Le Clarity Act de 2025 : vers une sécurité juridique en matière crypto aux États-Unis.

Par Yanis Mouhou, Juriste.

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Explorer : # crypto-actifs # droit des affaires # régulation financière # innovation juridique

En instaurant une typologie claire, en délimitant les compétences des régulateurs et en instaurant un cadre de transition pour les développeurs, il ouvre la voie à une régulation plus pérenne dans l’écosystème crypto.

Son efficacité dépendra de sa mise en œuvre par la SEC et la CFTC, ainsi que de sa capacité à s’adapter aux évolutions constantes de la technologie blockchain. Il pourrait également servir de modèle transatlantique, inspirant des législations analogues dans l’Union européenne ou en Asie.

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L’écosystème des actifs numériques connaît une croissance depuis l’avènement du Bitcoin en 2009. Toutefois, cette évolution rapide a mis en évidence un vide juridique dans le droit américain, notamment en ce qui concerne la qualification des crypto-actifs : sont-ils des titres financiers, des biens, des commodités ou une catégorie sui generis  ? Face aux incertitudes liées à l’application du Howey Test, la jurisprudence fluctuante de la Securities and Exchange Commission (SEC) et l’absence d’un cadre unifié, le Clarity for Digital Tokens Act, ou Clarity Act 2025, vient répondre à un besoin pressant de clarté et de stabilité réglementaire.

I. Un contexte réglementaire fragmenté et incertain.

A. L’incertitude du droit applicable.

Jusqu’en 2025, le traitement juridique des crypto-actifs repose principalement sur le test de Howey, issu de la jurisprudence de la Cour suprême (SEC v. W\.J. Howey Co., 1946). Ce test considère comme un « titre financier » (security) tout investissement d’argent dans une entreprise commune avec l’attente de profits générés par les efforts d’autrui. En pratique, ce cadre a conduit la SEC à poursuivre de nombreuses entreprises du secteur crypto (Ripple, LBRY, etc.), souvent de manière rétroactive.

Cette approche a engendré une forte insécurité juridique, freinant les levées de fonds, l’innovation et la mise en conformité volontaire. De plus, l’absence de coordination entre la SEC et la Commodity Futures Trading Commission (CFTC) a contribué à complexifier le paysage réglementaire.

B. Les enjeux économiques et technologiques.

Le manque de clarté juridique a eu pour effet de :

  • décourager les investissements institutionnels  ;
  • provoquer l’exil de projets Web3 vers des juridictions plus accueillantes (Suisse, Émirats, Singapour) ;
  • freiner l’intégration des crypto-actifs dans le système financier traditionnel.

Face à ces risques, le Clarity Act vise à rétablir la confiance en offrant un cadre compréhensible, équilibré et prévisible.

II. Le Clarity Act 2025 : structure, définitions et portée.

A. Une typologie claire des actifs numériques.

Le texte propose une classification en trois catégories principales :
1. Digital Asset : tout actif enregistré sur un registre distribué (blockchain), à vocation générique.
2. Investment Contract Asset : jeton émis dans le cadre d’un contrat d’investissement, soumis à la régulation de la SEC.
3. Digital Commodity : actif numérique utilisé pour accéder à un service, payer des frais de réseau, valider des transactions ou participer à la gouvernance. Il est considéré comme une « commodité » relevant de la CFTC, dès lors que le réseau est suffisamment décentralisé.

B. Une « voie de sortie » réglementaire.

Le Clarity Act crée une procédure évolutive : un jeton peut débuter en tant qu’Investment Contract Asset lors d’une levée de fonds, mais basculer ultérieurement en Digital Commodity si certaines conditions sont remplies :

  • le réseau est pleinement fonctionnel,
  • la gouvernance est décentralisée,
  • l’attente de profit ne dépend plus d’un promoteur centralisé.

Cette évolution est formalisée par une déclaration auprès du régulateur, instaurant un régime de transition sécurisé pour les projets blockchain.

III. Répartition des compétences réglementaires.

A. La SEC : supervision des marchés primaires.

La SEC conserve une compétence sur :

  • les émissions de tokens dans le cadre de levées de fonds (Initial Coin Offerings),
  • les disclosures réglementaires (livres blancs, tokenomics, risques),
  • la protection des investisseurs dans la phase initiale du projet.

Toutefois, une fois que le jeton devient une commodity, il sort du champ d’intervention de la SEC, sauf fraude ou manipulation manifeste.

B. La CFTC : régulation des marchés secondaires.

La CFTC est chargée de :

  • la régulation des plateformes d’échange de Digital Commodities
  • l’agrément et la surveillance des opérateurs de marché (brokers, custodians),
  • la lutte contre la manipulation de marché, le front-running et l’abus de position dominante.

Cette répartition vise à clarifier les rôles respectifs des deux agences, longtemps en concurrence sur les questions d’actifs numériques.

IV. Droits, obligations et régimes transitoires.

A. Un safe harbor pour les développeurs.

Le texte prévoit une période de 3 ans de safe harbor durant laquelle un projet peut émettre des tokens tout en poursuivant sa décentralisation, sans crainte de poursuites immédiates. Ce mécanisme repose sur :

  • un plan de développement clair,
  • des obligations de transparence,
  • un respect des règles anti-blanchiment.

B. Exemptions réglementaires et seuils.

Une exemption spécifique est prévue pour les levées de fonds inférieures à 75 millions USD sur 12 mois, sous certaines conditions de divulgation.

Les obligations de conformité comprennent :

  • la séparation stricte des fonds clients
  • l’interdiction de prêter les actifs clients sans consentement explicite,
  • des audits réguliers,
  • l’identification des bénéficiaires effectifs.

V. Portée, critiques et perspectives d’adoption.

A. Accueil positif de l’industrie.

Le Clarity Act a reçu un soutien appuyé de la part :

  • des grandes plateformes crypto (Coinbase, Kraken),
  • des développeurs Web3,
  • des associations professionnelles (Blockchain Association, Chamber of Digital Commerce).

Ces acteurs saluent la fin du flou juridique, l’équilibre entre innovation et protection et la cohérence structurelle du texte.

B. Réserves politiques et juridiques.

Des critiques émergent toutefois :

  • certains législateurs démocrates jugent le texte trop favorable à l’industrie et estiment qu’il affaiblit les pouvoirs de la SEC ;
  • les ONG de protection des consommateurs redoutent une régulation allégée aux dépens du public ;
  • des juristes s’interrogent sur la complexité de la mesure de la décentralisation, élément clé du basculement de régime.

C. Adoption en cours.

Le texte a été adopté en commission parlementaire en juin 2025 avec une majorité républicaine. Son adoption par la Chambre semble probable. L’issue au Sénat demeure incertaine, en raison des équilibres partisans.

Yanis Mouhou, Juriste
Master 2 contentieux et Master 2 droit public, Université de Rouen

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