Cette enquête a été réalisée auprès des seuls avocats collaborateurs non associés, dans des structures comprenant plusieurs avocats (voir plus bas le panel complet).
Au sommaire de cet article...
L’analyse et les enseignements que l’on peut tirer de l’enquête 2025 : "Le management des équipes, un maillon faible des cabinets d’avocats ?"
Par Patrick Bignon, cabinet de conseil Bignon De Keyser (conseil en stratégie et management dédié aux professions juridiques).
Dans les cabinets d’avocats, le management des équipes et des départements est un levier de performance encore trop sous-estimé bien que ses effets soient multiples : sur la qualité du travail, la motivation des collaborateurs, la cohésion interne… et in fine, sur le développement du cabinet lui-même.
D’un cabinet à l’autre, et parfois même d’une équipe à l’autre au sein d’un même cabinet, les pratiques managériales varient considérablement. Ce manque d’homogénéité nuit à l’efficacité collective, alors même que les bonnes pratiques observées sur le marché montrent qu’un management structuré, aligné et mobilisateur peut devenir un puissant moteur de croissance.
À l’inverse, des équipes mal encadrées ou mal pilotées deviennent rapidement des freins : désengagement, départs prématurés, perte d’attractivité.
Dans ce contexte, les résultats de cette enquête menée auprès de 170 avocats par le Village de la Justice, en collaboration avec notre cabinet Bignon De Keyser, et issus de plusieurs cabinets, sont riches d’enseignements. Ils tracent les contours d’un management encore trop souvent vécu comme une contrainte, plutôt que comme un levier de performance collective.
Deux grands enseignements à cette enquête :
1. Un cadre de travail apprécié… qui masque un déficit de pilotage
Premier constat encourageant de cette enquête : les fondamentaux sont là. Les collaborateurs interrogés saluent l’autonomie dont ils bénéficient (74 %), la bonne entente au sein des équipes (61 %), ainsi que la qualité des outils mis à disposition (60 %). L’accessibilité des associés (62 %) et la participation aux réunions d’équipe (62 %) renforcent également ce sentiment d’ouverture.
Mais ces signaux positifs ne doivent pas masquer les limites profondes de l’organisation managériale. Plus de la moitié des personnes interrogées (57 %) estiment que leur équipe ou département est mal managé. Les critiques portent sur le manque de clarté dans l’animation du collectif, l’absence de vision partagée et la faiblesse des temps d’échange structurés – qu’il s’agisse de réunions, de feedbacks ou de délégation. Résultat : un travail collectif altéré, et un sentiment d’appartenance qui s’érode.
2. Un management encore trop vertical, peu mobilisateur
Un autre signal d’alerte émerge : le manque d’implication des collaborateurs dans les décisions qui les concernent. Ils sont 62 % à déclarer ne pas pouvoir proposer d’améliorations à leurs conditions de travail, et 66 % à ne pas être informés des projets d’évolution de leur département.
Les pratiques managériales sont clairement en cause : 63 % estiment que l’associé n’anime pas correctement l’équipe, 58 % jugent les réunions peu mobilisatrices, 54 % dénoncent un manque de délégation, et 58 % pointent une faible prise en compte de l’équilibre vie pro / vie perso. Ce n’est, donc, pas tant la volonté qui fait défaut… que la méthode.
Trois leviers pour faire évoluer les pratiques
Face à ces deux constats, il est urgent de repenser le management et le management d’équipe comme une compétence à part entière. Être un excellent avocat ne suffit pas pour devenir un bon manager. Cela s’apprend. Et cela suppose d’y consacrer du temps, des outils, et parfois un accompagnement.
À la lumière de ces résultats de cette étude, il nous parait important de mener une réflexion au sein des cabinets d’avocats sur le management des équipes et des départements pour en faire un véritable moteur de développement.
Les quelques pistes d’améliorations concrètes suivantes devraient donner des résultats rapidement :
1. Bien définir ce qui est attendu du manager d’équipe
Le rôle du manager d’équipe ne se résume pas à répartir les dossiers. Il doit animer, structurer, donner du sens. Cela implique de savoir conduire des réunions efficaces, faire vivre la dynamique collective, donner du feedback régulier, et accompagner la progression individuelle.
2. Partager une vision claire
Un management mobilisateur commence par une vision partagée. Cela passe par une communication régulière sur les projets, les priorités et les choix stratégiques du cabinet et de l’équipe. Cette transparence nourrit l’engagement et l’alignement entre les équipes.
