C.Albert
Rédaction Village de la justice

 
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  • Parution : 17 avril 2020

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[Juridique] Recruter des talents en ce moment, vraiment ?

La pandémie actuelle a mis un coup d’arrêt aux recrutements. Mais il s’agit de ne pas renoncer à recruter, et de ne pas couper le lien qui relie recruteurs et candidats... même sans connaître leur date d’entrée en poste précise ! Alors qu’une sortie de confinement approche, il est temps de remettre la machine en route.

Quelques jours avant l’entrée en confinement, le "marché du recrutement juridique" était encore tendu, plutôt en faveur des candidats tant les besoins semblaient plus importants que le nombre de candidats.
Bien entendu, c’est là un portrait un peu caricatural, les situations étant variées, les domaines du droit aussi, le "matching" Recruteur/Candidat pouvant être troublé par des problèmes de méthode ou de génération par exemple, mais l’essentiel est là : en majorité, les recruteurs peinaient à trouver leurs candidats à la mi mars 2020, et ce depuis une bonne année [1].

Et puis le confinement est passé par là, bloquant tout pendant quelques jours, avant que peu à peu chacun prenne les marques qu’il pouvait trouver, se réorganise, et tente de maintenir une activité minimum.

Et puis on s’est aperçu - mais qui en doutait ?- que les juristes étaient ces autres "urgentistes de la crise" en entreprise [2], que les avocats étaient sur-sollicités et remettaient en évidence à cette occasion la composante de "quasi service public" de leur profession règlementée, tant par la défense des droits que par l’information au plus grand nombre ; on le voit chaque jour sur Le Village, avec un rythme de 10 à 15 nouveaux articles quotidiens sur tous les aspects juridiques - et un peu à la marge du droit aussi, avec un total impressionnant de 2,2 millions de lectures en 4 semaines sur ce sujet.

Bref, le travail ne manque pas pour les métiers du droit, et ce n’est sans doute qu’un début, en attendant les périodes à venir de contentieux, de difficulté des entreprises, de recours...

Et pourtant.

"Les entreprises les plus solides, les mieux préparées et les plus agiles, continuent à recruter et intègrent leurs recrues en télétravail." (Ian De Bondt, Directeur Associé du cabinet de recrutement Fed Legal)

Et pourtant, qui pense à recruter en ce moment ? N’est-ce pas un sujet indécent ? De fait le nombre d’annonces a sévèrement chuté (-70% d’offres d’emploi sur 3 semaines), et qui seraient ces candidats assez fous pour envisager un nouvel avenir en ce moment pour leur carrière ? Qui seraient ces recruteurs qui embaucheraient alors même qu’il est difficile de prévoir une date d’entrée en poste sereine ?

Des audacieux peut-être. Des précurseurs sans doute. Ceux qui se disent que si le confinement devait durer encore plus d’un mois, suivi d’une période d’observation, il leur faudra apprendre d’autres schémas. Ceux qui se disent que demain ne sera pas comme avant... et qu’il a déjà commencé [3].
Des pragmatiques aussi, qui voient là le moment de nouer d’autres relations, plus à distance certes, mais plus sereines, entre candidats et recruteurs. Le temps de se poser de nouvelles questions, sur les compétences vraiment attendues (vous avez pensé soft skills ?). Et qui se disent que s’il faut imaginer de nouveaux systèmes, autant commencer maintenant.

Pragmatique, il faut l’être en ce moment, en restant hyper-flexible - mais lucide. Les entreprises qui peinaient à embaucher avant la crise, n’ont pas abandonné leur projet d’embauche, et les métiers du droit peuvent être exercés à distance en partie.
Et travailler à distance implique des compétences un peu différentes, moins techniques, plus relationnelles et organisationnelles... celles qui manquaient il y a quelques semaines encore pour diversifier leurs équipes ! C’est donc doublement le moment de les chercher.

Horoscope du recrutement

En avril et mai et du côté des candidats, la période est propice à la réflexion, au temps de prise de contact en journée, à la "communication personnelle". Si vous aviez envie de "bouger" début mars, intéressez-vous aux entreprises agiles qui anticipent, sûrement un cadre de travail motivant pour vous... Vous aurez moins de concurrence également. Pourquoi ne pas en profiter ? Quelques conseils simples pour bien démarrer ici.

En avril et mai et du côté des recruteurs, n’ayez pas peur des entretiens à distance qui pourraient paraitre manquer d’humanité ou de réalisme : à vous d’apprivoiser les codes de ces nouvelles méthodes, par exemple en diversifiant le type d’entretiens avec vos candidats. Peu à peu, la sincérité (mutuelle) finit par s’imposer...

Recruteurs, les budgets vous ont été coupés ? Evidemment une majorité des entreprises a replié les voiles et allégé au maximum les coûts. Mais si vous avez su montrer en quoi la Direction juridique était incontournable actuellement - et avant !, si vous pouvez montrer la croissance forte des demandes entrantes dans votre cabinet d’avocat, si le droit social est votre quotidien (par exemple), vous devriez être parmi les premiers à redémarrer. Et une entrée en poste peut se faire même à distance, avec un accompagnement spécifique bien entendu. Tant que la perle rare rencontre l’organisation clé pour l’accueillir, tout est possible.

L’époque est à l’adaptation et à la prise de risques mesurés. Soyez comme ces multinationales leaders 10 ans après la grande crise du choc pétrolier. Vous savez, les seules qui avaient continué à investir pendant la crise, pendant que leurs soeurs, plus prudentes, se trouvaient fort démunies de clients une fois la reprise survenue...

Je ne saurais trop vous conseiller de faire un tour du côté du job board du Village de la justice et d’imaginer demain.


Eléonore FOUQUET est Manager Executif Senior
Elle pilote les équipes Michael Page Tax & Legal, Michael Page Interim Management Tax & Legal et Michael Page Avocats.

Le point de de vue de l’Experte...

"Est-ce le moment de recruter en droit ?

Avant de s’interroger précisément sur les métiers du droit, on peut simplement se demander s’il est le moment de recruter tout court.
Après avoir vécu presque 2 années de recrutements massifs et de pénurie de candidats, surtout entre 2 et 10 ans d’expérience, arrive la mi-mars, cette date sortie de nulle part, qui, du jour au lendemain, a stoppé net 2/3 des recrutements actifs, et pour cause, nous sommes désormais confinés pour une durée indéterminée…
Après un premier mois de replis massifs, recrutement annulés, gelés, mis de côté, l’annonce d’une liberté prochaine semble avoir l’effet d’une libération et les recrutements reprennent peu à peu.

Quid alors des métiers du droit, souvent sous-estimés et vus comme un centre de coût en entreprise, qui pourtant, dans cette crise, sont sursollicités compte tenu des moults sujets générés par cette situation inédite ? Sans aucun doute, il faut maintenir ces recrutements ! Les candidats sont optimistes et décidés, et la majorité restent plus qu’actifs dans leurs recherches. Côté recruteur, la confiance reprend et les besoins persistent, d’autant que, lorsqu’un poste s’ouvre, généralement, le besoin ne date pas d’hier…
Par ailleurs, le juriste ou le fiscaliste, de plus en plus tourné vers le business est aujourd’hui un vrai partenaire de croissance, alors ne vous privez pas de cette ressource rare et indispensable, et construisez l’avenir !"

Notes :

[3L’avenir que nous imaginons n’est-il pas notre projection du présent ?

C.Albert
Rédaction Village de la justice

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