
- Angélica Cochet
Une candidate au départ.
Le décret du 27 janvier 2023 instaurant un dispositif général de délégation d’agents de greffe dans les juridictions d’outre-mer et de Corse dispose que « peuvent être délégués les agents préalablement inscrits, avec leur accord, sur une liste arrêtée au moins une fois chaque année civile par le garde des sceaux, ministre de la justice. La durée totale de délégation au titre du présent article ne peut, pour un même agent, excéder six mois […]. »Six mois après s’être inscrite sur la liste annuelle des greffiers volontaires pour intégrer les brigades de soutien d’outre-mer au titre de l’année 2025, Mme Cochet a été choisie et s’est envolée pour la Guyane :
« La Direction des services judiciaires a pris contact avec moi le 6 mars dernier pour un entretien téléphonique pour m’informer du déclenchement du dispositif des brigades au bénéfice du tribunal judiciaire de Cayenne et du tribunal de proximité de Saint-Laurent du Maroni. Deux greffiers seront choisis pour rejoindre la Guyane. Au cours de l’entretien, j’expose mes fortes motivations et détaille les compétences et aptitudes acquises tout au long de mon parcours professionnel en qualité de greffière. Le bureau RHG6 de la sous-direction des ressources humaines des greffes m’indique que nous étions plusieurs candidats volontaires à être contactés et que la désignation des deux futurs brigadistes guyanais allait être rapide. Dix jours plus tard, je reçois un courriel m’informant que ma candidature est retenue pour une délégation au sein du service de l’exécution des peines du tribunal de proximité de Saint Laurent du Maroni.
Quelques jours plus tard, le service administratif régional de Cayenne se rapproche de moi pour organiser mon arrivée sur le territoire guyanais. Les moyens de transports et les nuits d’hôtels à Cayenne sont déjà réservés par le SAR. Vient dès lors le moment de faire mes valises. Je me rends compte que j’aurai besoin d’une toute autre garde-robe. En effet, à Cherbourg, je portais encore un manteau ; et quand je regarde la météo des Outre-Mer, la Guyane atteignait des températures que Cherbourg n’avait peut-être encore jamais connues, ou tout du moins très rarement.
Survient maintenant l’heure de partir de chez moi et de ma juridiction d’origine, le Tribunal judiciaire de Cherbourg, pour arriver chez mon nouveau chez moi et ma juridiction d’accueil, le Tribunal de proximité de Saint-Laurent du Maroni. Entre celles et ceux, éloignés les uns des autres d’un même océan, un nouvel environnement judiciaire se découvre. »
L’arrivée en Guyane : une prise de poste célère.
Mme Cochet est accueillie à l’aéroport de Cayenne après 9 heures de vol par les deux directrices du ressort, la directrice de greffe du Tribunal judiciaire de Cayenne et la directrice déléguée à l’administration régionale judiciaire. Après avoir récupéré le véhicule de location loué par le SAR de Cayenne, Mme Cochet part et arrive le soir même à Saint-Laurent du Maroni, distant d’une route de 250 kilomètres et de 3 heures 30 à travers la savane et la forêt amazonienne de l’ouest-guyanais, pour une prise de poste dès le lendemain au palais.
« Le 15 avril fut mon premier jour de délégation. Arrivée devant le tribunal, j’ai pu admirer son architecture singulière. Ce bâtiment est de style colonial. C’est un édifice, à deux niveaux, doté d’un certain cachet avec ses colonnes et persiennes. A l’intérieur, les murs sont parés de couleurs pastel, de beige, de bleu, ou encore d’ocre rouge. La vice-présidente en charge du juge pour enfants, Mme HAAG, magistrate du siège à demeure, me partage l’histoire de ce bâtiment, qui n’a pas toujours été un tribunal mais jadis une maison des directeurs du bagne... »
Mme Cochet est affectée au service de l’exécution des peines du tribunal. Grâce à son expérience de huit ans en qualité de greffière, notamment dans les services de la chaîne pénale, elle a su rapidement et facilement s’installer dans sa nouvelle juridiction et la singularité de son nouveau service, afin d’être à l’aise avec ses nouveaux collègues du greffe.