3. Structurer le cadre de travail
Le bon fonctionnement d’une équipe repose sur des bases claires : composition, rôles, répartition de la charge de travail, critères d’évaluation, dispositifs de formation, conditions de rémunération. Cet encadrement formel doit être coconstruit et compris par tous et il va de soi que si ce cadre est commun à toutes les équipes / départements, les bénéfices sont amplifiés pour le cabinet.
À cela s’ajoute une dernière dimension essentielle : cultiver un esprit d’équipe qui tienne compte des contraintes individuelles et donne envie de s’investir collectivement.
Bien sûr, ces pistes d’améliorations doivent s’inscrire dans une réflexion sur les temps collectifs de l’équipe.
Faire de la réunion d’équipe un vrai outil de management
Il est temps de sortir du schéma de la réunion subie. Une réunion efficace est un moment structurant, utile, et inspirant. Elle permet à chacun de comprendre, de contribuer, et de se sentir impliqué. Cela suppose un cadre clair, une préparation en amont, et un pilotage réel.
Les collaborateurs doivent aussi pouvoir exprimer leurs idées, proposer des améliorations, et être écoutés. Il faut créer des espaces dédiés à ces échanges, mais aussi faire vivre une culture du dialogue qui valorise la contribution de chacun.
Conclusion : faire du management une priorité stratégique
Dans un environnement où l’attractivité des cabinets ne dépend plus uniquement de la rémunération mais aussi de la qualité de vie et de l’organisation du travail, le management d’équipe devient un enjeu stratégique. C’est un pilier fondamental de la performance et de la fidélisation dans un cabinet.
Les résultats détaillés de l’enquête : portrait de l’organisation managériale des cabinets d’avocats...
Cette enquête a été réalisée auprès des seuls avocats collaborateurs non associés, de structures comprenant plusieurs avocats (voir plus bas le panel complet).
Les équipes de la grande majorité des cabinets sont organisées soit « en ligne » avec un seul associé principal, soit par domaines du droit :

Globalement :
- 50 % des cabinets sont organisés par domaines du droit et par secteurs d’activité.
- 54 % des avocats sont amenés à travailler avec plusieurs associés (donc 45% sont dédiés à un seul associé).
"Bien managé" pour 30% des avocats
30 % seulement des avocats estiment leur département (ou pôle de compétences ou équipe) bien managé.
"Mal managé" pour 57% des avocats
57 % des avocats estiment leur département (ou pôle de compétences ou équipe) mal managé.
... et 13% ne se prononcent pas ou ne savent pas l’évaluer.
... en 13 critères d’appréciation sur le management vécu [2] :

62% des collaborateurs participent à des réunions de départements / pôles / d’équipes.
Ce n’est finalement qu’une assez courte majorité, surtout si l’on parle de "collectif" à fédérer et animer... Et parmi eux, ci-contre...
38% des collaborateurs ne participent PAS à des réunions de départements / pôles / d’équipes.
> 34% les jugent inutiles
> 29% ne savent pas se prononcer sur leur utilité.
Extrait des commentaires libres au sujet de ces réunions d’équipe...
"Il faut un ordre du jour précis et une régularité dans l’implication."
"Il faut appliquer de ce qui est proposé."
"Il faut parfois diminuer la fréquence, préparer un ordre du jour de manière collégiale, cadrer la durée de ces réunions..."
"Bonne pratique : mieux permettre aux personnes devant agir à la suite de cette réunion de le faire."
"Essayons de limiter les échanges à des réponses pragmatiques aux questions et non à des débats sans fin."
" Nous en organisons trop peu selon moi, mais elles me sont très utiles quand elles sont organisées, pour pouvoir avancer dans les dossiers."
"Qu’elles ne soient pas unilatérales !"
"Il faut que l’associé se tienne aux décisions prises en réunions et ne change pas d’avis ensuite sans concertation."
"Ne pas lier réunion et facturation des dossiers."
48% se disent satisfaits.
Un chiffre "moyen" en tous les sens du terme.
52% s’estiment insatisfaits.
Quelques remarques libres déposées lors de l’enquête... qui peuvent inspirer, au-delà des cas particuliers, de bonnes pratiques à développer ou en tous les cas des points de vigilance...
"L’objectif de production s’impose trop sur développement d’une pratique professionnelle sereine et efficace."
"Mon associé est trop souvent indisponible pour moi..."
"Je déplore un manque de retours de l’associé sur le travail effectué."
