Stratégie IA au sein du ministère de la Justice : des préconisations aux premières étapes.

Stratégie IA au sein du ministère de la Justice : des préconisations aux premières étapes.

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Explorer : # intelligence artificielle # souveraineté # formation # éthique

"Est-ce que la Justice est un univers dans lequel on peut avoir une utilisation d’outils aussi sensibles et complexes que ceux de l’IA ? Et comment concrètement peut-on mettre en œuvre l’IA aujourd’hui au sein du ministère de la Justice (c’est-à-dire les juridictions, mais aussi les services de la PJJ et les services pénitentiaires) ? Comment gère-t-on les obligations légales et réglementaires, dans un contexte budgétaire et technique mouvant et dans un ministère (ce n’est plus le cas aujourd’hui) qui a longtemps sous-investi dans le numérique ? Comment est-ce qu’on arrive à faire émerger des sujets aussi complexes que ceux là ? "
Voici les questions soulevées en préambule de la conférence plénière d’ouverture de l’édition 2025 des Rendez-vous des transformations du droit par Alexandre de Bosschère, Secrétaire général adjoint au ministère de la Justice. Il y répond au cours de cette conférence avec l’aide d’Élise Farge Di Maria, Cheffe de projet IA, récemment nommée Directrice du programme IA créé au mois de décembre au sein du secrétariat général du même ministère [1].

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Sommaire de la conférence.

Contexte et nécessité de l’IA.

Le ministère de la Justice couvre les juridictions, la pénitentiaire et la protection judiciaire de la jeunesse, soit 90 000 agents au total.

L’IA est déjà une réalité dans l’institution judiciaire, comme le montre une étude de 2024 portant sur 96 pays, indiquant qu’un grand nombre d’acteurs de la justice utilisent déjà l’IA générative. Les agents du ministère ont rapidement compris le potentiel de l’IA pour leurs métiers, notamment dans l’analyse documentaire, la rédaction, et la recherche d’information, offrant :
- des gains de temps ;
- l’automatisation des tâches répétitives.

Cependant, l’utilisation non encadrée de l’IA pose des difficultés, principalement le problème du shadow IA. Les usages existants se font sur des outils grand public, exposant les données sensibles de la justice et soulevant des questions de souveraineté. Fournir des outils adaptés est donc crucial pour éviter les usages cachés, non partagés et non accompagnés, qui augmentent les biais.

Cadre stratégique du Ministère.

Face aux contraintes (sécurité, déontologie, contexte technique et budgétaire), une mission d’accélération a été lancée début 2025 par le Ministère. Cette mission a abouti à un rapport public de 60 pages, remis le 23 juin au Ministre de la Justice, qui sert de cadre pour la stratégie actuelle.

Cette stratégie repose sur trois grands axes :
1. La souveraineté.
2. Démocratiser l’intelligence artificielle pour la très grande majorité des agents.
3. Accompagner (formation, sensibilisation, anticipation des impacts).

Identification des cas d’usage.

Un travail de cartographie des cas d’usage a été mené auprès de l’ensemble du ministère. Les besoins identifiés sont souvent transversaux et concernent principalement la gestion et l’analyse de documents, la traduction, la retranscription et l’anonymisation.

L’analyse technique a montré que plus de la moitié des cas d’usage pourraient reposer sur un LLM.

Pour cette raison, priorité est donnée à la construction d’un assistant IA souverain et sécurisé, équivalent aux outils grand public mais conforme aux exigences du ministère. Cette initiative stratégique aligne le ministère sur d’autres ministères (Transition Écologique, Armées, Intérieur) qui ont commencé par un usage large de l’IA générative. Le ministère collabore avec la DINUM et Mistral, et fera partie des 10 000 agents publics testeurs de cette solution (campagne lancée la veille de la conférence).

Deux projets concrets ont été lancés en collaboration avec la Cour d’appel de Paris :
1. L’investigation des besoins des magistrats civilistes (tests de résumé de conclusion, rédaction d’exposé du litige).
2. Le développement de l’outil « mon assistant pénal », qui vise à faciliter la synthèse de procédure pénale, avec une première version prévue pour le début 2026.

Formation et principes éthiques.

La formation est un élément essentiel pour l’appropriation de l’IA et l’accompagnement des agents.

Cinq grands principes ont été fixés pour guider l’utilisation et le développement de l’IA :
1. Souveraineté : utilisation d’un hébergement souverain (Cloud ou SecNum Cloud) pour les données sensibles.
2. Maîtrise : maintenir l’« humain dans la boucle » (human in the loop) ; l’IA ne doit jamais se substituer à la décision humaine.
3. Esprit critique : nécessité pour les agents de vérifier les sources et la cohérence des résultats pour se prémunir des erreurs ou des hallucinations des LLM.
4. Sobriété : utiliser l’IA seulement quand c’est strictement nécessaire, compte tenu de son coût écologique (une requête peut consommer 4 à 5 fois plus qu’une recherche Google).
5. Transparence : sur le développement des systèmes par le ministère (explicabilité) et sur l’utilisation des systèmes d’IA par les agents.

En conclusion, Alexandre de Bosschère revient sur le caractère expérimental et terrain des développements, ainsi que sur la transparence de la stratégie (rapport public, interventions ouvertes). Cette transparence permet à l’ensemble de l’écosystème (professionnels du droit, legaltech) de comprendre les contraintes posées et de s’aligner collectivement vers une IA respectueuse de l’éthique et des justiciables.

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Notes de l'article:

[1Communiqué de presse du Ministère de la Justice du 6 décembre 2025 : "La création d’une nouvelle direction de programme vise à accélérer ce travail en développant des cas d’usage au service des personnels du ministère de la Justice et des usagers. Cette direction rassemblera toutes les expertises nécessaires à la sécurisation juridique, technique et éthique des projets d’IA ministériels dans une approche pluridisciplinaire et pilotera l’intégration de l’IA au sein du ministère de la Justice. (...) Elise Farge Di MAria, qui occupait précédemment les fonctions de cheffe de projet dédiée à l’intelligence artificielle au sein du secrétariat général, est nommée directrice de programme IA."

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