La mort de l’ayatollah Ali Khamenei, né en 1939 à Mechhed en Iran, et beaucoup d’autres, lors d’un bombardement israélien, à Téhéran, le 28 février 2026, bouleverse les institutions iraniennes. Bague munie d’un émetteur, caméras dans les rues, servant à la reconnaissance faciale hackées par le Mossad, infiltrations de l’entourage, travail acharné des services de renseignement, autant d’explications avancées pour justifier la réussite d’un tel raid.
L’ayatollah Ruhollah Khomeini (1902-1989) avait transmis le pouvoir à Ali Khamenei en juin 1989. Son fils, Sayyid Mojtaba Khamenei, né en 1969 dans la ville de Mashhad, au nord-est du pays, vient d’être nommé le 8 mars 2026 à la fonction de Guide suprême de l’Iran. Officiellement, pas de vacance du pouvoir suprême, incontournable, pivot central, dans les institutions politico-religieuses et militaires de l’Iran.
Mojtaba Khamenei, invisible, est suspecté d’avoir été blessé lors du bombardement dans lequel il a perdu père, mère, épouse, peut-être un fils.
Contrairement à de nombreuses personnalités des instances du pouvoir, il n’a jamais exercé de fonctions électives ni joué un rôle important au sein du gouvernement. Il entretient des relations étroites avec des religieux conservateurs et les Gardiens de la révolution islamique (IRGC).
Sayyid Mojtaba Khamenei incarnera en toute logique la continuité avec la ligne idéologique établie par son père et l’ayatollah Ruhollah Khomeini.
Le Président de la république Massoud Pezeshkian et le chef du pouvoir judiciaire Gholam-Hossein Mohseni Eje’i vont devoir gouverner avec une personnalité, récusée par Donald Trump et condamnée à mort par les Israéliens.
Reste à savoir combien de temps Mojtaba Khamenei peut résister aux frappes ciblées, quelles options militaires il compte choisir, accentuer les ripostes par drones, miner le détroit d’Ormuz ou trouver un terrain de négociation pour au moins un cessez-le-feu, conclure un accord concernant l’enrichissement de l’uranium.
Les Américains offrent une prime de dix millions de dollars pour toute information sur lui et sur les Gardiens de la révolution.
On ignore quand et comment seront organisées les funérailles de ses proches. Tout rassemblement de personnalités entraînera des frappes américano-israéliennes.
Le régime théocratique iranien est dictatorial, prêt à tout pour survivre, en réprimant, en massacrant, en torturant, en ordonnant des Fatwa, en finançant des proxys, en utilisant le terrorisme.
Le fonctionnement des institutions politiques de l’Iran est d’une complexité telle qu’un rappel de la Constitution s’impose.
La Constitution de la République islamique d’Iran est adoptée, par référendum, les 2 et 3 décembre 1979 et amendée le 28 juillet 1989. Le référendum est du dix et du onze Farvardine mille trois cent cinquante-huit de l’Hégire solaire, correspondant au premier et au deuxième Djamadi Al Oula de l’année mille trois cent quatre vingt-dix-neuf de l’Hégire lunaire.
98,2% des électeurs votent pour cette nouvelle Constitution. La propagande la présente comme une réussite totale.
Concernant les dates, notons que l’article 17 de la Constitution dit que le point de départ du calendrier officiel du pays est l’émigration du Prophète de l’Islam. Même si le calendrier de l’Hégire solaire et de l’Hégire lunaire sont tous les deux valables, l’Etat iranien utilise le premier.
Avant la nouvelle Constitution, une ancêtre, celle de 1906, régit les institutions, fruit d’une tumultueuse histoire politique, issue du Rescrit du 5 août 1906, de la loi fondamentale concernant les élections au Conseil national, des lois fondamentales du 30 décembre 1906 et du 8 octobre 1907, sans compter les multiples amendements et modifications au fil du temps, notamment par la Monarchie.
Une République islamique.
