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[Prépa ISP] Vous avez dit « directeur pénitentiaire d’insertion et de probation » ?

La Prépa ISP, prépa aux concours juridiques depuis 1984, a aidé plus d’un millier de candidats à rentrer dans la pénitentiaire. Nous partageons avec vous un témoignage d’une étudiante ayant réussi ce concours.


« La volonté politique qui avait pour but principal de faire expier les coupables et de sauvegarder l’ordre public a depuis laissé place à une politique criminelle. Aujourd’hui, elle a l’objectif d’allier à l’individualisation de la peine, l’insertion du délinquant, la prévention de la récidive et la réparation du préjudice subi par la victime. »

(Bessoles P., Criminalité et récidive, Éditions PUG, 2007)

I. Présentation de la fonction

Si les services d’insertion et de probation (SPIP) ont été créés en 1999, le corps des directeurs d’insertion et de probation de l’administration pénitentiaire est, lui, très récent puisque son statut relève d’un décret initialement publié en mai 2005.

Aujourd’hui, la fonction de directeur pénitentiaire d’insertion et de probation est régie, notamment, par le décret n°2019-51 du 30 janvier 2019. Aux termes de l’article 1er dudit décret, les directeurs pénitentiaires d’insertion et de probation forment un corps classé dans la catégorie A et sont chargés « d’élaborer et de mettre en œuvre les politiques de prévention de la récidive et d’insertion et de réinsertion des personnes placées sous main de justice. Ils sont garants de la bonne exécution des décisions de justice ainsi que de l’évaluation des actions conduites envers les personnes placées sous main de justice  ».

Le métier de directeur pénitentiaire d’insertion et de probation (DPIP) est avant tout un métier humain dont l’objet est d’élaborer et de mettre en œuvre un projet de service déclinant la politique nationale de prévention de la récidive et de réinsertion des personnes condamnées par l’autorité judiciaire. Pour cela, il est inévitablement le premier interlocuteur des conseillers pénitentiaire d’insertion et de probation (CPIP) et doit savoir faire preuve d’écoute quant aux difficultés rencontrées par ces derniers. Au-delà, le DPIP compose avec de nombreux et divers partenaires : juge d’instruction, juge de l’application des peines, magistrats du parquet, élus locaux, préfets, psychologues, assistants sociaux et, bien évidemment, tous les acteurs de l’administration pénitentiaire.
Ainsi, le DPIP est une personne présentant un véritable sens du management et de l’écoute, un esprit de synthèse et des connaissances juridiques solides.

II. Le SPIP : quésaco ?

Le SPIP (service pénitentiaire d’insertion et de probation) constitue un service déconcentré de l’administration pénitentiaire chargé principalement du suivi des personnes condamnées. Il existe un SPIP par département, dirigé par un directeur fonctionnel départemental (DFSPIP).

Les SPIP prennent en charge les personnes sous écrou détenues ou non ainsi que les personnes sous main de justice en milieu ouvert non écrouées mais condamnées ou prévenues.

Acteur central de l’administration pénitentiaire, le SPIP est chargé d’une double mission :
-  Une mission de surveillance, en assurant le maintien et le suivi en détention des personnes qui lui sont confiées par l’autorité judiciaire. Les mesures prononcées interviennent avant ou après jugement et sont exécutées soit en milieu fermé, soit en milieu ouvert.

-  Une mission de prévention de la récidive, qui constitue plus précisément le cœur des missions confiées au CPIP et au DPIP. Cette mission consiste à préparer la réinsertion des personnes confiées et à assurer le suivi des mesures et peines exécutées en milieu libre, en collaboration avec des partenaires publics et associatifs. Cette mission ne se limite donc pas à un règlement simplement logistique des modalités d’enfermement, mais constitue au contraire une mission particulièrement exigeante : l’administration pénitentiaire doit organiser sa mission dans un objectif de réinsertion et ainsi donner une visée pédagogique voire resocialisante à l’exécution de la peine. Plus encore, la peine doit être l’occasion pour la justice d’œuvrer dans le sens de la prévention de la récidive, en préparant les détenus à leur sortie à leur retour dans le monde extérieur et en assurant un suivi aussi efficace que possible des peines exécutées hors les murs de la prison. La prison n’est ainsi plus une fin en soi, mais une étape majeure servant la finalité de la peine : la réinsertion de la personne détenue dans la société.

