Extrait de l’interview parue dans le Numéro 110 du Journal du Village de la Justice, et à lire en intégralité ici.
Sur quels réseaux êtes-vous présente ? [1]
Je suis sur Instagram, LinkedIn, TikTok et YouTube. J’anime aussi une newsletter hebdomadaire que j’envoie chaque dimanche à ma communauté.
Qu’est-ce qui motive votre mission de vulgarisation juridique ?
La vulgarisation juridique, en plus de mon travail de juriste plus classique, répond à un besoin d’impact. En tant que salariée, j’aide mon entreprise à se conformer à la réglementation, mais ce cercle reste restreint. La vulgarisation sur les réseaux sociaux me permet de toucher un public plus large, composé en majorité d’étudiants en droit, une discipline exigeante, parfois perçue comme élitiste. Ma volonté a toujours été de la rendre accessible, claire et moins intimidante en partageant les conseils dont j’aurais aimé bénéficier au début de mes études. Pour moi, vulgariser sur les plateformes sociales n’est pas incompatible avec le métier de juriste. Les deux activités sont complémentaires dans la mesure où je fais appel à mes compétences pour simplifier et démocratiser le savoir juridique.
À quel moment avez-vous décidé d’adapter votre cursus universitaire à une activité de vulgarisation juridique ?

- Faguey Welle
L’adaptation s’est faite naturellement après mon premier master, lorsque j’ai ressenti l’envie de partager ce que j’avais appris. À cette époque, je m’étais dit que mes six années d’études me permettraient d’aider les étudiants à mieux réussir leurs parcours. Au départ, mes conseils portaient surtout sur la réussite académique fondée sur une appropriation de la méthode juridique grâce à des révisions efficaces. Peu à peu, mes vidéos ont abordé des sujets comme l’orientation, le choix des débouchés, l’insertion professionnelle et d’autres problématiques auxquelles j’avais été moi-même confrontée.
Quel objectif poursuivez-vous en accompagnant les étudiants en droit ?
Mon objectif est double. Je veux d’abord qu’ils puissent sereinement réussir leurs études, en disposant des bons outils et des bonnes méthodes. Je souhaite
ensuite les aider à s’insérer professionnellement dans la mesure où les études de droit s’inscrivent avant tout dans une dynamique d’insertion. Les bonnes méthodes, l’organisation et l’information sont à mon sens essentielles pour se frayer un chemin dans un cursus souvent perçu comme difficile. Je veux également transmettre la motivation, ayant moi-même connu des moments de doute. Beaucoup d’étudiants abandonnent non pas par manque de potentiel, mais par manque d’accompagnement ou de repères.
Quelles sont, d’après vous, les difficultés auxquelles se heurtent les étudiants en droit et que proposez-vous pour les résoudre ?
Ces difficultés sont au nombre de quatre.
La première est liée à un manque d’outils adaptés à l’apprentissage et à l’organisation. Bien qu’elles soient essentielles pour réussir un cursus à forte volumétrie, l’université ne forme pas toujours à ces compétences. J’y réponds par des vidéos pédagogiques et par mes livres, Le Code de l’apprentissage en droit et Le Code de la réussite en droit, qui renferment des outils pour apprendre et s’organiser.
Suivent les difficultés qu’entraîne la méthodologie des exercices juridiques (commentaires d’arrêt, dissertations, cas pratiques...). Mes vidéos, certaines de mes formations et les cours particuliers que je donne aident à les résoudre.
Le stress académique est à l’origine de la troisième difficulté, notamment dans un contexte compétitif. De nombreux étudiants me confient leurs doutes et leur démotivation auxquels j’apporte des solutions en diffusant des messages de motivation et de positivité.
Pour pallier la dernière difficulté que crée le manque d’orientation et d’informations sur le marché du travail, je propose mes conseils pratiques et mon retour d’expérience, complétés d’informations sur les débouchés professionnels.
Comment choisissez-vous les thèmes et les sujets que vous abordez ?
Je m’appuie sur trois sources principales. Il y a d’abord mon expérience personnelle et professionnelle. Les questions des étudiants les inspirent également via leurs commentaires et leurs messages. L’actualité académique (période d’examens, de sélection en master, rentrée, etc.), influence enfin les thèmes que je traite.
L’encadrement légal des influenceurs est récent. A-t-il un impact sur votre activité ?
Oui, mais il est plutôt positif. Cet encadrement renforce la professionnalisation du secteur, il protège le public et il demande de la transparence dans les partenariats. Concernant mon contenu éducatif, l’impact de la législation est limité. Elle encourage cependant l’éthique et la fiabilité de ce que je diffuse, ce qui est bénéfique pour mes abonnés.
Comment percevez-vous l’évolution de votre mission auprès des étudiants dans les prochaines années ?
Après mes trois années dédiées à l’influence juridique, je réfléchis à la création d’un outil unique (soit une application, soit une plateforme) à même de répondre aux besoins les plus fréquents en termes de méthodologie, de recherche de stages et d’orientation. Je souhaite aussi développer des collaborations avec des universités et des institutions pour démocratiser davantage la transmission de compétences concrètes. J’envisage également de créer une LegalTech ouverte à un public plus large que les seuls étudiants.
Quelle place, selon vous, devraient occuper les influenceurs juridiques dans l’écosystème de l’enseignement du droit ?
Ils ne remplacent pas l’université, qui reste le socle de la rigueur théorique, mais ils sont un relais pédagogique complémentaire. Acteurs de l’évolution des modes d’apprentissage, ils aident à développer des compétences invisibles (organisation, gestion du temps), ils réduisent certaines inégalités et ils humanisent l’accès au droit. Leurs missions, accomplies avec rigueur, éthique et transparence, pourraient éventuellement s’étendre à des coopérations institutionnelles avec les universités afin d’enrichir les approches pédagogiques.