L’article 1 dit que l’État iranien est une République Islamique. L’article 12 dit que la religion officielle est l’Islam de confession Dja’farite (chiite) duodécimaine. L’Iran est le seul pays à avoir le chiisme duodécimain comme religion officielle. Il est mentionné que les autres confessions islamiques, Hanéfite, Chaféite, Malékite, Hanbalite et Zaydite bénéficient d’un respect total.
La création de la fonction du Guide suprême.
Après la révolution iranienne de 1979, sous l’égide de Khomeini au pouvoir de 1979 à 1989, le poste et la fonction de Guide suprême ont été créés par la Constitution, sur les fondements du chiisme duodécimain (Twelver Shiism). Le système repose sur le concept de Tutelle du juriste, ou "Velayat-e Faqih"(righteous jurists, or faqih -the concept of the Guardianship of the Jurist). L’article 5 dit que pendant l’absence de son Eminence Imam du Temps (leValiyé Asr) -12éme Imam des Shiites - dans la République Islamique d’Iran, la Tutelle du Commandement de Dieu et l’Imâmat de la Communauté est à la charge d’un jurisconsulte islamique (Faghih) "juste, vertueux, au fait de l’époque, courageux, capable de diriger et avisé, qui en assume la charge conformément au cent septième article".
À l’origine, la Constitution prévoyait que le chef suprême soit un grand Ayatollah, "source d’émulation" ou marja’ al-taqlid, le clerc le plus haut gradé de la hiérarchie religieuse chiite. En 1989, la Constitution a été amendée pour permettre à Ali Khamenei, alors un religieux de rang intermédiaire (a midranking cleric), d’occuper ce poste, afin de succéder à Khomeini.
La désignation du Guide.
Le Guide est désigné par les Experts ((the Assembly of Experts) élus par le peuple (article 107) dont il approuve les modalités d’élection (article 108). Le pouvoir législatif, le pouvoir exécutif et le pouvoir judiciaire sont exercés "sous le contrôle de la Tutelle absolue du jurisconsulte (Vélayaté Motlaghéye Amr) et du Guide de la Communauté (Emamaté Ommat)"(article 57).
La fonction de Guide suprême requiert certaines conditions.
Il doit avoir la compétence scientifique nécessaire pour se prononcer (Iftaâ) sur les différents chapitres de la jurisprudence religieuse (Fighh). Il doit faire preuve d’équité et de vertu nécessaires pour guider la communauté de l’Islam. Il doit faire preuve d’une clairvoyance adéquate politique et sociale, de discernement, de courage, de capacité à diriger. En cas de pluralité de personnes remplissant les conditions ci-dessus, la personne qui posséderait les connaissances religieuses et politiques les plus approfondies aura la préférence (article 109).
Le Guide a des attributions extrêmement larges.
Il détermine les politiques de la République islamique après consultation de l’Assemblée de Discernement de l’Intérêt du Régime (the Nation’s Exigency Council) Il supervise ces politiques. Il décide des référendums. Il est le commandant suprême des forces armées. Il mobilise les forces armées. Il déclare la guerre. Il proclame la paix. Il nomme, révoque et valide la démission des jurisconsultes islamiques du Conseil des Gardiens, de même, pour la plus haute autorité du pouvoir judiciaire et le chef d’Etat-major. Il dispose aussi du destin du directeur de la radio et de la télévision. Ainsi, l’article 175 dit que la nomination et la révocation du Président de la Radio Télévision incombent au Guide. Un conseil composé des représentants du Président de la République, du Chef du pouvoir judiciaire et de l’Assemblée consultative islamique, contrôle la Radio Télévision.
Aucune séparation des pouvoirs n’est prévue. Le Guide suprême est le pivot central des institutions. La Constitution prévoit toutefois aussi sa destitution.
Un Guide qui peut être relevé de ses fonctions.
Ainsi, l’’article 111 dit que, lorsque le Guide se trouve dans l’incapacité de remplir ses obligations légales, ou ne remplit plus l’une des conditions mentionnées aux articles 5 et 109, ou, s’il se révèle que, dès le début, il ne remplissait pas certaines des conditions, il sera relevé de ses fonctions.
