Accueil Mairie du Village Les Habitants du Village Prestataires de services et Solutions pour les professions du (...) Dalloz

La finance catholique : quels en sont les inspirations et les principes ?

2198 lectures

Par Antoine Cuny de la Verryère.

Entretien issu du Recueil Dalloz du 8 octobre 2015.
Antoine Cuny de la Verryère est docteur en droit et président-fondateur de l’OFCCFO.

Dernière mise à jour : 22 octobre 2015

L’agence de notation Standard and Poor’s a lancé, le 19 août dernier, un produit intitulé « S&P 500 Catholic Values Index ». Cet événement a parfois été perçu comme marquant la naissance d’une « finance catholique ».

Qu’entend-on par « finance catholique » ?
En l’absence de texte officiel, il convient de se référer aux travaux de la doctrine. Le texte le plus récent et le plus abouti est la Charte fondamentale de la finance éthique chrétienne. Elle a été publiée le 15 août 2015, à Paris, par l’Observatoire de la finance chrétienne (OFCCFO) et rédigée par des laïcs financiers, juristes et universitaires européens. Cette charte, disponible en plusieurs langues, se veut être une synthèse des pratiques et principes financiers chrétiens recensés à travers le monde. Elle est aussi une tentative laïque de normalisation internationale dans un contexte où l’Église soutient la moralisation de l’économie.

Selon son article 1er, « doivent être identifiés comme faisant partie du domaine de la finance éthique chrétienne, l’ensemble des acteurs, activités, produits, comportements, concepts et organisations, relevant du secteur bancaire, financier ou assurantiel, respectueux des principes fondamentaux ». Or une analyse sommaire de ces « principes fondamentaux » prouve, tout d’abord, que la finance chrétienne est une finance éthique qui cumule, à la fois, les critères de la finance durable (« finance ISR ») et ceux de la finance solidaire. En outre, elle ajoute d’autres critères éthiques spécifiques à la religion chrétienne.

La « finance catholique », pour sa part, est un sous-genre de la finance chrétienne au même titre que la « finance protestante » ou l’éventuelle « finance orthodoxe ». Elle se caractérise par des critères éthiques alignés sur la doctrine sociale de l’Église catholique romaine (la « DSE »).

Quels sont les principes de la finance éthique chrétienne ?
La finance chrétienne reprend les principaux objectifs de la finance ISR : long-termisme ; protection de la biodiversité ; défense des libertés fondamentales ; bonne gouvernance. Elle se confond souvent avec la finance solidaire et reconnaît comme vertueux le partage des revenus de l’épargne avec une association ou fondation, et l’investissement dans des entreprises solidaires, notamment pour aider les personnes fragiles, ce qui inclut la protection de l’enfance, la réinsertion des personnes en difficulté, l’aide à l’éducation, la lutte contre l’illettrisme, l’aide aux plus démunis, et l’aide aux personnes souffrant d’un handicap mental ou physique. En sus, et c’est sa principale spécificité, la finance chrétienne applique des critères éthiques religieux. Ses principes fondateurs en réfèrent, on s’en doutait, aux textes bibliques et à la doctrine de l’Église, comme par exemple, les vertus de charité, force, prudence et tempérance. La finance éthique chrétienne, telle que décrite par la Charte, revendique également une part œcuménique et inter-confessionnelle. Elle se veut fondamentalement inclusive, et elle repose sur le libre arbitre.
Par ailleurs, à un niveau plus pratique, la Charte distingue entre des objectifs positifs (vertueux) et des objectifs négatifs (non vertueux). Sont présumés être positifs, par exemple : la protection de la vie ; le développement « de tout homme et de tout l’homme ». À l’inverse, sont présumés être négatifs, par exemple, les investissements favorisant la marchandisation de l’être humain ; la promotion de l’infidélité ; les manipulations génétiques sur le corps humain à d’autres fins que thérapeutiques.
À noter que les techniques financières sont expressément visées. Ainsi, sont considérés comme non vertueux inter alia : l’endettement excessif ; le recours aux sociétés écrans et aux mécanismes juridiques de déresponsabilisation des personnes physiques ; le financement excessif des multinationales au détriment des petites entreprises ; la spéculation à l’origine de l’instabilité financière ou de la rupture de l’accès aux ressources. La finance chrétienne se présente fréquemment comme l’antimodèle d’une certaine finance ultralibérale.
En ce qui concerne la finance catholique, elle est censée respecter les principes établis par l’Église catholique, à l’instar du produit « S&P 500 Catholic Values Index » qui prétend se conformer aux recommandations de la Conférence des évêques des États-Unis.

Existe-t-il des acteurs ou des produits financiers catholiques ?
Il existe de nombreux acteurs chrétiens et catholiques. L’Allemagne compte plus de dix établissements de crédit chrétiens, pour certains créés au début du XXe siècle. L’ouvrage Finance catholique (EMS, 2013) recense un grand nombre d’acteurs, notamment aux États-Unis et en Angleterre. Le phénomène est mondialisé.
La France connaît plusieurs opérateurs issus de la finance solidaire présumés compatibles (finance « catho-compatible ») par la Charte, notamment dans le domaine du microcrédit et des fonds de partage. Mais ces derniers mois ont vu l’apparition de plusieurs entités ostensiblement chrétiennes, par exemple : Credofunding, les Projets de Rosalie, le fonds Proclero ou le Cèdre finance éthique.
Quant à l’OFCCFO, il travaille à l’émergence d’une supervision laïque internationale. Il a créé un label et institué un comité de notation. Et il cherche à réunir le plus de partenaires possible afin de promouvoir le développement d’une finance plus juste et plus humaine.

Recommandez-vous cet article ?

Donnez une note de 1 à 5 à cet article : L’avez-vous apprécié ?

32 votes