L’étude porte sur les réponses de 14 291 personnes (vous retrouverez page 12 l’intégralité des sources et méthodes de l’enquête).
« Faible » niveau de confiance global et perceptions négatives qui dominent.
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Seulement 49 % des personnes résidant en France déclarent avoir confiance dans la Justice.
La Justice est largement perçue comme étant :
trop lente (86 %)
coûteuse (74 %)
peu compréhensible (78 %)
et inégale dans le traitement des citoyens (69 %).
Un niveau de confiance plus bas que les autres institutions.
(Page 1, figure 1)
Un chiffre qui enfonce le glaive dans la plaie : la justice est l’institution recueillant la plus faible part de confiance parmi les six grandes institutions publiques évaluées (Police, Gendarmerie, Santé, Administration fiscale, Éducation nationale). La Gendarmerie, à l’opposé, suscite la confiance de 80 % des personnes.

- Infographie extraite de l’enquête La justice en France en 2024. Perception, connaissances et expériences judiciaires.
Petite précision apportée par l’enquête et qu’il nous paraît important de rapporter : le recueil des données de l’enquête a été réalisé dans un contexte marqué tout particulièrement par la dissolution de l’Assemblée nationale en juin 2024 et par des affaires juridiques à fort retentissement médiatique.
Une perception différente selon les facteurs sociodémographiques et le vécu d’expériences.
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Le manque de confiance est particulièrement prononcé chez certaines catégories, notamment :
les personnes se déclarant victimes de discriminations ;
les moins de 30 ans (avec un niveau qui diffère légèrement en fonction du genre : confiance à 39 % pour les femmes, 42 % pour les hommes).
autres traits significatifs caractérisant les personnes se déclarant non confiantes dans la Justice : être détenteur d’un diplôme de niveau CAP, Bac ou équivalent, être au chômage, vivre en "ménage complexe", résider dans des communes rurales ou de moins de 20 000 habitants ou encore être fortement limité dans ses activités quotidiennes.
On notera enfin un premier paradoxe : parmi les personnes les plus confiantes par rapport à la moyenne, celles de nationalité étrangère se démarquent très nettement des autres : 70 % ont confiance dans la Justice. Parmi les explications avancées à cela par l’étude : la possibilité d’avoir pour référence des systèmes judiciaires provenant de pays plus « répressifs ».
La connaissance du monde judiciaire n’engendre pas automatiquement la confiance... mais plus les Français connaissent le monde judiciaire, plus ils expriment une opinion sur leur confiance dans la Justice.
La connaissance du monde judiciaire est "moyenne" ou "élevée" [1] Les personnes ayant un niveau de connaissance élevé se répartissent équitablement entre méfiance (35 %) et confiance vis-à-vis de la justice (34 %).
Finalement, le manque de connaissances favorise davantage l’indécision (« sans opinion ») que l’adhésion ou le rejet.
L’expérience judiciaire personnelle abime la confiance.
Comme le précise l’étude, la notion d’expérience avec la Justice peut être directe ou indirecte. L’étude distingue deux grands groupes. Le premier rassemblant les Français ayant une expérience judiciaire quelle qu’elle soit (eux ou leur proche ou les deux), le second groupe n’ayant aucune expérience judiciaire déclarée.
L’existence d’une expérience judiciaire, qu’elle soit personnelle (35 %) ou indirecte, est associée à un niveau de confiance plus faible que la moyenne (49 %). Ceux n’ayant aucune expérience judiciaire sont les plus confiants (53%).
Une satisfaction pourtant élevée des justiciables lors de la rencontre avec un juge.
(Page 5 à 9)
Autre paradoxe ! Les justiciables ayant rencontré un juge (32 % des personnes ayant eu affaire à la justice) expriment une expérience globalement positive : 79 % estiment avoir disposé d’un temps suffisant pour exposer leur point de vue, et 77 % jugent le magistrat juste et à l’écoute.
77 % des justiciables dont l’affaire est terminée se déclarent satisfaits de la décision rendue. Cependant, l’insatisfaction à l’égard de la décision est fortement liée à un manque de confiance dans la Justice : la proportion de confiants chute à 26 % chez les insatisfaits, contre 51 % chez les satisfaits.
La priorité des justiciables-usagers : réduction des délais et simplification.
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Les "justiciables-usagers" sont, selon l’enquête, les citoyens ayant une expérience judiciaire, qu’ils aient agi en tant que demandeurs ou défendeurs ou qu’ils aient eu un passage au tribunal en dehors de toute activité professionnelle, ils ont identifié les domaines dans lesquels la justice pourrait progresser ; soit 50 % des Français. Ces derniers identifient le raccourcissement des délais (89 %) et la simplification des procédures et du langage juridique (86 %) comme les domaines prioritaires où la Justice devrait progresser. Ce constat est stable, quelle que soit l’expérience vécue.

- Infographie extraite de l’enquête La justice en France en 2024. Perception, connaissances et expériences judiciaires.
La fracture numérique alimente la défiance institutionnelle.
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Les difficultés rencontrées pour réaliser des démarches administratives en ligne (déclarées par 59 % des Français) affectent fortement la confiance.
Raison numéro 1 invoquée : "Les sites ne sont pas pratiques".
Par ailleurs, 69 % des justiciables-usagers expriment leur attente d’ un accompagnement numérique en la matière.
Pour l’institution, ces chiffres sont un peu douloureux, il faut le reconnaître... mais si on y réfléchit, ce n’est pas une défiance intrinsèque, "par principe", que les Français opposent à la Justice au travers de cette enquête. Elle traduit simplement une attente forte de cette institution, à laquelle les justiciables, donc, croient encore. Des attentes qu’ils justifient, autant de pistes pour venir améliorer et redorer l’image et l’efficacité de la Justice...


