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8 mars et femmes de droit : allez, on avance ?

Si tout au long de l’année le Village de la Justice veille à la diversité de ses contributeurs et à aborder tous les sujets relatifs au monde juridique, la rédaction a voulu, à l’occasion de ce 8 mars 2019, remettre en avant des autrices, des portraits et des articles avec une page d’accueil spéciale, pour contribuer une nouvelle fois à la visibilité des « femmes de droit ».

Chaque année, la journée internationale des droits des femmes est en effet l’occasion de faire un point sur les inégalités femmes/hommes qui perdurent dans notre société. Que ce soit dans la vie privée, au travail, sur les réseaux sociaux, dans les médias… les problématiques de discrimination sexistes et d’inégalités perdurent. Et le milieu du droit n’est pas en reste.

Néanmoins, si on peut en déplorer leur lenteur, les évolutions ont commencé, les initiatives prennent corps, et les discours sont devenus plus audibles.

A l’origine de cet arrêt sur images, une réflexion au sein de notre rédaction sur l’éventuelle mise à jour d’un dossier réalisé en 2011 sur les Femmes de droit (parties 1 et 2). « Peut-être serait-il bon de le reprendre pour l’actualiser ? » Sauf que …

...si 82% des directions juridiques sont féminisées, 60% des directeurs juridiques restent des hommes.

Sauf que 7 ans plus tard, il reste toujours aussi criant d’actualité. Si le monde du droit est un milieu très féminisé, les discriminations perdurent au sein des multiples professions, et un plafond de verre reste toujours très présent. L’avocature a par exemple fait l’objet d’une enquête révélatrice sur les discriminations du Défenseur des droits en mai 2018. De même, si 82% des directions juridiques sont féminisées, 60% des directeurs juridiques restent des hommes.
Autre exemple, la magistrature : Gwenola Joly-Coz, présidente du Tribunal de grande instance de Pontoise et également secrétaire générale de Femmes de Justice, expliquait par exemple lors d’une conférence organisée au Conseil supérieur du notariat en mars 2018, que « dans un monde avec 65% de femmes », des postes à responsabilités sont occupés uniquement par des hommes.

Un tel constat donne ainsi une impression de stagnation pour ces « femmes de droit », qui peuvent avoir des difficultés à faire valoir leur légitimité, à défendre leur place dans des schémas de carrière où une maternité (existante ou potentielle) peut représenter un obstacle, ou à lutter contre des stéréotypes ou des comportements sexistes qui ont encore la vie dure - comme l’avait illustré l’initiative de Paye ta robe, un blog qui répertoriait des témoignages d’avocates sur des propos ou comportements discriminatoires entendus aussi bien de supérieurs, de collègues, de clients ou encore d’enseignants.

Néanmoins, les initiatives permettant de faire avancer le débat se multiplient, et la parole se libère. Le Conseil de l’ordre du barreau de Paris a ainsi nommé des référents afin que les victimes de harcèlement - collaborateurs ou stagiaires - puissent dénoncer les agissements - souvent des discriminations de genre - dont ils sont victimes. Le barreau de Paris organise également pour la première fois les Assises de l’égalité, qui vise à récompenser les bonnes pratiques des cabinets en matière d’égalité femmes/hommes. L’exigence de parité au sein des instances, ou la mise en place de quota aux sein des équipes, permettent de promouvoir cette égalité indispensable.

Les réseaux professionnels jouent aussi un rôle important. En offrant un lieu l’on peut partager son vécu et son expérience, comme en témoignait Bénédicte Bury, à l’occasion des 10 ans des Réseaux aux féminin au sein d’ACE Avocats, car « il faut des espaces où l’on se sente autorisé à s’exprimer ». En proposant des formations pour encourager les femmes dans leur leadership comme le font l’AFJE ou le Cercle Montesquieu. En encourageant le mentorat ou les échanges intergénérationnels, le développement de son réseau de connaissances, pour aussi créer un phénomène d’entraide entre femmes du droit.
L’importance des role models est d’ailleurs régulièrement soulignée : en favorisant aujourd’hui les femmes à des postes plus importants, les professions participent à donner l’exemple aux plus jeunes générations, aidant les jeunes juristes à lutter contre les barrières qu’elles peuvent - consciemment ou non - se mettre dans la projection et la conduite de leur carrière.

En illustration de ces résistances intériorisées : la féminisation des métiers. Il y a une semaine, l’Académie française célébrait en avant-première la Journée des droits des femmes en adoptant « à une large majorité » le rapport sur la féminisation des noms de métiers et de fonctions. Symbolique, certainement, mais pas anodin. Nos cousins québécois se moquent de notre retard sur le sujet, eux qui emploient sans problème les noms féminisées depuis 20 ans (y compris pour les plus hauts postes).
Mais le rapport constate que « les femmes membres du barreau répugnent encore très largement à être appelées ‘avocates’, bien que cette forme soit reçue de longue date dans l’usage courant et ait été enregistrée par tous les dictionnaires ». Un constat qui n’a pas fait l’effet d’une breaking news au Village de la Justice, nous qui sommes habitué.e.s à vous publier avec votre titre tel que vous nous l’indiquez... soit, dans la majorité des cas, avocat (sans E). Et pourtant avocate est un terme, comme le souligne le rapport, dont la féminisation est devenue familière. Les plaques « huissières de justice » ne sont donc pas prêtes de fleurir…

...il est essentiel de parler régulièrement de ces problématiques - et pas uniquement tous les 8 mars

Il est d’autant plus important de lutter contre ces schémas qu’il est très tentant de les répéter. C’est le constat que nous faisions lors du dernier Village de la LegalTech et de la conférence consacrée à la place des femmes au sein de ce nouvel écosystème, alors que les legaltech peuvent représenter une véritable opportunité pour les femmes, et qu’il est impératif qu’elles prennent part à la construction de ces technologies nouvelles.

Tous ces exemples démontrent une nouvelle fois à quel point il est essentiel de parler régulièrement de ces problématiques - et pas uniquement tous les 8 mars - afin qu’à terme il ne soit plus nécessaire d’argumenter pour la défense de l’égalité, qu’il ne s’agisse plus d’une « bonne pratique », d’un management novateur, ou d’un avantage business. Et qu’ainsi les « femmes de droit » aient une véritable place dans leur monde.

Clarisse Andry
Rédaction du Village de la Justice

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