L’Assemblée des Experts.
L’appréciation de cette situation relève des Experts ((the Assembly of Experts) mentionnés à l’article 108.
En 1979, l’Assemblée des Experts, ou Majles-e Khobregan-e Rahbari, a été créée dans la nouvelle constitution. Elle a été élue, pour la première fois, en 1979. Cette Assemblée agit comme un organe délibératif. Elle doit se réunir, au moins, deux fois tous les six mois. Ses travaux sont strictement confidentiels. Elle se compose d’environ 80 membres. Ce sont des ayatollahs ou mujtahids, experts en droit islamique. Ils sont censés forger un raisonnement indépendant, ou ijtihad. Le nombre de membres a varié de 82 en 1982, à 88 en 2016 et 2024. Ils sont élus directement au suffrage universel par les citoyens iraniens, pour un mandat de huit ans.
En cas de décès, de démission ou de révocation du Guide, les Experts ont le devoir d’agir, dans les plus brefs délais, pour la désignation et la présentation du nouveau Guide.
Le triumvirat.
Jusqu’à la présentation du Guide, un Conseil composé du Président de la République, du Chef du pouvoir judiciaire et d’un des jurisconsultes islamiques du Conseil des Gardiens, élu par l’Assemblée de Discernement de l’Intérêt du Régime (Majma’-e Tashkhis-e Maslahat-e- - the Nation’s Exigency Council -), Assemblée créée en 1988 après une modification de la Constitution, assume provisoirement toutes les attributions du Guide.
L’Assemblée de Discernement de l’Intérêt du Régime agissait initialement comme une assemblée administrative, résolvant les différends et les divergences entre le Conseil des Gardiens et le Parlement sur certains textes qui posaient question. L’Assemblée est devenu un organe, conseillant le Guide suprême sur la politique et la stratégie, sans le démunir de sa puissance.
Entre la fin des années 1990 et le début des années 2000, Khamenei s’est appuyé sur l’Assemblée de Discernement de l’Intérêt du Régime, pour réduire les pouvoirs du parlement à majorité réformatrice et faire pression pour la validation des six juges en chef nommés au Conseil des gardiens. Il a également augmenté le nombre de membres. Depuis 2007, elle se compose de 27 membres, tous nommés par le Guide suprême. Au milieu des années 2000, Khamenei a délégué une partie de son autorité à l’Assemblée pour superviser les trois branches du gouvernement. Sans là aussi souffrir de la moindre domination ou du moindre dessaisissement.
Au cas où, durant cette période, l’un d’entre eux ne peut assumer pour une raison quelconque ses obligations, un autre, élu par l’Assemblée de Discernement de l’Intérêt du Régime, sera nommé à sa place dans le Conseil, sous réserve du maintien d’une majorité des jurisconsultes islamiques.
Chaque fois que le Guide, à la suite d’une maladie ou d’un autre incident, devient temporairement incapable, d’accomplir ses fonctions de Guide, le Conseil assume ses fonctions durant cette période.
Reste à savoir l’état de santé exact du Guide suprême actuel pour savoir qui prend réellement les décisions.
Revenons sur l’Assemblée de Discernement de l’Intérêt du Régime (the Nation’s Exigency Council).
L’article 112 dit, notamment, que l’Assemblée de Discernement de l’Intérêt du Régime (the Nation’s Exigency Council) se réunit sur décision du Guide suprême, lorsque le Conseil des Gardiens (the Guardian Council), juge les lois votées par l’Assemblée consultative islamique (the Islamic Consultative Assembly) contraires aux préceptes de la religion, à la Constitution ou à l’intérêt du régime. Le Guide suprême a, dans ce domaine aussi, le dernier mot.
La fonction présidentielle.
Après la révolution de 1979, la nouvelle Constitution a établi la fonction présidentielle. L’article 60 dit que le pouvoir exécutif est exercé par le Président de la République et les ministres, sauf dans les affaires placées directement sous la responsabilité du Guide suprême.
Le Président nomme ses ministres, dans l’attente d’un vote de confiance parlementaire.
