En quoi la durabilité des cabinets d’avocats est-elle différente de la RSE/ESG ?
James Grennan : « La RSE et l’ESG font partie intégrante de la stratégie de développement durable des cabinets d’avocats, cela devient évident si l’on considère la durabilité comme l’équivalent de la survie. Tout comme le monde ne peut supporter les taux actuels de consommation et de réchauffement, les cabinets d’avocats auront du mal à survivre si leurs pratiques ignorent les principes sociaux, environnementaux et de gouvernance essentiels.
Par exemple, la génération actuelle de jeunes avocats est très sensible aux questions sociales et environnementales. Les bonnes pratiques en matière de développement durable sont essentielles pour attirer et retenir les bons avocats. Les entreprises clientes exigent de plus en plus que leurs fournisseurs, y compris les avocats, aient d’excellentes références en matière de développement durable.
Cela inclut, par exemple, des pratiques respectueuses du climat, des politiques d’intégration sociale et des contrôles rigoureux pour prévenir la corruption et l’esclavage moderne. Dans ce domaine, l’Europe et les États-Unis montrent l’exemple, mais d’autres régions du monde rattrapent leur retard. Par conséquent, la responsabilité des entreprises et l’ESG font partie intégrante de la durabilité des cabinets d’avocats ».
Diriez-vous que la durabilité et le développement durable présentent des particularités au sein de la profession ?
J. G. : « En général, non ; les cabinets juridiques sont des entreprises comme les autres. De nombreux cabinets juridiques sont relativement petits et pourraient "prétexter" que cela les empêche d’adopter des pratiques durables. Toutefois, la grande majorité des entreprises est de petite taille et chacune, à sa manière, peut développer sa durabilité. Même de petites mesures peuvent faire une grande différence !
Le côté positif est que les avocats ont des compétences qui peuvent faire une réelle différence dans la lutte contre l’injustice sociale et le maintien de la bonne gouvernance. À cet égard, la profession juridique est particulièrement bien placée pour soutenir ces aspects des composantes "S" (Social) et "G"(Gouvernance) de l’"ESG" ».
La création des cabinets-sociétés à mission entre-t-elle selon vous dans cette stratégie ?
J. G. : « Entendons ici par cabinets-sociétés à mission, les entreprises à but non lucratif dont l’objectif est de promouvoir des objectifs durables. Ces entreprises pourraient certainement avoir un rôle à jouer, mais il convient de noter que la profession juridique contribue déjà de manière significative à la justice sociale dans de nombreux pays.
Les avocats, souvent au péril de leur vie, sont fréquemment en première ligne pour protéger l’État de droit dans les pays où les libertés individuelles sont érodées. En outre, dans de nombreux pays, la profession est fière de travailler bénévolement pour ceux qui n’ont pas les moyens de payer. Mon propre cabinet, par exemple, encourage et attend de ses associés qu’ils accomplissent chaque année un certain nombre d’heures de travail pro bono pour des personnes dans le besoin, et crédite ces heures d’un bonus ».
Y a-t-il d’autres initiatives à impact ou des pratiques durables qui sont à mettre en lumière pour leur efficacité et/ou leur originalité ?
J. G. : « Chaque entreprise doit décider elle-même de la meilleure façon de "parvenir" à la durabilité. Toutes les pratiques ne conviendront pas à toutes les entreprises.
Cependant, voici quelques exemples évidents d’initiatives qui peuvent avoir un impact immédiat :
- pour la planète : réduire, réutiliser et recycler. Réduire la consommation ; acheter du matériel et des fournitures de bureau qui peuvent être réparés et réutilisés, et non des articles jetables. Lorsqu’un objet est en fin de vie, il faut le recycler ;
- pour les personnes : examinez si l’entreprise peut apporter quelque chose à la communauté locale, par exemple en offrant une expérience professionnelle à des jeunes issus d’un milieu défavorisé, en parrainant des événements communautaires locaux et, ce que mon entreprise préfère particulièrement, en apprenant à lire aux enfants de la région ;
- pour la justice sociale : consacrer du temps à un travail juridique bénévole. C’est étonnamment gratifiant. Aider une famille dans le besoin à obtenir un logement ou une aide sociale injustement refusée est une bonne journée de travail !
D’une manière générale, placez le développement durable au cœur de vos processus décisionnels :
- avez-vous besoin de faire ce voyage d’affaires ou une vidéoconférence suffirait-elle ?
- pouvez-vous utiliser des énergies renouvelables dans votre bureau ?
- tenez-vous compte de la diversité dans vos processus de recrutement ?
- choisissez-vous des fournisseurs ayant de bonnes références en matière de développement durable ?
- pouvez-vous fixer des objectifs de durabilité fondés sur des données scientifiques pour votre entreprise et les atteindre ? »
Est-ce une "tendance" au sein de la profession, en France et à l’étranger ?
J. G. : « Sans aucun doute ! Alors que les pays évoluent à des rythmes différents vers le développement durable, il s’agit d’un sujet de discussion constant lors des conférences d’avocats au niveau international. La plupart des juristes reconnaissent que l’adoption de pratiques durables est essentielle pour assurer la réussite des cabinets et entreprises au XXIe siècle.
La profession est parfaitement consciente des défis à relever et est enthousiaste à l’idée de contribuer aux solutions. C’est pourquoi les organisations internationales d’avocats, telles que l’Union internationale des avocats, ont élaboré des orientations et des principes pour aider leurs cabinets membres à jouer leur rôle ».
Comment pensez-vous que cet engagement va évoluer au cours des prochaines années ?
J. G. : « Comme beaucoup d’autres adaptations auxquelles la profession a dû faire face, les pratiques durables deviendront une partie intégrante de nos activités. Dans 10 ans, nous ne les distinguerons plus comme des pratiques durables, mais nous les considérerons simplement comme la façon normale de faire des affaires.
Vous souvenez-vous de l’époque où le courrier électronique était une nouveauté ? Aujourd’hui, il est impossible d’imaginer le monde des affaires sans lui. Il en sera de même pour le développement durable ».


