1. Les conditions légales pour exiger l’indemnité.
L’indemnité d’occupation n’est pas automatique. Elle est due seulement si la jouissance du bien est privative, c’est-à-dire qu’elle empêche les autres héritiers d’utiliser le bien à leur tour.
Pour exiger cette indemnité, trois conditions cumulatives doivent être réunies :
- L’occupation exclusive : l’héritier doit avoir un usage total et privatif du bien. La Cour de cassation juge qu’une simple domiciliation ou l’entreposage de quelques meubles ne suffit pas à justifier l’indemnité.
- L’absence d’accord : il ne doit exister aucune convention (écrite ou orale) entre les héritiers autorisant l’occupation gratuite, ni de prêt d’usage antérieur par le de cujus.
- La demande explicite : l’indemnité n’est généralement due qu’à compter de la première demande formelle émanant des autres indivisaires (mise en demeure, ou assignation en justice).
Un conseil : c’est à vous, héritier non occupant, de rassembler la preuve de l’occupation exclusive (factures d’énergie, assurances, témoignages). Sans cela, votre demande sera rejetée.
2. Le calcul : comment chiffrer la créance (et éviter les pièges).
Le montant de l’indemnité est lié à la valeur locative du marché, ajustée en raison de la précarité de l’occupant.
L’évaluation du montant.
Pour déterminer la base de calcul, vous devez faire estimer la valeur locative du bien par un expert immobilier. Pour que cette estimation tienne en cas de litige, elle devra idéalement être contradictoire (acceptée par les deux parties ou ordonnée par le juge).
Sur cette valeur locative brute, le juge applique ensuite un abattement pour précarité. Cet abattement prend en compte le fait que l’occupant n’a pas la sécurité d’un locataire et peut être contraint de quitter les lieux lors du partage. La tendance jurisprudentielle se situe généralement entre 15 et 20% de réduction.
La formule de calcul.
L’indemnité due par le cohéritier est calculée uniquement sur la fraction du bien qui appartient aux autres héritiers. L’indemnité est due, non aux héritiers mais à l’indivision successorale.
La formule est la suivante : indemnité mensuelle = (/valeur locative x (1 - abattement)) x part des autres héritiers/
Par exemple : si la valeur locative est de 1 000 €/mois, et qu’après un abattement de 20% (soit 800 €), l’héritier occupant possède 1/3 du bien, il doit les 2/3 restants à l’indivision, soit 533,33 € par mois.
3. Prescription et sanctions : le piège à ne pas rater.
La règle des 5 ans (Prescription).
L’indemnité d’occupation est qualifiée de fruit civil de l’indivision. Elle est soumise à la prescription quinquennale.
Concrètement, vous ne pouvez réclamer des arriérés que pour la période de cinq ans précédant votre première demande officielle. Même si l’indivision dure depuis plus de vingt ans, vous ne récupérerez que les cinq dernières années d’indemnités. Agir rapidement est donc crucial.
Le Lien avec le recel successoral.
Si l’héritier occupant a dissimulé sciemment des actifs ou son occupation elle-même, il commet un recel successoral (Art. 778 C. civ.).
Dans ce cas, le juge peut non seulement le sanctionner en le privant de sa part sur les biens recelés, mais il peut aussi considérer le recel comme une circonstance aggravante dans la fixation du montant de l’indemnité d’occupation.
Les réflexes de l’héritier lésé.
Justifiez de la période d’occupation : chaque mois perdu est un mois de créance qui s’approche de la prescription de cinq ans.
Formalisez la demande : envoyez une mise en demeure formelle avant toute assignation en justice.
Contrôlez l’expertise : vous ne pouvez rien réclamer sans une évaluation locative rigoureuse et, si possible, contradictoire.
Conclusion : l’indemnité d’occupation est l’outil légal incontournable pour garantir l’équité du partage. C’est un mécanisme précis qui exige d’être actionné rapidement et avec rigueur pour mettre fin au privilège du cohéritier occupant.