La première élection présidentielle a eu lieu en 1980. Le Président exécute les décrets et autres décisions, du Guide suprême. L’article 117 dit que le Président de la République est élu à la majorité absolue, dans des élections qui ont lieu tous les quatre ans (article 114). Le Président ne peut pas exercer consécutivement plus de deux mandats. Le Président Ebrahim Raisi, tué dans un accident d’hélicoptère le 19 mai 2024, contrairement aux autres, n’a exercé qu’un seul mandat.
Avant les élections, les candidatures sont examinées par le Conseil des gardiens, lui-même sous l’égide du Guide suprême. L’article 118 dit que la responsabilité du contrôle de l’élection à la Présidence de la République incombe au Conseil des Gardiens (article 99).
L’article 124 dit que pour l’accomplissement de ses attributions légales, le Président de la République, peut désigner des vice-présidents. Le premier Vice-président de la République assume avec l’accord du Président, la direction du Conseil des ministres et la responsabilité de la coordination des autres vice-présidents.
L’article 131 dit que en cas de décès, de révocation, de démission, d’absence ou de maladie de plus de deux mois du Président de la République, ou dans le cas où la durée du mandat présidentiel est expirée et que le nouveau Président de la République, en raison de certains empêchements, n’a pas encore été élu, ou dans d’autres cas similaires, le premier Vice-président de la République, sous réserve de l’accord du Guide, prend en charge les pouvoirs et les responsabilités du Président.
Un conseil composé du Président de l’Assemblée, du Chef du pouvoir judiciaire et du premier Vice Président de la République est tenu de prendre les dispositions, afin que le nouveau Président de la République, soit élu au plus tard dans un délai de cinquante jours.
En cas de décès du premier Vice-président ou d’autres causes qui empêcheraient l’accomplissement de ses tâches, ainsi que dans le cas où le Président de la République n’aurait pas de premier Vice-président, le Guide nomme une autre personne à sa place.
Dans l’hypothèse d’éliminations physiques, les institutions continuent à fonctionner.
L’article 125 dit que la signature des traités, pactes, protocoles et conventions entre le gouvernement iranien et les autres gouvernements, ainsi que la signature des pactes relatifs aux unions internationales, incombe, après ratification, par l’Assemblée consultative islamique, au Président de la République ou à son représentant légal. Rappelons que l’article 152 dit que la politique étrangère de la République Islamique d’Iran est fondée sur le refus de toute forme de domination exercée ou acceptée, sur la protection de l’indépendance à tous points de vue et de l’intégrité territoriale du pays, sur la défense des droits de tous les musulmans et sur le non-alignement face aux puissances hégémoniques et sur les relations pacifiques réciproques avec les Etats non belliqueux.
À noter, l’article 142 dit que les patrimoines du Guide, du Président de la République, des Vice-présidents de la République, des ministres, de leurs conjoints et de leurs enfants, seront vérifiés par le Chef du pouvoir judiciaire avant et après leur prise de fonction, pour vérifier s’ils n’ont pas augmenté de manière illégitime.
La désignation des membres du Conseil des Gardiens.
L’article 91 prévoit que le Conseil des Gardiens (Shoura-ye Negahban) vérifie la conformité des décisions de l’Assemblée consultative islamique avec la Constitution et les préceptes religieux. Il est composé de six jurisconsultes islamiques, désignés par le Guide suprême mais aussi de six autres juristes de droit musulman, présentés par le Chef du pouvoir judiciaire à l’Assemblée consultative islamique, chargée de les élire. L’article 92 dit que les membres du Conseil des Gardiens sont nommés pour une durée de six ans. Après trois années, la moitié des membres de chaque groupe, désignés par tirage au sort, sont remplacés.
Depuis la fin des années 1990, le Conseil des Gardiens a disqualifié un nombre croissant de candidats réformateurs. Les conservateurs et les partisans de la ligne dure, notamment ceux affiliés aux Gardiens de la révolution, dominent de plus en plus le parlement et l’Assemblée des Experts. Le Conseil des Gardiens n’a pu empêcher les réformateurs et les modérés de participer aux élections et de les remporter dans certains cas, comme l’actuel Président Masoud Pezeshkian. Reste à savoir si ce dernier, face à Mojtaba Khamenei, pourra imposer quelques réformes, le pays étant en guerre.
