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[Roman graphique] "L’abolition", le combat de Robert Badinter.

Marie-Gloris Bardiaux-Vaïente, Docteur en histoire et scénariste de bande-dessinée, militante pour l’abolition universelle de la peine de mort, et Malo Kerfriden, dessinateur, racontent le combat de Robert Badinter pour l’abolition de la peine de mort en France au travers d’un roman graphique à mi-chemin entre la biographie du grand avocat et le récit historique, avec pour sources notamment les ouvrages de l’ancien Garde des Sceaux. [1]

La couverture de cet ouvrage en dit déjà long : Robert Badinter est seul, debout, face à l’ombre d’une guillotine. Le symbole du combat que l’ancien Garde des Sceaux a mené est subtilement dessiné.

Le livre s’ouvre ensuite sur l’annonce par téléphone à l’avocat Badinter d’une exécution fixée dans la nuit. Il va falloir le suivre dans les couloirs de la prison de la Santé pour assister à ladite exécution, celle de son client, Roger Bontems. Le récit et l’illustration de cette scène, de façon très factuelle (le condamné que l’on réveille, sa dernière cigarette) sont glaçantes et permettent de faire comprend au lecteur ce qu’elle représente pour l’avocat : un choc et un traumatisme.

A partir de là, le lecteur doit être attentif aux dates indiquées en haut des planches, les auteurs ayant choisi de le promener chronologiquement en commençant par un flashblack sur le procès de Bontems. Au milieu du récit, entre l’affaire Patrick Henry et la colère de Badinter au perchoir de l’Assemblée nationale, certaines planches viennent soudainement évoquer la déportation de son père, sans autre explication... Celle-ci sera fournie au lecteur dans l’épilogue de l’ouvrage, qui vient rappeler le coup du sort auquel Robert Badinter, encore Garde des sceaux, sera confronté lors de l’arrestation de Klaus Barbie. "La peine de mort n’admet aucune exception..."

Finalement, on se dit qu’il est évident qu’un tel récit devait être raconté en roman graphique, il s’y prête, et permet une approche sans doute moins rude que les écrits de Robert Badinter. Cela étant, il n’en dispense pas : il serait dommage de se priver de lire les textes rédigés par l’avocat, qui constituent une grande et forte plaidoirie contre la peine capitale.


Le Village de la Justice s’est entretenu avec la scénariste de la B.D, Marie Gloris Bardiaux-Vaïente :

V.J : En quoi pensez-vous que votre livre est nécessaire ?

"J’ai fait un doctorat d’Histoire sur l’abolition de la peine de mort dans l’Union européenne. Je milite depuis deux décennies pour l’abolition universelle et c’est mon sujet d’études depuis plus de 10 années. Tout mon travail en bande dessinée tourne autour de la question de la justice de façon générale, et de la peine de mort, de manière plus spécifique.

Le médium bande dessinée, qui est mon médium de travail, m’a semblé pouvoir avoir une portée plus conséquente qu’un traité universitaire. Le dessin est un outil fabuleux et séduisant. D’un propos clinique, on peut ainsi embarquer le lecteur avec nous, et faire passer une information."

V.J : Quel point fort, s’il ne fallait en retenir qu’un, souhaitez-vous mettre en avant dans ce livre ?

"Que l’abolition n’accepte jamais d’exception. Il s’agit d’un principe absolu, quelques soient nos pulsions ou ressentiments. C’est le discours de la raison face à l’émotion."

V.J : A qui le destinez-vous ?

"A tout public à partir de l’adolescence. Je souhaite transmettre le combat historique d’un homme, qui est inconnu pour certains, ou semble acquis pour d’autres. Il nous faut toujours rester vigilants."

Informations techniques  :
Titre : "L’abolition" de Marie Gloris Bardiaux-Vaïente et Malo Kerfriden
Editeur : Glénat (27/02/2019)
Collection : Hors collection (Glénat BD)
I.S.B.N 978-2-3419 4-02650-2/002
Prix : 17,50 euros.

Par Nathalie Hantz
Rédaction du Village de la Justice

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Notes :

[1En deux tomes, "L’exécution" et "L’abolition", dans lequel l’avocat raconte son combat politique et personnel contre la peine de mort.