III. Le droit de la peine : des évolutions importantes !

Le droit de la peine, que ce soit dans son aspect application et exécution, ou encore dans son aspect pénitentiaire, connaît d’importantes évolutions. Avocats, comme magistrats, s’emparent de plus en plus des questions inhérentes à la matière et, aujourd’hui plus que jamais, on ne peut que s’accorder sur les propos de la Cour européenne des droits de l’homme : « la justice ne saurait s’arrêter à la porte des prisons » (arrêt Campbell et Fell c/ Royaume-Uni, 28 juin 1984, §69).

En vertu de la première fonction qui lui est attribuée, l’espace carcéral constitue une séparation radicale avec l’extérieur. Manifeste du monopole régalien de contrainte qu’exerce l’État sur la personne placée sous main de justice, le droit ne s’exerçait dans l’espace carcéral, pendant longtemps, que dans sa partie coercitive. Cette vision est aujourd’hui désuète et il est acquis que l’institution pénitentiaire ne peut plus être pensée, exclusivement, comme un outil de privation de liberté. Afin de repenser la fonction de l’institution pénitentiaire, des réformes législatives et des décisions jurisprudentielles importantes avaient déjà été avancées : on pense à la loi n° 87-432 du 22 juin 1987 relative au service public pénitentiaire, au décret n° 99-276 du 13 avril 1999 portant création des services pénitentiaires d’insertion et de probation, ou encore et surtout, à la loi n° 2021-1729 du 24 novembre 2009 dite « loi pénitentiaire ».

On pense également évidemment à l’arrêt « Marie » du Conseil d’État rendus le 17 février 1995 dans le cadre duquel, provoquant un petit tremblement de terre dans le milieu pénitentiaire, le juge administratif opérait un revirement de jurisprudence en décidant que la sanction décidée par l’administration à l’égard d’un détenu tendant à le placer en cellule de punition ne constituait pas (plus) une mesure d’ordre intérieur et pouvait donc faire l’objet d’un recours et donc d’un contrôle du juge.

C’est dans cette droite ligne que s’inscrit la création du code pénitentiaire, entré en vigueur le 1er mai 2022 !

Opérant à droit constant (autrement dit, sans modification de l’ordre juridique préexistant), cette réforme a pour principaux objectifs, de rendre plus cohérent le droit de la peine, souligner l’importance et la spécificité des missions du service public pénitentiaire, faciliter l’accessibilité et la lisibilité des dispositions pénitentiaires pour les personnes détenues ainsi que pour les magistrats, les personnes pénitentiaires, les avocats et les intervenants en prison
Pour le dire simplement, le droit pénètre toujours davantage le milieu pénitentiaire -entendu au sens large, c’est-à-dire que ce soit en milieu fermé ou en milieu ouvert- et ceci n’est pas sans entraîner une évolution de la perception des acteurs de l’administration dont le directeur pénitentiaire d’insertion et de probation qui voit ses responsabilités accrues, ses missions étendues et le regard de la société de plus en plus tourné vers lui.

IV. Témoignage

Romane, ancienne étudiante de l’ISP ayant réussi le concours d’entrée à l’ENAP pour devenir DPIP en 2021 témoigne de son expérience...

• Pouvez-vous nous détailler votre parcours ?

"J’ai d’abord effectué une licence de droit à l’Université de Reims Champagne-Ardenne. Puis j’ai décidé de déménager à Bordeaux afin d’effectuer un master 1 de droit pénal et sciences criminelles. J’ai ensuite intégré le master 2 de criminologie à l’Université de Bordeaux. À l’issue de ma formation universitaire, j’ai décidé de préparer le concours d’entrée à l’ENM. Pour ce faire, je me suis inscrite dans une prépa privée. J’ai échoué une première fois et ai alors décidé passer également le concours de commissaire de police auquel j’ai été admissible, ainsi que le concours de DPIP auquel j’ai été reçue. "

• Comment découvrez-vous le métier de DPIP et comment arrive l’envie de vous présenter à ce concours ?

