Kōjirō Matsukata (1865-1950) est un collectionneur japonais féru d’art occidental, il a notamment acquis en 1920 le tableau de Vincent Van Gogh "La Chambre à Arles" (3e version). Durant l’entre-deux-guerres, la collection est conservée en partie en Angleterre — la partie londonienne de la collection sera détruite dans un incendie — et en partie en France. À la veille de la guerre de 39-45, il devient impossible de rapatrier la collection en terre nippone. Et du fait de la position du Japon vis-à-vis de l’Allemagne, les œuvres restantes de la collection Matsukata sont considérées comme "biens ennemis" et tout un processus juridique se met en place pour permettre à la France de s’approprier ses œuvres d’art, qui encore de nos jours sont exposées dans nos musées nationaux et en constituent les pièces maîtresses.
D’où vient la particularité de la collection Matsukata ? D’abord par le nombre et la valeur des œuvres d’art la constituant (Van Gogh, Soutine, Manet, Picasso, Rodin, Gauguin, Courbet, Cézanne [1]) et ensuite par la légalité de son appropriation par l’État français. En effet, cette dernière pourrait être qualifiée de spoliation.
Ainsi, au fil des 234 pages du roman, le lecteur découvre le tragique destin de la collection Matsukata, les vaines tentatives des héritiers de Kōjirō Matsukata pour en obtenir la restitution, le combat juridique mené par l’ONG International Restitutions pour que la collection revienne à ses héritiers par le biais du mécanisme de la gestion d’affaires.
Tout en nous racontant une histoire, Robert Casanovas évoque avec clarté les failles potentielles du mécanisme juridique sur lequel est fondé l’acte d’acquisition par la France de cette collection. Il aborde les différentes hypothèses permettant la restitution de la collection, mais également les pertes que cela représenterait au niveau culturel pour les musées nationaux, pour la France.
De plus, si in fine, la collection Matsukata était rendue aux héritiers de Kōjirō Matsukata ou au Japon, cela créerait un précédent en matière d’acquisition et de restitution d’œuvres d’art qui aurait une incidence au niveau mondial. D’autres États, sensiblement dans la même situation que la France suivent l’évolution de cette affaire avec intérêt et une certaine crainte.
L’entretien de la Rédac’ avec Robert Casanovas...
Quelles ont été vos motivations à la rédaction de ce roman ?
« Ma motivation principale est de faire connaître les conditions illégales dans lesquelles a été confisquée par la France la collection Matsukata. Cette démarche s’inscrit dans une perspective plus large, puisqu’en tant que président de l’ONG International Restitutions [2], je défends le retour à leurs légitimes propriétaires de dizaines de milliers d’œuvres d’art qui ont été volées, notamment durant la période de la colonisation. »
À qui s’adresse-t-il ?
« Ce roman, qui s’appuie en grande partie sur une argumentation juridique, s’adresse principalement aux juristes, mais aussi aux professionnels de l’art, voire aux amateurs d’art et au grand public intéressé par les questions de spoliations. »
S’il ne fallait qu’en retenir qu’un seul, quel serait le point fort de ce roman ?
« À mon sens, le point fort de ce roman c’est son éclairage sur les mécanismes de spoliation légale autour de la compréhension des rouages administratifs et diplomatiques qui permettent de cerner les enjeux de justice culturelle. »
Pensez-vous que la collection Matsukata puisse un jour être légalement restituée ?
« Les pièces de la collection Matsukata conservées par la France pourront un jour être restituées s’il y a une volonté politique. En l’état actuel des choses, cette volonté n’existe pas. On assiste aujourd’hui à un net recul du droit international sur tous les plans. Les chances d’un retour de l’intégralité de la collection au Japon sont très minces. Mais sur le temps long, tout reste possible. »
Informations techniques :
Titre : La chambre volée ;
Auteur : Robert Casanovas ;
Editeur : Auto-édition ;
ISBN : 979-1097998424 ;
Prix : 13,09 euros ;
Nombre de pages : 233 pages ;
Parution : septembre 2025.