Les prérogatives du Conseil des Gardiens.
L’article 94 dit que tous les textes votés par l’Assemblée consultative islamique, doivent être transmis au Conseil des Gardiens. Celui-ci a 10 jours maximum pour les examiner. Il les renvoie à l’Assemblée pour révision, si non conformes. L’article 96 dit que l’appréciation de la non-contradiction des textes votés par l’Assemblée consultative islamique, avec les commandements de l’Islam, relève de la majorité des jurisconsultes islamiques du Conseil des Gardiens. Alors que le contrôle de compatibilité avec la Constitution, relève, lui, de la majorité de tous les membres du Conseil des Gardiens.
L’article 97 dit que les membres du Conseil des Gardiens peuvent, en vue d’accélérer les travaux, être présents, à l’Assemblée lors des discussions, concernant un projet ou une proposition de loi et entendre les débats. Mais, lorsqu’une proposition ou un projet de loi, considéré comme urgent, est inscrit à l’ordre du jour de l’Assemblée, les membres du Conseil des Gardiens doivent être présents à l’Assemblée et exprimer leur avis.
L’article 98 dit, que l’interprétation de la Constitution, incombe au Conseil des Gardiens. Elle doit être approuvée par les trois quarts de ses membres.
Autre prérogative du Conseil des Gardiens, l’article 99 lui donne le contrôle des élections de l’Assemblée des Experts du Guide suprême, de la Présidence de la République, de l’Assemblée consultative islamique et du recours au plébiscite et au référendum.
Le pouvoir législatif.
L’article 57 dit que les pouvoirs souverains dans la République Islamique d’Iran sont le pouvoir législatif, le pouvoir exécutif et le pouvoir judiciaire, exercés sous le contrôle de la Tutelle absolue du jurisconsulte (Vélayaté Motlaghéye Amr) et du Guide de la Communauté (Emamaté Ommat).
L’article 58 dit que le pouvoir législatif est exercé par la voie du Majles Shoraye Eslami (Parlement islamique monocaméral) qui se compose de représentants élus. L’article 59 dit que pour les questions économiques, politiques, sociales et culturelles particulièrement importantes, l’exercice du pouvoir législatif peut être mis en œuvre par voie du référendum et le recours direct au vote populaire.
La demande de recours au suffrage populaire doit obtenir l’approbation des deux tiers de l’ensemble des députés de l’Assemblée.
Mohammad Bagher Ghalibaf, né en 1961, ancien maire de Téhéran, ancien commandant conservateur des Gardiens de la révolution, a été élu à la présidence du parlement le 28 mai 2020, réélu le 26 mai 2021, le 25 mai 2022, le 23 mai 2023, le 28 mai 2024 et le 27 mai 2025.
Le Parlement comprend 290 membres dont 285 sont élus au scrutin direct. L’article 13 dit que les Iraniens zoroastriens, juifs et chrétiens sont reconnus comme les seules minorités religieuses qui, dans les limites de la loi, sont libres d’accomplir leurs rites religieux. Cinq sièges sont réservés aux minorités. Les Zoroastriens, les Juifs, les Assyriens, les Chaldéens, les Chrétiens arméniens du Nord du pays, les Chrétiens arméniens du Sud du pays, ont un siège chacun. Il y a 14 femmes sur 285 députés. Les prochaines élections sont le 29 février 2028 avec un renouvellement complet.
Les lois, adoptées par le parlement, doivent d’abord être examinées par le Conseil des Gardiens afin de vérifier leur compatibilité avec les critères islamiques et la Constitution. Si elles sont approuvées, le président est alors tenu de les signer et de les promulguer, selon les articles 94, 96 et 123. L’approbation des lois relève du Conseil des gardiens. Si celui-ci estime qu’une loi est incompatible avec les principes de la charia ou de la Constitution, il la renvoie au Parlement pour révision, selon l’article 94 de la Constitution. Si le Parlement et le Conseil des gardiens ne parviennent pas à s’entendre après plusieurs échanges, le différend est renvoyé devant le Conseil national d’urgence, qui rend une décision finale contraignante, selon l’article 112.