"J’ai découvert le métier de directeur pénitentiaire d’insertion et de probation au cours de mon master 2 de criminologie. En effet, l’intervention d’une directrice d’insertion et de probation a été organisée afin qu’elle de nous faire découvrir le service pénitentiaire d’insertion et de probation dans son ensemble, dont le métier de DPIP. Cette intervenante a notamment partagé son expérience.
Depuis, j’avais gardé cette intervention en tête. Je me suis renseignée par moi-même, puis, j’ai décidé de présenter le concours."

• Avez-vous un souvenir marquant dans le cadre de votre préparation au concours ou lors des épreuves de celui-ci ?

"Je garde en souvenir essentiellement les épreuves orales qui se tiennent chaque année à Paris. J’ai passé tous mes oraux le même jour, ce qui fut particulièrement fatiguant (d’autant qu’il faut ajouter à cela le temps caniculaire de ce jour-là…). J’ai commencé par l’épreuve orale d’histoire : je ne connaissais absolument pas le sujet et je l’ai immédiatement dit au jury. Toutefois, le jury est resté bienveillant à mon égard et l’oral a évolué vers une conversation. Le jury cherche à déceler la capacité à réfléchir du candidat mais n’est pas là pour le piéger. "

• Vous n’avez jamais appréhendé le fait de travailler dans le milieu carcéral ou avec une population exclusivement faite de personnes condamnées ?

"Au cours de mon master 2 de criminologie, j’ai effectué plusieurs stages dont un d’une durée de 3 semaines à la maison d’arrêt de Bordeaux-Gradignan. J’ai donc été immergée dans cet univers inconnu et a priori inquiétant. Le stage s’est révélé passionnant et instructif. Cette première expérience m’a permis d’appréhender plus sereinement le milieu carcéral et de déconstruire certains préjugés."

• L’ENAP c’est comment ?

"Lorsqu’on arrive à l’ENAP tout le monde s’accorde à dire que l’on se sent comme dans une bulle : nous sommes logés à l’ENAP, nous y déjeunons, dînons, et nous apprenons notre métier. Nous vivons en collectivité. Cela peut avoir ses inconvénients, mais également des avantages (une grande cohésion de groupe, un esprit de promotion, des amitiés liées). L’ENAP est également le lieu de formation. La formation de DPIP est très variée : cours de droit, de management, conduite de projet etc… Beaucoup d’intervenants, de directeur pénitentiaire d’insertion et de probation évidemment, venant partager leur quotidien. On nous apprend également à prendre pleinement conscience de ce qu’implique le fait d’être devenu un agent public au service de l’État, et plus largement de l’intérêt général.

J’ajouterais que je ne connaissais finalement que peu le métier de DPIP avant d’intégrer l’ENAP. Et cela est tout à fait normal, pas d’inquiétude si les contours de ce corps peuvent paraître flous. Je crois qu’il faut surtout garder en tête que le DPIP a une multitude de casquettes (bien que la principale soit celle d’un cadre) ; cela en fait la richesse de ce métier. Le DPIP ne s’ennuie jamais, il est énormément sollicité et doit également solliciter différents partenaires. "

• Si vous deviez prodiguer un conseil aux candidats se préparant à passer le concours ?

"Je leur conseillerais d’effectuer un stage au sein d’un établissement pénitentiaire. Si cela n’est pas possible, d’effectuer un stage au sein d’un SPIP afin d’entrevoir a minima les enjeux d’un tel métier. "

Quelques mots sur la Prépa ISP :

La Prépa ISP, prépa aux concours juridiques, depuis 1984, a aidé plus d’un millier de candidats à rentrer dans la pénitentiaire.

Depuis 30 ans, c’est en moyenne 20% de nos élèves qui sont admis aux concours de DPIP ou DSP, et 70% de nos étudiants qui sont admis à l’un des concours CPIP. Notre formation, réalisable entièrement à distance, vous conduit étape par étape, de l’admissibilité à l’admission et grâce à un corps professoral composé d’universitaires et de professionnels, à la réussite aux concours.

https://www.prepa-isp.fr/

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