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Qui es-tu, journaliste juridique ?

Spécialité peu connue par les lecteurs et même par les professionnels, confondue à tort avec la chronique judiciaire, le journalisme juridique s’érige aujourd’hui en discipline à part entière dans le monde de la presse écrite. Dernière étape de cette émancipation, la tenue, le 17 septembre 2018, dans les locaux du CNB à Paris, de la première assemblée générale du Cercle des journalistes juridiques, association qui regroupe les professionnels du secteur.

« En tant que journaliste juridique, je me retrouve à écrire aussi bien sur les prisons que sur les marchés financiers. Il s’agit d’un champ vaste dans lequel les mots un poids et une résonance particulière ». C’est par cette tirade qu’Olivia Dufour, journaliste indépendante et présidente du Cercle des journalistes juridiques, a choisi d’introduire la table ronde organisée autour des défis et des perspectives du journalisme juridique, programmée à l’issue de l’assemblée générale.

L’association qu’elle préside a célébré sa première année d’existence en organisant cette conférence pour présenter le corps, et échanger autour de son évolution avec des universitaires et des professionnels du droit.
L’objectif étant de présenter au grand public les spécificités du métier, et de mettre (définitivement ?) fin aux amalgames qui existent entre le travail de journaliste juridique et celui de chroniqueur judiciaire.

Le journaliste juridique n’est pas un chroniqueur judiciaire.

Un métier de l’ombre...

Le journaliste juridique est souvent associé par les citoyens/ lecteurs au chroniqueur judiciaire. Or, il s’agit d’un stéréotype erroné tant il existe des différences notables entre les deux spécialités.
En effet, l’activité du chroniqueur judiciaire se concentre exclusivement sur le récit des procès, là où le journaliste juridique évoque et analyse une réforme en cours, la sortie d’une loi ou d’un règlement, traite de l’actualité des professions du droit, explique une décision d’une autorité administrative indépendante...

Dans les faits, les deux spécialités couvrent des champs distincts, assez éloignés dans le monde du droit, de telle sorte qu’un journaliste juridique peut légitimement exercer toute une carrière sans avoir à se rendre aux cours d’assises ou aux tribunaux pour raconter un procès.

Par ailleurs, les deux « corps » sont représentés par des structures différentes. Ainsi, les chroniqueurs judiciaires sont regroupés depuis 1887 autour de l’Association de la presse judiciaire. Un ancrage et une ancienneté qui dérogent à la toute récente création du Cercle des journalistes judiciaires, qui vient de souffler sa première bougie.

Là où les chroniqueurs judiciaires travaillent le temps d’un procès d’opinion publique (affaire du petit Grégory à titre d’exemple) sous les feux des projecteurs, le journaliste juridique travaille « dans l’ombre » selon les termes d’Olivia Dufour ; « En fin de compte, ce qui nous est demandé, c’est d’être d’humbles serviteurs du réel », poursuit la présidente du Cercle.

Vulgariser le droit : le leitmotiv du journaliste juridique.

« Le journaliste juridique a une place fondamentale dans la diffusion et la connaissance du droit au sein de la société. »

« Telle est ma quête, suivre l’étoile, peu m’importent mes chances, peu m’importe le temps » avait chanté Jacques Brel en 1968. La quête d’un journaliste juridique, bien moins romantique quant à elle, se résume à vulgariser le droit et à le rendre intelligible.

Dans un monde où le droit occupe une place de plus en plus importante dans l’espace public, et où l’écriture juridique n’est toujours pas accessible à tous, sa simplification devient une nécessité pour les citoyens. « Le journaliste juridique a une place fondamentale dans la diffusion et la connaissance du droit au sein de la société », affirme Pierre Berlioz, directeur de l’École de formation professionnelle des barreaux de la cour d’appel de Paris (EFB) et Professeur de droit.

Le conseiller en communication d’influence et en affaires publiques, Nicolas Corato, abonde dans ce sens, en estimant qu’il y avait dans la presse française « un gros vide du côté de la vulgarisation du droit. La presse généraliste en fait de moins en moins et c’est à la presse spécialisée de prendre le relais ».
Cette nécessaire vulgarisation pose de facto le problème de l’influence et l’efficacité de l’application de la règle de droit. « Tant que le droit n’est pas vulgarisé, il n’est pas influent au point où il devrait l’être », regrette le conseiller en communication.

« Le métier a de l’avenir, car le législateur n’a pas l’intention de rendre la loi plus intelligible. »

Pierre Berlioz regrette par ailleurs que les médias généralistes éludent des sujets juridiques fondamentaux, car dépourvus du coté sensationnel tant choyé... «  Il est parfois très frustrant de ne pas réussir à dépasser une barrière sur les principaux sujets de droit, avec pour exemple la réforme des contrats, qui n’intéressait pas la presse généraliste. Or, on parle dans ce cas de mécanismes qui font fonctionner la société ».

Pour autant, les journalistes juridiques se veulent optimistes quant à la pérennité de leur spécialité.
Le journaliste et chef de pôle infos juridiques Olivier Hielle affirme dans ce sens que « le métier a de l’avenir, car le législateur n’a visiblement pas l’intention de rendre la loi plus intelligible ».

Nessim Ben Gharbia
Rédaction du Village de la Justice

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