réussi pour le premier cabinet d’avocats à être labellisé AFAQ2600 !

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Village de la Justice : Votre cabinet est l’un des premiers, si ce n’est le seul, à avoir été évalué AFAQ 26 000. Qu’est-ce qui vous a motivé à franchir le pas de la labellisation ?

Julie Ferrari : Nous avons toujours été très proches des domaines tels que les droits de l’homme, les droits fondamentaux du travail, l’environnement, etc. C’est donc naturellement que nous avons développé une expertise en droit de la RSE dans l’intérêt de nos clients, par exemple en rédigeant des codes d’éthique. C’était vraiment dans l’ADN du cabinet dès sa création en 2009.

Puis, en 2013, le cabinet a voulu franchir un nouveau cap, celui de prendre l’engagement d’assumer la responsabilité des impacts de ses décisions sur les domaines couverts par la RSE. C’était aussi l’occasion pour nous de nous appliquer ce que nous conseillons à nos clients.

« C’était aussi l’occasion pour nous de nous appliquer ce que nous conseillons à nos clients. »

Nous avons alors profité de l’accompagnement financier que proposait l’Ordre des avocats de Paris (prise en charge d’une partie du coût de l’évaluation), lui-même engagé dans une démarche d’évaluation ISO 26000. Nous avons proposé notre candidature, qui a donc été acceptée. À l’époque, il y avait peu de cabinets volontaires, parce c’est vrai que c’est un engagement au quotidien qui est assez important.

Justement, comment se déroule l’évaluation ? On imagine que c’est un gros travail de préparation ?

J. F. : Une fois que c’est fait, ça va ! Mais ça demande évidemment beaucoup de travail pour tout mettre en place. Avant l’évaluation, il faut en effet préparer un dossier et former tous les membres du cabinet à l’ISO 26000.

C’est vrai que quand on vous parle de la gouvernance de l’organisation, des questions relatives aux clients-consommateurs et d’engagement sociétal, ce n’est pas évident pour un cabinet d’avocats de se structurer autour de ces notions. Ce n’est pas forcément très concret et donc, en réalité, ce n’est vraiment pas évident au début. Nous avons d’ailleurs été accompagnés par un consultant spécialisé, qui nous a aidé à décliner les 7 axes de l’ISO 26000.

« Il avoir la sagesse de se dire "dans un premier temps, je vais me mettre des objectifs qui sont raisonnables et réalisables". »

Parties prenantes, principes directeurs, etc., il faut tout adapter. On est libre de faire à peu près tout ce que l’on veut, la seule chose est que, lorsque l’on se fixe des objectifs, il faut… les atteindre ! Donc plus vous êtes exigeants, plus ce sera difficile. Il faut donc avoir la sagesse de se dire « dans un premier temps, je vais me mettre des objectifs qui sont raisonnables et réalisables ». Ensuite, en fonction des évaluations – tous les trois ans –, on revoit son tableau de bord et on se redonne des objectifs.

Outre la déclinaison (peu évidente) des axes, avez-vous rencontré des difficultés particulières ?

J. F. : Nous avons été pour la première fois évalués en juin 2015 et avons atteint le deuxième niveau de maturité (sur quatre), qui s’appelait à l’époque « Progression » et qui validait le fait que nous avions bien pris en compte les différents aspects de la responsabilité sociétale.

Le premier aspect dans l’évaluation concerne ce qui a été mis en œuvre, mais il y a un deuxième aspect, qui concerne la manière dont on mesure l’engagement. Et ça, ça a été assez compliqué : engager différents chantiers et mener des actions, c’est bien. Mais derrière, il faut disposer d’outils pour savoir ce que ça représente concrètement ! Or, c’est un exercice que nous n’avions pas du tout l’habitude de faire ; il a donc fallu qu’on s’investisse vraiment pour trouver des indicateurs pertinents pour mesurer notre engagement.

« Il a fallu s’investir vraiment pour trouver des indicateurs pertinents pour mesurer notre engagement. »

Depuis, nous avons continué bien sûr, et intensifié notre démarche. En 2019, nous avons fait notre évaluation de renouvellement et nous sommes passés au niveau de maturité supérieur, « engagé RSE confirmé ». Pour le dernier niveau, il s’avère beaucoup plus compliqué de l’atteindre pour un cabinet d’avocats, parce que l’activité ne s’y prête pas forcément.

Plus concrètement peut-être ou au quotidien, qu’est-ce cela implique comme changements ?

J. F. : Concrètement, nous nous sommes attaqués aux 7 questions centrales de l’ISO 26 000 et avons articulé notre démarche autour. Le plus facile à mettre en œuvre concerne l’environnement. C’est en effet très concret et il y a pas mal de choses qui peuvent être mises en place très vite. Et on voit donc aussi très vite des améliorations.

Ce sont des choses toutes simples, comme limiter la consommation de papier, acheter des fournitures recyclables, changer tout l’éclairage du cabinet pour être en LED et en basse consommation, changer de fournisseur d’électricité pour un fournisseur énergie verte, arrêter d’acheter des bouteilles d’eau en plastique et se raccorder au réseau d’eau de la ville, remplacer par des carafes et des verres pour les clients, des gourdes en interne, remplacer le carton par du verre, grouper les livraisons, etc. Tout n’est pas forcément moins coûteux, mais en tout cas, c’est facile à mettre en œuvre, c’est encourageant parce que l’on voit vite les retombées et c’est motivant parce qu’on s’inscrit dans le développement durable.

Mais tous les axes ne sont pas aussi « faciles » à décliner que les aspects liés à l’environnement ?

J. F. : C’est vrai, mais sur les droits de l’Homme par exemple, c’était assez facile aussi puisque nous étions déjà très engagés. Chez nous, le pro bono représente en effet une part très importante de notre activité.

C’est aussi vrai pour la question centrale « Loyauté des pratiques », puisque cela fait largement partie de notre exercice. Donc cet aspect-là ne pose pas – ou ne devrait pas poser ! – de difficultés. Mais c’est vrai que ça peut aussi être le moment d’améliorer certaines informations, par exemple sur la politique d’honoraires. Ce qui est moins évident sur ces aspects, c’est encore la question des indicateurs. Ça peut passer par un questionnaire de satisfaction adressé aux clients. Il faut avoir en tête que l’engagement RSE, c’est aller au-delà de ce qui est obligatoire, au-delà de ce qui est prévu et doit être respecté au titre de la conformité légale et réglementaire.

Sur certains axe, c’est assez facile puisque cela fait largement partie de notre exercice.

En ce qui concerne la question centrale de la « Gouvernance de l’organisation », qui touche au fonctionnement interne du cabinet, nous impliquons beaucoup les membres du cabinet dans la démarche de RSE. Nous avons mis en place un comité de pilotage, qui se réunit à peu près tous les deux mois et auquel tout membre intéressé peut participer. Nous avons notre feuille de route, qui est un tableau d’actions que nous tenons depuis le début de notre engagement et que nous mettons à jour régulièrement, avec les idées nouvelles de chaque comité de pilotage et le suivi des actions jusqu’au prochain comité.

Nous avons aussi mis en place des procédures pour formaliser des pratiques déjà en place, par exemple pour les entretiens deux fois par an avec les salariés et collaborateurs du cabinet, les réunions mensuelles avec nos collaborateurs pour les tenir informés sur le fonctionnement et la situation du cabinet, etc., tout ce qui nous permet de communiquer le plus possible avec les membres du cabinet. C’est comme ça que l’on avance, lorsque tout le monde est impliqué !

Propos recueillis par A. Dorange
Rédaction du Village de la Justice

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