La réintégration en France des salariés expatriés ayant rompu leur contrat de travail français.

Par Gauthier Chevalier, Avocat.

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Durant un détachement ou une expatriation, ou en amont de la mobilité internationale, il arrive que la société mère située en France demande à son salarié de démissionner du contrat de travail français, ou de signer une convention de mutation tripartite afin que le salarié détaché ou expatrié soit uniquement tenu par un contrat local soumis au droit du pays d’expatriation.
Ainsi, de nombreux expatriés se retrouvent avec un contrat purement local de droit étranger.
Pour autant, lors de leur licenciement par la filiale étrangère, autrement dit lors de la rupture de leur contrat de travail local, les salariés expatriés ont droit à un rapatriement et à une réintégration au sein de la société mère en France.

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I/ Le fondement de la réintégration, l’article L.1231-5 du Code du travail.

L’article L.1231-5 du Code du travail dispose que « lorsqu’un salarié engagé par une société mère a été mis à la disposition d’une filiale étrangère et qu’un contrat de travail a été conclu avec cette dernière, la société mère assure son rapatriement en cas de licenciement par la filiale et lui procure un nouvel emploi compatible avec l’importance de ses précédentes fonctions en son sein ».

Autrement dit, à la fin du détachement ou de l’expatriation, la société mère française se doit de rapatrier son salarié et de le réintégrer dans ses effectifs.
Cependant, que se passe-t-il si, dans l’intervalle, le contrat français signé avec la société mère est rompu, par une démission, ou par une convention de mutation tripartite ?
Le salarié peut-il toujours prétendre à une réintégration en France ?

II/ Une obligation de réintégration indépendante du maintien du contrat français avec la société mère.

Sur ce sujet, la jurisprudence est très claire : l’obligation de réintégration issue de l’article L.1231-5 ne prévoit pas de nécessité de maintien du contrat de travail initial français.

Autrement dit, même en cas de rupture du contrat de travail français, par une démission ou par une convention de mutation tripartie, la société mère française aura l’obligation de rapatrier et de réintégrer son salarié en France.

La Cour de cassation a en effet précisé que l’application de l’article L.1231-5 du Code du travail n’est pas subordonnée au maintien d’un contrat de travail entre le salarié et la société mère française.

Autrement dit, même si le contrat de travail initial a été rompu, y compris avant ou pendant la mise à disposition à l’étranger, l’obligation de rapatriement et de reclassement doit toujours s’appliquer.

Cela signifie que le seul lien requis est l’existence initiale de la relation de travail avec la société mère, et non la conservation permanente de ce contrat pendant toute la période à l’étranger.

La Cour de cassation reprend régulièrement un attendu de principe confirmant cette position :
« que ce texte [L.1231-5 du Code du travail] ne subordonne pas son application au maintien d’un contrat de travail entre le salarié et la société mère ; » [1].

Attention tout de même : la réintégration de l’article L.1231-5 du Code du travail ne s’applique que dans l’hypothèse d’un lien mère-fille entre la société française et la filiale étrangère, avec la société mère en France.

Par ailleurs, lors de la rupture du contrat purement local, de nombreuses sociétés étrangères, et notamment américaines, ou hongkongaises, proposent la signature d’un settlement agreement (protocole d’accord transactionnel).
C’est un piège classique qui peut se refermer sur le salarié. En effet, ce protocole pourrait interdire toute action judiciaire postérieure en France.
Or, si la société française ne réintègre pas son salarié, les montants en cause peuvent être rapidement très importants, et largement supérieurs au montant d’un settlement agreement de droit étranger.

Il est donc conseillé de ne jamais signer un protocole d’accord transactionnel sur un contrat purement local sans l’intervention d’un conseil, sans consultation en amont.

Gauthier Chevalier,
Avocat au barreau de Paris
Cabinet CHG-Avocat / Négociation - Rupture de contrat - Expatriation & Cadres Dirigeants
www.chg-avocat.com

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Notes de l'article:

[1Cour de cassation, civile, Chambre sociale, 1 juillet 2020, 18-24.011 / Cour de cassation, civile, Chambre sociale, 26 mai 2016, 15-12.448/ Cour de cassation, civile, Chambre sociale, 30 mars 2011, 09-70.306

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