Le prestige social de la profession d'avocat.

Le prestige social de la profession d’avocat.

Francesc Dominguez, mentor en marque personnelle et consultant en marketing juridique, depuis 2001

La perception que les autres ont de nous est, qu’on le veuille ou non, ce qui peut faire ou défaire notre vie professionnelle. Aussi injuste que cela puisse paraître, c’est ainsi que fonctionne la réalité. D’où la nécessité impérieuse de gérer la perception sociale de l’avocat et, par extension, de toute la profession juridique.
Pourquoi est-ce si important  ? Parce qu’au moment de choisir leur conseiller de confiance, les clients ne sélectionnent pas seulement un professionnel ou un cabinet, mais le type de professionnel auquel ils souhaitent confier leurs affaires : avocat, économiste, consultant, etc.
Gérer cette perception sociale (ou, en d’autres termes, renforcer la «  marque avocat ») est essentiel pour éviter toute incohérence entre ce que la profession est réellement et la valeur qu’elle apporte (son identité) et ce que la société perçoit d’elle, son image. Lorsque l’identité et l’image ne coïncident pas, le préjudice touche tous les professionnels du droit. Cette perception négative est particulièrement évidente dans le cas des avocats, un groupe qui, contrairement aux médecins, souffre depuis des décennies d’un discrédit social.

-

Quelles sont les causes de ce discrédit ? Et quelles solutions pouvons-nous appliquer ?

Saturation du marché.

En France, il y a probablement plus d’avocats que de demande réelle de services juridiques. Ce déséquilibre favorise la concurrence déloyale, la précarisation et une perception sociale de moindre valeur professionnelle.

Méfiance envers le système judiciaire.

Lorsque les citoyens perçoivent – vrai ou non – la lenteur, le manque de transparence ou la corruption du système judiciaire, cette méfiance tend à s’étendre aux autres acteurs juridiques, en particulier aux avocats. L’image de l’avocat est ainsi contaminée par la perception globale du système.

Manque de différenciation professionnelle.

Trop d’avocats offrent des services similaires, sans marque personnelle claire, sans spécialisation visible ni compétences acquises dans la « vente » des services par la confiance. Ce manque de différenciation conduit de nombreux clients à percevoir les avocats et leurs cabinets comme interchangeables, ce qui les incite à marchander ou à réduire les honoraires. Ce phénomène fréquent et démotivant frustre de nombreux avocats et érode la dignité professionnelle.

Évolution des attentes des clients.

Aujourd’hui, les clients valorisent autant l’empathie, la communication et l’orientation vers les résultats que la connaissance technique. Il ne suffit plus de connaître le droit : il faut savoir écouter vraiment, accompagner et inspirer confiance. Tous les avocats ne se sont pas adaptés à cette nouvelle culture de service.

Concurrence.

Dans certains domaines, d’autres professionnels ont occupé, ou occupent, des espaces autrefois réservés aux avocats. Le marché n’est plus exclusif, ce qui exige une réponse intelligente fondée sur la spécialisation et la valeur différentielle.

Égoïsme et manque de solidarité.

Certains avocats privilégient leurs intérêts personnels au détriment de l’image collective de la profession. Ce comportement individualiste nuit à tous. Prêter serment à un code de déontologie est facile ; le respecter en est une autre. Il serait donc raisonnable de mettre en place un processus de sélection plus rigoureux pour accéder à la profession, en prenant également en compte le profil éthique et psychologique du candidat.

De plus, la formation aux valeurs professionnelles et aux comportements éthiques concrets devrait être obligatoire, et non simplement supposée. Il ne suffit pas de prêter serment à des principes : il faut les comprendre, les intérioriser et les pratiquer. Dès 2007, nous avons proposé une formation spécifique en ce sens, dans le cadre d’un projet directement lié au sujet que nous abordons aujourd’hui.

Absence d’une stratégie globale de positionnement social de la « marque avocat  ».

Sans stratégie, on ne va pas loin. Paradoxalement, les avocats et les cabinets élaborent des stratégies pour leurs clients, mais rarement pour eux-mêmes. Ce manque de planification touche également les barreaux, qui, pendant des années, ont confié le positionnement social de la profession à la publicité traditionnelle (annonces, campagnes) plutôt qu’à une stratégie globale de marketing juridique, ou mieux encore, de marketing social.

Le positionnement de la marque avocat n’est pas une question d’image superficielle : c’est une cause sociale, une contribution directe au renforcement du système démocratique.

Confier la promotion uniquement à la publicité est confortable, mais inefficace. Cela justifie l’investissement auprès du collectif, mais ne génère pas de résultats durables. La publicité affirme que « nous savons  », alors que ce qui est réellement nécessaire, c’est de démontrer que nous savons, que nous sommes le bon choix pour les entreprises, les organisations et les particuliers.

En définitive,il serait souhaitable de cesser de blâmer les circonstances du discrédit de la profession et d’assumer la responsabilité de créer les nôtres. La profession juridique a entre ses mains la possibilité, et le devoir, de redéfinir son rôle social. C’est un défi qui exige du leadership, une vision stratégique et une conviction profonde : celle que le bon avocat ne défend pas seulement des intérêts particuliers, mais qu’il soutient également, par son prestige et sa conduite, les piliers mêmes de la justice et de la démocratie.

Francesc Dominguez, mentor en marque personnelle et consultant en marketing juridique, depuis 2001

Recommandez-vous cet article ?

Donnez une note de 1 à 5 à cet article :
L’avez-vous apprécié ?

6 votes

Cet article est protégé par les droits d'auteur pour toute réutilisation ou diffusion (plus d'infos dans nos mentions légales).

Village de la justice et du Droit

Bienvenue sur le Village de la Justice.

Le 1er site de la communauté du droit: Avocats, juristes, fiscalistes, notaires, commissaires de Justice, magistrats, RH, paralegals, RH, étudiants... y trouvent services, informations, contacts et peuvent échanger et recruter. *

Aujourd'hui: 157 290 membres, 29434 articles, 127 392 messages sur les forums, 2 370 annonces d'emploi et stage... et 1 400 000 visites du site par mois en moyenne. *


FOCUS SUR...

• Votez pour le Prix des lecteurs du Village de la Justice !

• Découvrez les lauréats du Prix de l'innovation en Management juridique 2025.





LES HABITANTS

Membres

PROFESSIONNELS DU DROIT

Solutions

Formateurs