"Je me sens à la fois comme : 1 un travailleur clandestin - dont les clients apprécient beaucoup le travail… mais savent rarement que j’en suis à l’origine et 2 un enfant - à qui on inflige une éducation stricte, que l’on surveille sans cesse…"
"Manque d’autonomie. J’ai l’impression d’être une chambre d’enregistrement !"
"Pas de réflexion sur les capacités du collaborateur, que l’on pousse à tout prix dans une direction de développement du cabinet alors qu’il n’en a pas envie / pas le temps et qu’il n’est pas formé pour cela..."
"Les associés ne vivent pas avec les réalités actuelles (augmentation du coût de la vie dans tous ses aspects, nouvelles méthodes) et font constamment référence à ce que eux gagnaient à notre niveau d’expérience... il y a 15 ou 20 ans !"
"Pour ma part, j’ai trop d’autonomie, pas assez de retours de mon travail, ce qui m’empêche de progresser et de me sentir appartenir à une équipe."
"Le management ne doit pas être toxique : harcèlement moral, misogynie, rabaissement... mauvais points !"
"Trop de différences de traitement entre les collaborateurs et de rigidité à l’égard des collaborateurs plus juniors."
"La collaboration est envisagée à un instant T, sans réelle vision sur le long terme. Les visions des choses sont radicalement opposées entre la génération sur le départ (60/65 ans), l’intermédiaire (45/50 ans) et la nouvelle (30/35 ans)."
"Manque de confiance de l’associé en cas de télétravail."
"Organisation et management à l’ancienne... Les fondateurs versus le reste du monde !"
"Pas d’équilibre vie privée / vie professionnelle et trop de fausses urgences."
"La délégation à des plus jeunes semble difficile..."
"Je crois que le management dans les cabinets d’avocats est encore un sujet délicat, dû aussi à la spécificité de notre statut (inconvénients du libéral / inconvénients du salariat... en même temps)"
"Je constate un manque de reconnaissance, nous sommes trop considérés comme des salariés (congés imposés, pas de télétravail, etc.)... alors que nous sommes des libéraux."
"La personnalité de l’associé joue beaucoup dans le management. Trop ? Est-ce un sujet de gestion d’entreprise ?"
"Fermeture totale au télétravail, incompréhensible vu notre statut libéral et le fait que nous rentrions nos temps dans un logiciel de facturation."
"Manque de transparence chez nous."
Les suggestions des participants à l’enquête :
"Mettre fin au contrat de collaboration libérale ou l’encadrer avec des horaires max pour ne pas avoir à traiter ses dossiers le soir ou le WE."
"Développer le télétravail."
"Une politique RH bienveillante avec tous les acteurs du cabinet (jusqu’aux assistantes)"
"Garantir aux collaborateurs la gestion d’une relation client sur les dossiers qu’ils maîtrisent et mettre en valeur le collaborateur devant les clients."
"Une obligation de formation au management et un contrôle du comportement des associés ?"
"Développer la confiance en ses collaborateurs..."
"Recourir à des coachs spécialisés pour faire un audit sur un département qui connaît beaucoup de turn-over afin d’arrêter l’hémorragie et mieux comprendre les besoins de l’équipe restante en place."
"Évaluer tous ensemble le meilleur profil à recruter pour l’équipe."
"Mettre en place des outils uniformes de travail au sein de la structure pour que le partage d’informations soit optimal."
"Être capable de dire quand le travail du collaborateur est satisfaisant."
"Arrêter de travailler pour des clients "toxiques" ?"
"Sécuriser les collaborateurs par des objectifs financiers plus clairs, humainement tenables et adaptés à la typologie de clientèle."
"Développer ensemble la confiance au niveau de la facturation et dans la gestion des dossiers."
Enquête menée en avril et mai 2025 par internet, par le Village de la Justice. 174 réponses ont été retenues parmi les répondants.
Le profil du panel est large et touche l’ensemble des cabinets ayant associé(s) et collaborateur(s) :
Niveau d’expérience : 20% ont moins de 2 ans d’expérience, 35% de 2 à 5 ans d’expérience, 45% plus de 5 ans d’expérience.
Nombre d’associés : 62% du panel travaillent dans un cabinet de 1 à 5 associés, 21% du panel dans un cabinet de 6 à 14 associés, 9% dans un cabinet de 15 à 34 associés, 8% dans un cabinet de plus de 35 associés.
Nombre d’avocats au global : 46% du panel travaillent dans un cabinet de moins de 10 avocats, 28% dans un cabinet de 10 à 39 avocats, 18% dans un cabinet de 30 à 99 avocats, 8% dans un cabinet de 100 avocats et plus.
75% des répondants sont des femmes.