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[Parution] "Pirate n°7" : un portrait sans concessions de la justice française.

« Pour un dilettante, ce monsieur est en fait remarquablement doué ». La phrase est de Mirko Czentovic, personnage principal du Joueur d’échec, de Stefan Zweig. Elle pourrait également s’appliquer à Elise Arfi, qui signe une rentrée remarquée dans le domaine littéraire, avec la parution de son premier livre, Pirate n°7 (250 pages) chez Anne Carrière. L’œuvre, très saluée par la critique, dresse un réquisitoire lucide contre un système judiciaire particulièrement cruel envers les plus faibles.

Il y a des affaires qui changent la vie d’un avocat, sa façon de voir les choses. Le procès de sept pirates somaliens, accusés d’avoir attaqué un bateau de croisière et tué un voyageur français dans le golfe d’Eden à l’été 2011, en est un pour Elise Arfi. Le 20 septembre 2011, celle qui était alors secrétaire de la conférence, est désignée avocat commis d’office pour défendre l’un des prévenus.

Elise Arfi héritera de la défense du plus jeune des pirates arrêtés : Fahran Abchir Mohamoud. Pas une mince affaire, tant l’accusé fera preuve de fragilité psychologique tout au long de ses quatre années de détention provisoire, au point de vouloir en finir à plusieurs reprises.

Débute alors une aventure qui va marquer à jamais Elise Arfi, la poussant à nuancer sa conception idéaliste de la justice, cause à laquelle elle a décidé de consacrer sa vie.

Rien ne sera en effet épargné à son client tout au long de la procédure judiciaire. Maltraitance, violence et négligence constitueront même son pain quotidien en prison, ce qui le poussera à des séjours de plus en plus réguliers dans les hôpitaux psychiatriques. Son avocat n’échappera pas non plus à l’intimidation, elle qui sera obligée lors de certaines visites d’ôter son soutien-gorge devant le regard malveillant du personnel pénitentiaire. Même ses recours pour dénoncer les mauvaises conditions d’incarcération de son client sont traités (quand ils le sont) avec légèreté par les autorités compétentes.

A travers ce récit, l’auteure dresse un réquisitoire lucide contre le système judiciaire français, ses oublis, ses défauts et sa cruauté.
En toile de fond, elle interroge sur le traitement des accusés dans des affaires qui ont heurté l’opinion publique. Un accusé reconnu coupable d’actes graves et répréhensibles ne mérite-t-il pas un traitement digne dans le respect des textes et des grands principes du droit ? Pour l’auteure, la justice est universelle et le respect des droits des victimes passe par la garantie des droits des accusés. Sans cela, c’est "tout l’édifice qui s’écroule", affirme-t-elle.

Pirate n°7 est un livre puissant, qui pousse le lecteur à s’interroger sur le fonctionnement de la justice du 21ème Siècle.
Si son but n’est pas de remettre en cause tout le système, Elise Arfi se mue en lanceur d’alerte pour avertir des dysfonctionnements et des abus qui ternissent l’image de l’institution judiciaire.

Le livre est sorti dans les librairies le 12 octobre 2018 et coûte 18 euros.

Nessim Ben Gharbia.
Rédaction du Village de la Justice.

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