Bien que le persan soit la seule langue officielle en vertu de la Constitution, l’utilisation des langues locales et ethniques lors des séances plénières n’est pas interdite, à condition que les procès-verbaux et les documents officiels restent en persan, selon l’article 15.
Les séances plénières sont au nombre de 69 par an. Il y a une session ordinaire du parlement par an. 13 commissions permanentes sont prévues. Il faut un nombre minimum de 25 membres requis pour constituer un groupe parlementaire.
Lors des élections parlementaires de 2024, avec un taux de participation électorale historiquement faible, de 41%, le Conseil des Gardiens a disqualifié la plupart des candidats modérés et réformistes. Cela a ouvert la voie aux conservateurs et aux partisans de la ligne dure, obtenant alors une large majorité de 233 sièges sur 290.
Le pouvoir judiciaire.
L’article 156 dit que le pouvoir judiciaire est un pouvoir indépendant, qui est protecteur des droits individuels et collectifs, responsable de la mise en œuvre de la justice, respectant les principes de l’Islam. L’article 157 dit que le Guide suprême désigne pour une durée de cinq ans, un théologien (Modjtahéd), en qualité de Chef du pouvoir judiciaire, la plus haute autorité du pouvoir judiciaire. L’article 162 dit que le Président de la Cour suprême du pays et le Procureur Général doivent être des théologiens (Modjtahéd) nommés par le Chef du pouvoir judiciaire pour cinq ans, après consultation des juges de la Cour suprême du pays.
Le Conseil Supérieur de la Sécurité Nationale.
L’article 176 dit qu’en vue de sauvegarder les intérêts nationaux et de veiller sur la révolution islamique, l’intégrité territoriale et la souveraineté nationale, il sera créé un Conseil Supérieur de la Sécurité Nationale, sous la présidence du Président de la République, avec entre autres, les plus larges prérogatives en matière de défense. Ce Conseil est composé des chefs des trois pouvoirs, du chef d’Etat-major des armées, des ministres des affaires étrangères, de l’intérieur, du renseignement, du responsable de la programmation et du budget. Des Conseils accessoires, notamment ceux de Défense et de Sécurité du pays, présidés par le Président de la République, peuvent être mis en fonction. Le Guide suprême doit valider les mesures adoptées par le Conseil Supérieur de la Sécurité Nationale.
Les libertés.
L’article 14 dit que le Gouvernement de la République Islamique d’Iran et les musulmans ont le devoir de traiter les individus non musulmans, avec une bonne conduite, justice et équité, et de respecter à leur égard les droits de l’homme. Cet article est valable en faveur de ceux qui ne complotent et n’agissent pas contre l’Islam et la République Islamique d’Iran. L’article 23 dit que la surveillance des opinions est interdite et nul ne peut être attaqué ni recherché, du simple fait de ses opinions. L’article 38 dit que toute forme de torture visant à obtenir des aveux ou des renseignements, est interdite. Il n’est pas permis de contraindre une personne à un témoignage, à un aveu ou à un serment, et de tels témoignages, aveux et serments sont nuls et non avenus. Tout contrevenant à cet article sera puni selon la loi. L’article 39 dit que l’atteinte à la dignité et à l’honneur d’une personne arrêtée, détenue, emprisonnée ou bannie conformément à la loi, sous quelque forme que ce soit, est interdite et punissable.
Tout au contraire, l’Iran ne respecte aucun de ces articles protégeant les libertés.
La révision de la Constitution.
