La conférence était animée par François Girault, Commission Prospective et innovation du Conseil National des Barreaux avec pour intervenants Camille Barbot, Directrice générale de Clésame et Renaud Dutreil, ancien ministre des PME et ancien ministre de la Réforme de l’État.
Pour les avocats, le financement n’est pas qu’un défi technique, c’est un enjeu de souveraineté et de survie.
C’est ainsi que le Conseil National des Barreaux coordonne désormais les incubateurs locaux (Montpellier, Lyon, Paris, etc.) pour créer des synergies nationales et inciter et faciliter l’innovation. En matière d’innovation, l’institution incite les avocats à se saisir des outils fournis par les différents incubateurs.
Le parcours de financement et les interlocuteurs clés.
Le financement de l’innovation suit un cycle de maturité classique :
1. "Friends and Family" : le premier cercle pour amorcer le projet.
2. Réseaux de business angels : ils apportent expertise et capital. L’idée de créer des réseaux de business angels spécialisés dans les professions réglementées est une piste sérieuse pour soutenir les projets métier.
3. Capital venture et capital développement : pour les phases d’accélération et de croissance.
4. Fonds institutionnels et sectoriels : le Conseil National des Barreaux (CNB) réfléchit à créer un fonds d’investissement dédié ou un réseau syndiqué, s’inspirant de ce qui existe chez les experts-comptables [1] ou chez les notaires [2].
5. Caisses de retraite : ces « fonds longs » pourraient investir dans l’innovation pour préparer l’avenir de la profession, créant un cercle vertueux entre l’épargne des confrères et les outils de demain.
Financement interne ou structure dédiée : le dilemme de la taille.
Le choix de la structure dépend de l’ambition du projet :
- Au sein du cabinet (article 111 du RIN) : les avocats peuvent déployer une activité commerciale accessoire. Cela préserve la déontologie, mais complique l’ouverture du capital et l’atteinte d’une taille critique.
- Via une structure dédiée (type startup) : c’est la solution pour lever des fonds massifs et concurrencer les "Big Four" ou les acteurs étrangers qui agrègent les services. Toutefois, cela impose des choix drastiques : dans le notariat, un professionnel ne peut pas diriger une startup tout en exerçant, ce qui n’est pas le cas pour les avocats, bien que leur indépendance doive être strictement protégée.
Gouvernance innovante et souveraineté.
Pour attirer des investisseurs sans perdre leur indépendance, les avocats doivent proposer des modèles de gouvernance robustes. Une solution clé est de distinguer les droits de vote des droits financiers : l’avocat reste maître de la stratégie (majorité des voix), tandis que l’investisseur bénéficie de la rentabilité (droits financiers). L’instauration d’un comité éthique, composé de membres éminents, permet de garantir que l’outil reste fidèle aux valeurs professionnelles.
Enfin, l’enjeu de la souveraineté des données est vital. Si les outils métiers sont financés exclusivement par des fonds privés, l’indépendance de l’avocat vis-à-vis de ses outils pourrait être menacée. L’innovation, notamment via l’IA, doit être "coachée" par des professionnels du terrain pour éviter que les cabinets ne soient remplacés par des solutions technologiques qu’ils ne maîtrisent plus.



