"Je jure, comme avocat, d’exercer mes fonctions avec dignité, conscience, indépendance, probité et humanité".
Le serment prêté par l’avocat à l’aube de son exercice professionnel énonce les principes essentiels qu’il se devra de respecter tout au long de sa carrière.
Ces valeurs fondamentales, consacrées à l’article 1.3 du RIN, ne cessent de s’appliquer sur Internet, et ne se limitent pas au langage informatique visible par tout navigateur du web.
En d’autres termes, la déontologie professionnelle de l’avocat a vocation à produire ses effets à l’encontre de tout comportement déviants, y compris lorsqu’il se dissimule derrière un langage informatique et/ou de programmation caché (code source d’un site internet, métadonnées, Javascript,...).
Concrètement, certains conseillers en référencement emploient différentes méthodes occultes et malveillantes dans le but de faire croire - à tort - au robot d’exploration de Google que le site web du cabinet d’avocat est très populaire sur la toile (présence dans des annuaires juridiques, rédaction d’articles en lien avec la profession, interviews, conférences, etc...), et donc qu’il mérite d’obtenir et de conserver la 1ʳᵉ place dans les résultats de recherche.
Parmi ces mécanismes de l’ombre, l’on peut citer :
- la création de "fermes à liens" = plusieurs pages web hébergées à l’étranger sont fabriquées. Leur contenu est sans lien avec la profession d’avocat : il s’agit de messages rédigés en anglais, destinés à n’être lus que par le robot de Google, et qui incitent à bien référencer le site web de l’avocat. Le caractère artificiel de ce montage est à la fois évident et condamné par Google ;
- les attaques dites "négative SEO" = un conseiller en référencement malveillant va inonder le site web d’un avocat concurrent de métadonnées (informations cachées) toxiques, c’est à dire mal vu du robot Google, afin de faire baisser son positionnement dans les résultats de recherche. Afin de se prémunir contre ce type d’attaque, il est fondamental d’identifier les données toxiques reçues et de les signaler à Google afin qu’il ne les prenne plus en compte. Ce processus s’accomplit en remplissant un formulaire officiel de désaveu : il s’agit d’une solution gratuite et rapide ;
- la captation de l’identité numérique d’un avocat concurrent = il s’agit là d’intégrer dans le langage caché du site internet de l’avocat malveillant un ou plusieurs mots-clés reprenant l’identité (nom et prénom) d’un autre avocat. Ce faisant, l’avocat malhonnête bénéficiera artificiellement de la notoriété numérique du confrère victime.
La liste de ces montages occultes est loin d’être exhaustive. Il convient de préciser que beaucoup d’avocats bénéficient de ces techniques de bonne foi, dès lors qu’ils ignorent que leur conseiller SEO les a mises en place.
Malgré tout, tout avocat est juridiquement responsable de son identité numérique et de la manière dont elle est utilisée, surtout lorsqu’il en bénéficie.
Les principes essentiels de loyauté et de confraternité s’opposent explicitement à l’emploi de ces supercheries, dont l’objet est de tromper Google et ses utilisateurs afin d’aspirer toute la prospection téléphonique dans un secteur juridique donné.
Il est important de comprendre qu’il ne faut surtout pas se fier aux déclarations du conseiller SEO de type "ne vous en faites pas, tout est légal, c’est la zone grise".
Non. Pas pour un avocat, soumis à des normes déontologiques et pénales.
C’est ainsi que nous sommes considérés, au regard du droit de la consommation, comme des professionnels soumis à des obligations strictes vis-à-vis des consommateurs.
Or l’article L121-2 du Code de la consommation considère qu’une pratique commerciale est trompeuse :
"Lorsqu’elle repose sur des allégations, indications ou présentations fausses ou de nature à induire en erreur et portant sur l’un ou plusieurs des éléments suivants :
[...]
f) L’identité, les qualités, les aptitudes et les droits du professionnel".
S’auto-attribuer un positionnement avantageux et donner l’illusion d’une notoriété artificielle pour tromper un utilisateur sur Internet est bien une pratique commerciale trompeuse, et donc un délit passible de sanctions pénales.
En la matière, la DGCCRF est compétente pour investiguer et punir.
Chères consoeurs, chers confrères... vous serez prévenus !


