La mauvaise gestion du droit des étrangers : un coût illégal, anticonstitutionnel et ruineux pour l’État français.

Par Benjamin Brame, Avocat.

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Explorer : # visa # gestion des finances publiques # étranger sans papier # constitution

Dans le contexte actuel de déficit public élevé et d’endettement massif, le coût de la mauvaise gestion administrative devient central pour la pérennité des finances publiques. Le droit des étrangers illustre parfaitement la convergence entre droit public et enjeux budgétaires.

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Introduction.

En effet, non seulement des dépenses considérables sont engagées, mais l’organisation même des services administratifs révèle de multiples violations des principes fondamentaux du droit public, notamment :

  • la légalité administrative [1],
  • la séparation des pouvoirs [2],
  • la proportionnalité et transparence dans la gestion des deniers publics [3],
  • le principe de bonne administration et de contrôle hiérarchique [4].

Cette introduction juridique permet de poser le cadre : les dysfonctionnements dans le droit des étrangers ne sont pas seulement budgétaires ; ils constituent une atteinte aux principes fondamentaux du droit public, aggravant la dépense.

I. La faute budgétaire et constitutionnelle d’une politique désordonnée.

La Constitution de 1958 consacre le Préambule de 1946 et la DDHC de 1789. L’article 15 stipule :

« La Société a le droit de demander compte à tout agent public de son administration ».

Dans le domaine du droit des étrangers, ce principe est régulièrement violé. Les coûts budgétaires et contentieux découlant de la mauvaise gestion administrative – dématérialisation mal pensée, refus arbitraires de visas ou de titres de séjour, privatisation partielle de missions régaliennes – échappent à tout contrôle consolidé, alors même que la Cour des comptes appelle régulièrement à une meilleure évaluation budgétaire [5].

Les estimations de pertes ici présentées reposent sur des sources publiques vérifiables  : Cour des comptes, INSEE, DREES, URSSAF, lois de finances annuelles, et ne constituent donc pas des extrapolations gouvernementales opaques.

II. Les visas : une privatisation illégale et coûteuse du service public.

Depuis 2010, l’État a délégué la collecte et le traitement initial des visas à des sociétés privées, étrangères :

  • TLScontact (UK/Teleperformance, Londres) ;
  • VFS Global (Émirats, Dubai) ;
  • Capago (Afrique du Sud, Le Cap).

Ces sociétés perçoivent des frais non remboursables de 25 à 60 €. Pour 3,4 millions de demandes et 16-20% de refus, cela représente ≈ 28 millions € non restitués, échappant au contrôle budgétaire.

Juridiquement, la gestion des visas est une mission de service public consulaire  :

  • Articles L1411‑1 et suivants CGCT ;
  • Loi n° 2008‑776 du 4 août 2008 ;
  • Jurisprudence CE, 6 avril 2007, Commune d’Aix‑en‑Provence.

Certaines sociétés fonctionnent hors DSP (contrats commerciaux), donc illégalement au regard de la LOLF et des principes constitutionnels de contrôle des deniers publics.

III. Les chiffres de l’immigration : l’INSEE contre le discours politique.

Selon les données publiées par l’INSEE en 2024, la population étrangère représente 8,8% de la population totale en France, contre 13,7% en Allemagne, 12,9% en Belgique et 10,6% en Espagne. Ces chiffres contredisent certaines affirmations récurrentes dans le débat politique, qui tendent à surestimer la proportion d’étrangers et l’impact supposé de l’immigration sur les finances publiques.

Sur le plan économique, la Cour des comptes souligne depuis plusieurs années que l’absence de données consolidées et homogènes sur les populations immigrées et leurs parcours empêche toute rationalisation budgétaire efficace. Cette lacune a pour conséquence que certaines dépenses publiques – qu’il s’agisse de prestations sociales, d’aides au logement ou de dispositifs d’intégration – ne peuvent être évaluées de manière précise, ce qui peut conduire à des allocations disproportionnées par rapport aux besoins réels.

D’un point de vue juridique, l’État français est tenu, en vertu de la Constitution et du principe de gestion saine des finances publiques [6], d’assurer la transparence et l’efficacité de l’utilisation des fonds publics. L’absence de comptabilisation claire et de suivi précis des dépenses liées à l’immigration pourrait être considérée comme une faute de gestion, susceptible d’être relevée par la Cour des comptes ou dans le cadre de contentieux budgétaires devant le Conseil d’État.

Enfin, il est crucial de rappeler que la politique migratoire européenne impose aux États membres de collecter et de partager des données fiables sur les flux migratoires (règlements Eurostat, directives sur les statistiques migratoires), afin de permettre une allocation rationnelle des ressources, une planification économique efficace et une évaluation objective de l’impact de l’immigration sur les systèmes sociaux et fiscaux nationaux.

