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En droit, la solution est rarement l’ « automédication »...

La multiplication des acteurs sur le marché du droit offre de nouvelles perspectives aux justiciables : certaines legaltech souhaitent en effet être une alternative aux professionnels du droit, pour les questions juridiques considérées comme simples. Si elles peuvent participer à une accessibilité du droit, le risque serait d’entretenir l’illusion qu’il est possible de régler toutes les problématiques juridiques seul. Un tel élan d’autojuridication [1] ne serait pas sans risques.

L’étude publiée par Rocket Lawyer démontre notamment que si le coût d’un professionnel ou d’une procédure peut freiner un justiciable, la majorité d’entre eux considère surtout … qu’il n’est pas nécessaire. Et le premier « acteur » qu’il consulte est Internet.

Mais rejeter ainsi les spécialistes pour « soigner » le problème juridique rencontré peut engendrer plusieurs risques pour le justiciable lui-même. La question de la fiabilité des sources ou des conseils recueillis sur les sites consultés est la première. En appliquant un mauvais conseil juridique, ne risque-t-il pas de se mettre plus en danger ? Cette volonté d’autojuridication efface également le fait que le recours au professionnel, par exemple à un avocat, est obligatoire dans certaines procédures – on peut aujourd’hui divorcer sans juge … mais toujours pas sans avocat ! Et même s’il est parfois possible à une partie d’agir sans représentant, elle peut se heurter à un monde dont elle ne connaît ni les codes, ni les subtilités (ce qui pose la question de l’accessibilité de la justice … mais c’est un autre débat !).

Plus généralement, la complexité des législations peut très vite perdre celui qui se frotte pour la première fois au droit. Comment voir les failles d’une question juridique, la règle applicable, ou encore si l’on relève d’une exception dont est truffé le droit français, sans y être un minimum familiarisé ?

Comme une maladie grave ne se soigne pas seule, une véritable problématique juridique se résout rarement sans le concours d’un spécialiste, apte à donner des conseils adaptés, inscrits dans une stratégie construite pour le justiciable. Mais ce rejet est un symptôme d’une autre maladie : la baisse de confiance du justiciable dans les professionnels du droit. A eux donc, d’écouter les patients, pour savoir les rassurer, réaffirmer leur légitimité, leur rôle et leur utilité.

Rédaction du Village de la Justice

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Notes :

[1Néologisme créé par imitation du terme « automédication », afin de décrire un phénomène similaire rapporté au droit


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