L’article 177 dit que, en cas de nécessité, la révision de la Constitution, peut être effectuée. Après consultation de l’Assemblée de Discernement de l’Intérêt du Régime, le Guide propose les points à modifier ou à ajouter à la Constitution, au Conseil de Révision de la Constitution. Celui-ci est composé des membres du Conseil des Gardiens. Des chefs des trois pouvoirs. Des membres permanents de l’Assemblée de Discernement. De cinq personnes membres de l’Assemblée des Experts du Guide. De dix personnes désignées par le Guide. De trois personnes du Conseil des ministres. De trois personnes du pouvoir judiciaire. De dix personnes parmi les députés à l’Assemblée consultative islamique. De trois personnes parmi les universitaires. Le mode de fonctionnement, les modalités d’élection et ses conditions seront déterminés par la loi. Les mesures adoptées par le Conseil, après confirmation et signature du Guide, doivent être adoptées par référendum.
Toute révision s’annonce complètement improbable, compte tenu de la lourdeur du processus.
Une autre question fondamentale se pose.
Peut-on changer la nature de la Constitution et par conséquent du régime ? Le caractère de la république avec sa religion islamique, la Tutelle du Commandement de Dieu et l’Imâmat de la Communauté, le suffrage universel, sont "immuables". L’article 56 dit que la souveraineté absolue sur le monde et sur l’homme appartient à Dieu et c’est lui qui a fait de l’homme le maître de son destin social. Nul ne peut priver l’homme de ce droit divin ou le mettre au service des intérêts d’un individu ou d’un groupe particulier, et la nation exerce ce droit donné par Dieu,
Les Gardiens de la révolution.
L’article 150 dit, que le corps des gardiens de la Révolution Islamique, qui a été constitué dans les premiers jours de la victoire de cette révolution, est maintenu dans la poursuite de son rôle pour la sauvegarde de la Révolution et de ses acquis.
La légion des Gardiens de la Révolution islamique (sepah-e pasdaran-e enqelab-e eslami), plus couramment appelée, Pasdarans, est une milice d’Etat créée par l’ayatollah Khomeini le 5 mai 1979. Les 150 000 à 200 000 membres constituent le pilier de l’appareil sécuritaire du régime iranien. Ce sont pour la plupart des militaires à l’origine, qui ont essaimé, dans tous les secteurs économiques de la société, s’enrichissant, réprimant d’une manière sanguinaire. Certes des tendances voire des divisions existent au sein de ce corps. La guerre américano-israélienne risque justement d’exacerber la lutte entre certains clans. L’opacité des luttes de pouvoir ne permet pas pour le moment de savoir ce qui va se passer.
Au sein des Gardiens de la Révolution il existe des groupes extrêmes comme la force al-qods et le basij. Les Gardiens de la Révolution ont déclaré allégeance à Mojtaba Khamenei. Leur organisation est considérée comme une organisation terroriste par l’Union européenne, depuis la répression effroyable des manifestations contre le régime. Leur chef, Mohammad Pakpour, qui était à la tête du Conseil National de la Défense, a été tué. Pakpour avait pris la direction des Gardiens de la Révolution en juin 2026, lors de la guerre des 12 jours. On vient d’apprendre aussi que le commandant Mohammad Karami vient d’être éliminé par une frappe aérienne.
Nul ne sait comment la guerre contre l’Iran va évoluer. Toutefois, une chose est certaine, le risque de voir les groupes les plus extrêmes, en Iran, prendre le pouvoir, en dominant un Guide suprême affaibli, inexpérimenté, voire blessé, n’est pas à exclure. L’isolement diplomatique et la diabolisation de l’Iran ne sauraient forger une politique internationale.
Rarement, le monde a connu une telle crise aussi polymorphe, dont la résolution passera obligatoirement par une évolution réformatrice du régime politique iranien. Pour le moment, c’est une utopie. Vouloir la capitulation de l’Iran par tous les moyens, notamment les destructions massives, en est une autre.
Le nouveau Guide suprême est probablement l’homme le plus traqué du monde. C’est entre autres à cela qu’on peut mesurer le basculement d’un droit international, lequel, contrairement à beaucoup de commentaires, n’est pas si inefficace, lorsque les acteurs de la vie internationale sont de taille. Reste à les changer.


