Nous avons pu échanger sur des sujets liés à l’intelligence artificielle avec ces représentants de l’un des leaders du domaine, LexisNexis, en partant de ce qu’est la solution "Protégé", à qui et quoi elle sert, ses spécificités et comment l’utilisateur peut intégrer l’IA dans son quotidien de travail...

- Jean-Pierre Sirot
directeur produit LexisNexis
zone France

- Souphaphone Ortega
LexisNexis
Directrice Customer Success
Village de la justice : "Protégé", qu’est-ce que c’est ?
"Protégé est notre nouvel assistant IA, lancé en France fin 2025 et représente une évolution importante : c’est un assistant IA complètement intégré dans l’utilisation quotidienne des professionnels du Droit, au plus près du besoin utilisateur, dans les logiciels du quotidien. L’intelligence est insérée au plus près du besoin et l’on crée des ponts de valeur à tout endroit des outils LexisNexis qui existent déjà depuis 2 ans."
Est-ce un produit international ? Avons-nous des spécificités françaises ?
"Protégé n’est pas un simple import en France, mais l’application d’une stratégie internationale cohérente de LexisNexis, qui a les ressources pour produire un haut niveau de qualité, mais adapté à chaque pays, avec des contenus différents, avec une approche juridique adaptée. Les cas d’usages sont différents aussi, dans une démarche de "produit local", tout simplement parce que les besoins sont différents (par exemple, le métier de notaire en France n’existe pas aux États-Unis).
De même, si la demande générale d’IA est assez identique dans le monde (dans les fonctionnalités, assistance, formation...), les normes ou la disponibilité des informations ne le sont pas (données sur les entreprises, open data...) ! Et pour apporter de la productivité à l’utilisateur, l’adaptation locale a un vrai impact sur les outils."
Les offres d’IA qui se bousculent un peu (si l’on en croit la large offre constatée lors du Congrès annuel RDV des Transformations du droit) font-elles avancer le besoin des utilisateurs et leur apprentissage de l’IA ?
"Il y a 2 ans encore, il y avait beaucoup de défiance des utilisateurs ; on en n’est plus là dans les échanges clients, on est dans un moment où les questions sont de l’ordre du "comment faire pour ?".
L’appréhension a changé très vite, nous sommes même passés de la crainte à la curiosité puis à l’urgence, en très peu de temps !
L’IA et les éditeurs sont désormais des agents de transformation, réellement.
Ainsi, nous accompagnons aussi les clients sur la partie méthode de l’utilisation de l’IA (prompting...) qui est indispensable pour la transition en cours."
Voyez-vous des conséquences de la "vague IA" sur les ressources humaines et compétences dans les cabinets d’avocats (par exemple) ?
"Oui, nous déployons des plans de formation partout - nous-mêmes nous sommes transformés et formés pour accompagner les clients dans leurs évolutions."
Que demandent et comprennent les clients de ce qui est en train de se passer ?
"On est dans une phase exploratoire ; les clients ont besoin de découvrir tous les cas d’usage, jusqu’aux besoins spécifiques de chacun, selon leur métier et méthodes ou niveau d’expertise. Il faut donc des adaptations et formations sur mesure.
Il y a un niveau assez stratégique de compréhension (la souveraineté, les données personnelles...) et un niveau plus opérationnel (comment on envisage la suite de son métier en tant qu’utilisateur : rapport à la data, utilisation quotidienne, performance dans son travail...) avec une vision de plus en plus souvent à moyen terme : tout le monde sent qu’il y a une nécessité globale de réorganisation, qui intègre d’autres utilisateurs, de nouvelles technologies, de la sécurité...
Les utilisateurs réalisent que sans l’IA, ils ne seront bientôt plus compétitifs, quelle que soit la taille de l’organisation et la profession du droit. C’est même un sujet inter-professionnel ; il ne faut pas créer de déséquilibre entre les professions qui travaillent ensemble (avocats / notaires / magistrats / juristes...), pour ne pas créer de rupture dans les processus (notamment dans le judiciaire).
Nous ne sommes donc pas encore dans un moment de stabilisation. Aujourd’hui, l’utilisateur doit encore s’interroger sur où et comment utiliser l’IA ; plus tard des IA pro-actives s’installeront, s’interconnecteront, avec un usage plus simple et plus automatique, à la façon des IA grand public - on peut penser à Android et aux logiciels Google par exemple - qui gèrent déjà des services et informations automatiques."
Y a-t-il une forme de concurrence entre IA spécialisées et généralistes, comme ChatGPT ou Gemini ?
"Avant tout il y a un problème grave de confidentialité à utiliser ces IA généralistes, et le shadow IA (l’utilisation d’outils d’IA par les collaborateurs au travail à des fins professionnelles, sans l’approbation ni protection de l’entreprise ou structure) est un combat pour tous les métiers du droit.
D’où notre intégration dans nos solutions d’un accès ouvert à autre chose qu’une base de données juridiques ; c’est un décloisonnement que nous proposons maintenant avec Protégé, tout en conservant la garantie de protection de la donnée.
Ensuite, il y a la différence de contenu exploité par l’IA et le contrôle du contenu pour des résultats de meilleure qualité ; évidemment c’est crucial pour un professionnel du Droit !"
Le secteur professionnel (juridique mais d’autres aussi) est-il en retard par rapport aux applications grand public, ce qui favoriserait justement l’utilisation non contrôlée de l’IA professionellement ?
"Il faut que les utilisateurs professionnels suivent une courbe d’adoption, et nous, professionnels du secteur, gérons un équilibre entre avancées fonctionnelles et souhait de transformation, avec une obsession de la fiabilité et de la qualité, d’éthique, de sécurité... Nos contraintes sont différentes des logiciels du grand public, et c’est important de maîtriser une évolution qualitative !"
Terminons par deux retours de clients d’IA juridique qui illustrent les propos :
« Il faut que les avocats changent leur façon d’apprivoiser l’outil ; ils attendent d’un outil qu’il soit un expert en la matière alors que ce sont eux les experts » (un avocat).
« Chacun s’est approprié l’outil dans son quotidien grâce à la formation, qui a vraiment été utile. » (une Direction juridique).


