Rédaction du Village de la Justice

 
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[Mise à jour] Les avocats toujours dans la tourmente, chiffres à l’appui.

Lors de la conférence de presse dématérialisée du 21 avril 2020, le CNB a présenté les résultats d’un sondage inédit, permettant de rendre compte de la situation de la profession après les trois premières semaines de confinement. L’inquiétude était tangible ; elle est désormais mesurable.
Le 13 novembre un nouveau sondage d’étape a été publié, voici quelques enseignements sur l’évolution comparée.

1er confinement

Avec plus de 10.000 avocats répondants en quelques jours (enquête menée du 8 au 12 avril 2020), il a été possible de faire une première photographie de l’état de la profession après 3 semaines de confinement.

Les craintes étaient fondées. L’ampleur et la dureté de la crise ressortent nettement de cette enquête. Les résultats du sondage confirment l’état de gravité dans lequel se trouvent les avocats. Christiane Feral-Schuhl pressent que « certainement, le plus difficile est devant [eux]. (…) Les avocats se préparent à une longue séquence de secousses ». Au-delà des chiffres, significatifs, un constat : « les avocats affrontent seuls et assument seuls, trop souvent, les conséquences de la crise ».

L’institution a en effet déploré, ici comme ailleurs, la réponse de l’État, jugée « insuffisante et inadaptée  ». Le manque de lisibilité des plans de continuité d’activités des juridictions est également dénoncé, avec des fonctionnements très différenciés, en ordre dispersé, y compris au sein des juridictions d’un même ressort. « En déléguant aux chefs de juridictions, la gestion du confinement [les plans de continuité de l’activité], la ministre de la Justice a instauré une justice à 164 vitesses, autant que les barreaux de France ».
Un plan d’urgence, un plan de sauvegarde pour les cabinets d’avocats est exigé, de même que, en commun avec toutes les professions réglementées, l’exonération des charges sociales (URSAFF notamment) ou bien encore un plan de résorption des délais dans les tribunaux, avec une priorisation des décisions déjà en attente.

La profession est donc, à nouveau, en ordre de bataille, avec plusieurs mots d’ordre : répondre à « l’état de sidération » des confrères et « s’inscrire dans la durée » en préservant les « outils de production » que sont les cabinets d’avocats.
« Préparer l’avenir dès maintenant pour permettre aux cabinets de résister, pour pouvoir mieux rebondir », tout en veillant à « ne pas se payer le luxe d’une crise démocratique, car les avocats sont des sentinelles de la Démocratie ».

Résultats complets ici.

Second confinement

La participation à l’enquête est moindre, mais, malgré tout, 3 666 avocats ont témoigné. Comme lors des précédents sondages, les répondants sont majoritairement en exercice individuel (56%), 70 % ont des revenus inférieurs à 60 000 euros par an et 82 % font du judiciaire, en tout ou partie.

Les chiffres clés sur l’état de santé des cabinets :
- 10% des avocats s’estiment en progression de chiffre d’affaires ;
- 30% identiques au 1er semestre ;
- 60% toujours en régression.
Le principal frein au redressement de la trésorerie est celui du ralentissement dans le traitement des dossiers (67% des répondants font état de difficultés avec les juridictions en ce qui concerne la fixation lointaine des audiences).
Par ailleurs, en septembre, plus de +81% sont à jour de leurs cotisations professionnelles (8% n’ont rien payé ; 8% partiellement).

En ce qui concerne la rémunération, les choses semblent s’arranger :
- 54% des répondants ont pu revenir à une rémunération normale (contre 39% en juin et 30% en mai) ;
- 40% sont toujours en rémunération réduite (contre 52% en juin et en mai) ;
- 5% ont complètement supprimé leur rémunération (contre 8% en juin et 17% en mai).

Après le catastrophisme des premiers mois et avec un peu de recul un chiffre quand même rassurant : 97% n’ont pas eu besoin de mettre en place des mesures extrêmes (procédures collectives et mesures de sauvegarde).
En ce qui concerne les aides et mesures sollicitées (mais pas forcément obtenues) :
- fonds de solidarité sollicité par 1 répondant sur 2 (52%) ;
- prêt garanti par l’Etat par 1 sur 3 (33%) ;
- 29% des répondants ont sollicité le fonds de la CNBF ;
- seuls 5,5% ont demandé une avance sur les missions d’AJ.
Les refus ont été justifiés par l’inéligibilité par rapport aux critères et par l’incomplétude des dossiers.

Malgré tout, il est à noter que les avocats n’ont - comme bien d’autres Français - pas anticipé "le pire" depuis le mois mai, à savoir l’hypothèse d’un nouveau confinement (avant encore d’autres ?) qui réduirait leur activité durablement : 60% ne s’estiment pas mieux préparés pour le second confinement que lors du premier...

Préoccupations remontées pendant ce second confinement :
- 23% cherchent une association ou réfléchissent à une restructuration pour ne plus travailler seul.
- 30% envisagent un changement d’orientation du cabinet : 60% vers une activité de conseil, 35% pour les MARD.
- 38% envisagent une reconversion pour quitter définitivement de profession.

22% des avocats seulement envisagent l’avenir avec sérénité (24% après le premier confinement, disons que c’est constant, "dans la marge d’approximation" de toute enquête), avec malgré tout, au global, une bascule vers le pessimisme.

Concernant les outils, méthode et process nouvellement utilisés depuis le 1er confinement :
- la visioconférence est fortement utilisée avec les clients (60%) ;
- les formations en webinaire aussi (60%) ;
- la prise de rendez-vous en ligne monte (32%).
Seuls 9% ont eu usage des "banques de données".

Et pour les intentions déclarées pour demain, concernant l’acquisition/utilisation de nouveaux outils, on trouve la prise de rdv en ligne (30%), la visioconférence avec clients (47%), mais non l’utilisation des "banques de données" (6%).

Rédaction du Village de la Justice

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Vos commentaires

  • Dernière réponse : 29 avril 2020 à 11:32
    par Delphine (ex avocat, se sentant encore proche de la profession) , Le 29 avril 2020 à 10:48

    Le schéma en début d’article mentionne 80% d’avocats ayant perdu 50% de leur CA à gauche de la flèche rouge, et, à droite, 37% d’avocats ayant perdu 50% d’activité.
    Peut-on en savoir plus sur la nuance "CA - activité" svp ?

    • par La Rédaction , Le 29 avril 2020 à 11:32

      Bonjour,
      à ces 37% il faut ajouter les 40% de ceux qui ont perdu toute activité et les arrondis, ça vous fait donc bien environ 80% d’avocats ayant perdu au moins la moitié de leur activité facturée.

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