« Je suis déléguée au tribunal de proximité de Saint Laurent du Maroni depuis maintenant un mois. Cette délégation est très enrichissante sur le plan professionnel. Cela permet de découvrir le fonctionnement local et singulier de la juridiction, avec notamment la grande polyvalence des agents du greffe ou encore l’absence de parquetier à demeure. En effet, compte tenu du petit effectif du greffe, les agents sont amenés à gérer plusieurs contentieux au sein de leur service. Mais aussi, en cas de nécessité et de continuité du service, chacun peut être sollicité dans un autre service que le leur pour traiter une urgence ou remplacer un greffier en audience. Cela permet également de me rendre compte des problématiques sociales locales qui peuvent se refléter au sein des différents services du tribunal ; que ce soit au civil avec l’importance du service de nationalité, ou au pénal avec la nature des affaires que l’on peut souvent rencontrer, comme l’orpaillage, le trafic de stupéfiants avec les passeurs ou la violence intrafamiliale. Une affiche en évidence sur un mur du tribunal rappelle et symbolise également la singularité du tribunal judiciaire de Cayenne et du ressort de la Cour d’appel de la Guyane. Celle-ci représente des professions judiciaires en robe de justice, magistrat, greffier, avocat, voguant dans une pirogue sur les fleuves amazoniens, à l’image du dispositif nommé " la Pirogue du Droit ". Ce mode de diffusion d’accès au droit et d’accès à la justice est spécifique à la Guyane. Il permet d’assurer tant bien que mal la continuité du service public de la justice dans les communes isolées, situées au cœur de la forêt amazonienne, parfois accessibles uniquement en pirogue sur le Maroni ou l’Oyapock. »
Greffier de l’exécution des peines dans un lieu chargé d’histoire pénitentiaire.
La ville de Saint-Laurent du Maroni est connue pour son histoire pénitentiaire à travers le célèbre « camp de la transportation de Saint-Laurent du Maroni », communément appelé « le bagne de Cayenne ». Le tribunal se situe en face et en visu du bagne. L’image de la matière pénale est donc sincère. Mme Cochet, avec sa technique, son expertise et sa maîtrise procédurale, notamment en matière d’exécution des peines, apporte un soutien et renfort immédiat ; non seulement au sein du greffe, mais également auprès de ses collègues greffiers. Sa présence illustre ainsi parfaitement le dispositif des brigades d’outre-mer, d’une solidarité entre juridictions à une solidarité entre greffes et greffiers.
« Je suis affectée au service de l’exécution des peines, un des derniers maillons de la chaîne pénale. Ayant déjà exercé dans un tel service, j’ai pu prendre rapidement mes marques. Être brigadiste me permet également de partager mes connaissances auprès de mes collègues qui sont demandeurs d’accroître leurs connaissances sur l’exécution des peines. En effet, la grande polyvalence des agents du greffe et l’éloignement géographique de la métropole font qu’il peut parfois être difficile d’approfondir et d’actualiser les acquis par le biais des formations organisées à l’École nationale des greffes. Partager mes connaissances est alors, pour moi, très important. Je dirai même, avec plus de conviction, que c’est fondamental. En effet j’ai personnellement pu bénéficier d’une transmission de savoirs et de pratiques concernant l’exécution des peines ; et cela, grâce à deux collègues cherbourgeoises. Mes collègues ont su me transmettre leur goût invétéré pour ce service, leur appétence pour la rigueur que cela nécessite et la grande diversité que recouvre cette matière passionnante. C’est donc avec plaisir que je partage et transmet à mon tour mes connaissances auprès de mes collègues saint-laurentais. »
« Cette délégation est également très enrichissante sur le plan personnel. Venir en Guyane est un dépaysement total. C’est découvrir un département français chargé d’histoire. C’est aussi observer un brassage des populations, comme par exemple les amérindiens et les bushinengués, mais aussi les autres communautés locales, comme les créoles guyanais et haïtiens, les hmong, qui partagent leurs traditions et leurs savoir-faire ancestraux. La Guyane est aussi riche d’une faune et d’une flore exceptionnelles, uniques et remarquables. C’est un territoire haut en couleurs que je vous invite à visiter et explorer ».
A ce jour, Mme Cochet vient d’être renouvelée dans sa délégation de brigadiste pour une durée de trois mois par la Direction des services judiciaires.