IV. Les refus massifs de visas de travail.

Les visas professionnels (salariés, entrepreneurs, passeports talents) sont refusés 60% du temps, selon le ministère de l’Intérieur 2023.

Chaque refus représente un contribuable et cotisant URSSAF perdu.

La Cour des comptes souligne le manque à gagner fiscal lié à cette sous‑utilisation du capital humain (Rapport 2018).

V. Le manque à gagner fiscal du non-droit (hors impôt foncier).

Les étrangers non régularisés entraînent un manque à gagner estimé entre 400 millions et 2,5 milliards €, incluant :

  • Cotisations sociales non perçues ;
  • Impôts sur le revenu et sociétés non versés ;
  • TVA non collectée : commerçants étrangers non régularisés + consommation des étrangers non comptabilisée.

En 2024, l’État a perçu ≈ 96,8 milliards € de TVA [7].

Note subsidiaire : la traçabilité de cette TVA est opaque, ce qui complique la compréhension du déficit massif et de l’endettement public malgré un impôt direct colossal.

VI. Le manque à gagner pour les retraites lié à la non-régularisation des travailleurs sans papiers.

La non-régularisation des travailleurs sans papiers entraîne un manque à gagner significatif pour les systèmes de retraite. En travaillant de manière souvent informelle ou sous-payée, ces personnes contribuent peu ou pas aux cotisations sociales qui financent les pensions futures. Cette situation crée un double désavantage : d’une part, les travailleurs eux-mêmes ne bénéficient pas des droits acquis, et d’autre part, l’État et les caisses de retraite subissent une perte financière importante. À long terme, cette absence de contributions affaiblit le financement global des régimes de retraite, aggravant les tensions budgétaires et compromettant la solidarité intergénérationnelle qui constitue le fondement du système.

VII. La carte Vitale vs l’AME.

L’AME  : 1,2 milliard €/an (Cour des comptes 2019).

Les étrangers régularisés via la carte Vitale contribuent plus qu’ils ne coûtent, économies potentielles jusqu’à 600 millions €/an.

VIII. L’ANEF et l’absurdité constitutionnelle.

L’ANEF dépend du ministère de l’Intérieur, alors que le seul décisionnaire légal pour les titres de séjour est la préfecture.

Le CE et la loi du 6 janvier 1978 sur l’informatique et libertés, le CJA [8] imposent :

  • un droit à recours ;
  • un délai ;
  • une motivation des décisions.

Les classements sans suite et clôtures de dossiers sur ANEF sont illégaux, car l’étranger concerné n’a ni délai ni voie de recours, ni motivation, en violation de :

  • l’article L211‑2 CJA ;
  • l’article L213‑1 CJA ;
  • la loi n°78‑17 du 6 janvier 1978 ;
  • Principes de légalité et de sécurité juridique [9].

IX. Médiation précontentieuse et aide juridictionnelle.

Une médiation obligatoire pourrait éviter 30% des contentieux, soit 150‑200 millions €/an (Cour des comptes).
Certaines préfectures, notamment la préfecture de police de Paris, engagent des avocats externes via appels d’offre pour se défendre devant les tribunaux administratifs – un coût totalement évitable.
Si les guichets préfecturaux restaient accessibles, beaucoup de procédures très coûteuses disparaîtraient.
De plus, l’argent dépensé en aide juridictionnelle serait bien plus utile s’il servait à renforcer la prévention des contentieux plutôt qu’à financer des procédures évitables, incluant les frais irrépétibles [10].

Conclusion.

La privatisation illégale, les refus arbitraires, la mauvaise administration numérique et l’opacité fiscale entraînent des pertes massives pour l’État, confirmées par la Cour des comptes et l’INSEE.

Restaurer légalité, transparence et compétence administrative est la seule source d’économie durable et constitutionnellement légitime.

Benjamin Brame
Avocat au Barreau de Paris
Droit des Contentieux Publics & Droit des Etrangers
http://www.brame-avocat.com
contact chez brame-avocat.com

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Notes de l'article:

[1Articles 1 et 5 de la Constitution, CE, 1936, Arrighi.

[2Art. 16 DDHC, art. 34 et 37 Constitution.

[3LOLF, articles 15 et 34 DDHC.

[4CE, 1951, Société des concerts du Conservatoire.

[5Rapport 2020 et Communication 2022 sur la politique migratoire.

[6Articles 34 et 47 de la Constitution.

[7Budget.gouv.fr

[8Articles L213‑1 et suivants.

[9CE, 1951, Société des concerts du Conservatoire.

[10L761‑1 CJA.

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